Centre MLM de belgique

Confucius, idéologue et défenseur acharné du système esclavagiste − 1974

par Yang Jong­-kouo

Quel homme était donc Confucius, que les classes réactionnaires au pouvoir en Chine ont vénéré comme un « sage » pendant plus de 2000 ans ?

Lénine a fait remarquer que « lorsqu’on analyse une question sociale, la théorie marxiste exige expressément qu’on la situe dans un cadre historique déterminé » (Du droit des nations à disposer d’elles-mêmes)

Si l’on veut analyser Confucius du point de vue du matérialisme historique, on doit le replacer dans le contexte de la lutte des classes de son temps, pour voir sur les positions de quelle classe il était, et quels intérêts de classe servait son idéologie.

La position politique de Confucius

Confucius (551-­479 avant J.­C.) est né dans l’Etat de Lou ; il était issu du clan de l’aristocratie esclavagiste de la dynastie des Yin (XVIe siècle, ­XIe siècle avant J.­C.) [Appelée au début la dynastie des Chang, elle se donna par la suite le nom de Yin. Les historiens l’appellent très souvent la dynastie des Yin-Chang]

Il vécut à la fin de l’époque de Tchouentsieou (770­-476 avant J.­C.). L’exploitation brutale et l’oppression cruelle des propriétaires d’esclaves avaient suscité de nombreux soulèvements armés parmi ces derniers. On peut en citer de nombreux exemples :

Les esclaves affectés à la construction des remparts de la cité dans l’Etat de Tchen s’insurgèrent en 550 avant J.­C. Les artisans ­esclaves de la Maison royale de Tcheou se révoltèrent en 520 avant J.­C.

Les esclaves artisans de l’Etat de Wei encerclèrent et attaquèrent le duc Tchouang de l’Etat de Wei en 478 avant J.­C. et, huit ans plus tard, ils chassèrent du pays le marquis Tcheh. Leur résistance, sous la forme de fuites et d’insurrections armées, ébranlait jusque dans ses fondements la domination de l’aristocratie propriétaire d’esclaves ; le système esclavagiste vacillait tandis que se développaient les forces montantes du féodalisme.

Dans ces conditions, la lutte entre esclaves et propriétaires d’esclaves, entre la nouvelle classe montante des propriétaires fonciers et l’aristocratie esclavagiste déclinante, constituait la principale contradiction de classes et la principale lutte de classes de ce temps.

Et de quel côté se tenait Confucius ? On peut répondre à cette question en citant les exemples suivants :

Sous l’impact des luttes de classe menées par les esclaves et d’autres fractions du peuple de cette époque, des transformations intervinrent dans le régime de la propriété foncière.

Sous la dynastie des Yin et sous la dynastie des Tcheou de l’Ouest (XVIe siècle-XIe siècle av. J.­C.), alors que régnait sans partage le système esclavagiste, toutes les terres du pays étaient terre de la Couronne, propriété du Fils du Ciel (c’est-­à-­dire de la Maison royale) qui était le chef de l’aristocratie et le plus grand propriétaire d’esclaves du pays. Les ducs (c’est-à-dire les maisons ducales), les king (ministres), les tafou (hauts fonctionnaires), et d’autres propriétaires d’esclaves de moindre importance, s’étaient vu confier ou avaient reçu en récompense des terres pour leur usage ; mais ils n’en avaient pas la propriété.

Ces terres étaient appelées « terres publiques ».

Au milieu de l’époque de Tchouentsieou, certains des propriétaires féodaux, nouvellement apparus, se sentirent assez forts pour réclamer de plus en plus de terres privées qui puissent faire l’objet de transactions d’achat et de vente. La Maison royale et les maisons ducales refusèrent tout d’abord d’autoriser la propriété privée des terres, mais par la suite elles furent contraintes de le faire.

Afin de renflouer leurs finances en perdition, elles décidèrent de percevoir un impôt sur de telles terres.

C’est ainsi que fut reconnue la propriété privée féodale de la terre. L’Etat de Lou, où vécut Confucius, commença à lever un impôt sur la terre en 594 avant J.­C.

En ce qui concerne la propriété de la terre, cela marque la transition de l’esclavage au féodalisme.

De nouveaux rapports de production apparurent alors également, qui entraînèrent le développement de la classe des propriétaires fonciers, ainsi que des fermiers et des petits paysans propriétaires issus de la masse du peuple.

L’économie privée commença à se développer.

Dans l’Etat de Lou, trois familles représentaient les nouvelles forces montantes : celles des Kisouen, des Mengsouen et des Chousouen.

En 562 avant J.­C. Elles divisèrent en trois une partie des terres de la maison ducale, et chacune en reçut une part. Les Kisouen établirent un nouveau système consistant à percevoir des impôts sur leurs terres.

Vingt-cinq ans plus tard, les trois familles poussèrent plus loin encore le partage des terres ducales, en quatre parts cette fois. Suivant l’exemple des Kisouen, les Mengsouen et les Chousouen adoptèrent eux aussi le nouveau système d’impôts.

Ainsi, les rapports de production se trouvèrent transformés. C’était une offensive lancée par le féodalisme en plein développement contre le système esclavagiste moribond et cette transformation était à l’époque progressiste.

Quelle fut sur cette question l’attitude de Confucius ? Son point de vue était que les familles Kisouen, Mengsouen et Chousouen, en tant que propriétaires d’esclaves et hauts fonctionnaires, étaient sorties de leurs attributions et étaient en train de saper le système esclavagiste traditionnel qui avait existé depuis la dynastie des Yin-Chang.

Comment pouvait-on tolérer une chose pareille ?

C’est pourquoi il fit tout ce qu’il pouvait pour affaiblir l’influence de ces trois familles de manière à soutenir l’esclavagisme de la maison ducale de l’Etat de Lou. Ce fut un disciple de Confucius, Jan Kieou qui, à cette époque, aida les Kisouen à réaliser des réformes. Furieux, Confucius dénonça Jan Kieou comme traître au « Code du duc Tcheou », c’est-à-dire aux normes et aux règles de la société esclavagiste. Il renia son disciple Jan Kieou et pressa ses autres disciples de « battre le tambour pour lui déclarer la guerre », de l’isoler et de le combattre (Cf. Louen Tu).

Quel système soutenait Confucius et à quel système s’opposait-il ? La réponse est très claire.

L’histoire de l’Etat de Tsi fournit un exemple semblable. Tien Tcheng­tse (comme Tien et Tchen étaient le même nom de famille dans la Chine antique, il est appelé aussi Tchen Tcheng­tse) était un opposant à l’aristocratie corrompue des propriétaires d’esclaves et un représentant des nouvelles forces montantes dans cet Etat ; il gagna la faveur du peuple en utilisant un grand boisseau pour mesurer le grain prêté et seulement un petit boisseau pour mesurer le grain que l’on rendait.

Par la suite, en 485 avant J.­C., il tua le duc Kien, chef de l’aristocratie esclavagiste de l’Etat de Tsi. Confucius se dressa furieusement contre cela et pressa le duc Ai de l’Etat de Lou d’envoyer une expédition punitive contre Tien Tcheng-tse. Le duc Ai recula, sachant qu’il n’était pas de taille à s’attaquer à l’Etat de Tsi.

Troisième exemple : Confucius s’opposa à la promulgation de lois inscrites sur des tripodes.

A cette époque, étant donné la résistance incessante des esclaves et la montée des forces féodales, le règne basé sur les « rites » ne pouvait plus rien pour protéger l’esclavagisme. Il devait faire place au règne de la loi.

Sous le système esclavagiste, les « rites » fixaient précisément la place et le statut respectifs des maîtres et des esclaves. Les maîtres régnaient sur les esclaves et leur volonté avait force de loi. Ils pouvaient exploiter et opprimer les esclaves, et même les tuer, à volonté.

On attendait des esclaves une obéissance absolue, sans aucune résistance.

Tel était le règne fondé sur les « rites ».

Mais les esclaves étaient très désobéissants et partout on ne parlait que de leur résistance.

Certaines personnes qui discernaient ce courant et qui étaient partisanes du progrès comprirent la nécessité de modifier le vieux système de domination.

On devrait promulguer certains articles de loi écrite, affirmaient-­elles, pour régir les rapports entre les aristocrates et les esclaves, et fixer certaines limites à l’arbitraire des esclavagistes.

Ces articles de loi furent appelés « code pénal » ; à cette époque, ils furent moulés sur des tripodes afin que tout le monde pût en avoir connaissance.

Cela fut appelé « moulage des tripodes pénaux », et ce code se développa par la suite en une véritable législation, qui fit partie de la superstructure du féodalisme. Plus tard, les partisans du règne de la loi furent connus sous le nom de « légalistes ».

Ils représentaient les nouvelles forces montantes du féodalisme. Confucius était fermement opposé à cela.

En 513 avant J.­C., quand la nouvelle courut qu’un tripode pénal en fer avait été moulé à l’Etat de Tsin, sa réaction fut une désapprobation rageuse. Si l’on met aristocrates et esclaves sur le même pied, commentât-­il, de quelle dignité et de quelle grandeur pourront alors continuer à se targuer les aristocrates ? Cela effacera toute différence entre la noblesse et les roturiers, et dans ces conditions comment un Etat esclavagiste pourrait-­il continuer à survivre ?

Quatrième exemple : Confucius assassina Chaotcheng Mao. Toute sa vie, Confucius désira devenir haut fonctionnaire pour mettre en pratique son idéal politique réactionnaire. Mais ce n’est pas avant 497 avant J.­C. Qu’il devint ministre de la Justice et remplit les fonctions de premier ministre par intérim de l’Etat de Lou, et cela seulement pendant trois mois. Sept jours seulement après être entré en fonctions, il fit arrêter et exécuter Chaotcheng Mao, célèbre réformateur de l’Etat de Lou.

A l’époque de Tchouentsieou et à celle des Royaumes combattants (475-221 avant J.­C.) « cent écoles de pensée » rivalisaient.

Des idéologues, représentant différentes classes, fondèrent leur propre école de pensée, et les polémiques faisaient rage entre elles.

Chaotcheng Mao et Confucius avaient chacun des disciples, et donnaient des conférences dans l’Etat de Lou, mais leurs deux écoles étaient diamétralement opposées.

L’assassinat de Chaotcheng Mao par Confucius fut au fond une manifestation de la lutte de classes de cette époque. Jetons un coup d’oeil sur le réquisitoire dressé par Confucius contre Chaotcheng Mao (Cf. Siun Tsé).

Confucius a dit que doit être mis à mort :

1. Quiconque est porté à des actions aventureuses par suite des connaissances qu’il a des transformations survenues dans le passé ou dans les temps modernes, et par suite de la compréhension qu’il a du développement des choses dans la société.

2. Quiconque ne se conforme pas à l’orthodoxie du système esclavagiste, mais qui au contraire s’obstine à suivre la voie des soi-disant réformes.

3. Quiconque fait de la propagande sur les raisons pour lesquelles il faut procéder à des réformes.

4. Quiconque en sait trop concernant la décadence et la précarité du système esclavagiste.

5. Quiconque a parlé le langage du droit et de la justice pour démontrer pourquoi l’on doit lutter contre l’esclavagisme. Chaotcheng Mao, dit Confucius, a commis tous ces cinq crimes, et par conséquent doit être exécuté.

En se basant sur ces cinq charges, Confucius déclara coupable l’accusé sous les trois chefs d’accusation suivants :

1. Regroupement de gens en vue de créer une association.

2. Propagande de points de vue hérétiques.

3. Confusion entre le vrai et le faux.

Les réformes dont Chaotcheng Mao était partisan étaient conformes au développement historique de l’époque et correspondaient aux aspirations du peuple. Chaotcheng Mao était aimé et respecté par le peuple de son époque qui en avait fait son héros.

Ces exemples devraient suffire pour permettre de conclure que Confucius se tenait opiniâtrement du côté du système esclavagiste déclinant et était fermement opposé aux réformes dont étaient partisans les nouvelles forces montantes du féodalisme.

Pendant l’époque de Tchouentsieou, 52 Etats esclavagistes s’étaient effondrés, et partout l’esclavagisme continuait de s’écrouler.

C’est dans ces circonstances historiques que Confucius lança le mot d’ordre politique : « faire renaître les Etats éteints, relever les familles nobles déshéritées, redonner des postes à ceux qui sont rentrés dans l’ombre » (Cf. Louen Tu).

Ce qu’il voulait, c’était la restauration des Etats esclavagistes abattus, la restauration du pouvoir de l’aristocratie esclavagiste, et donner à nouveau les rênes du pouvoir aux aristocrates esclavagistes depuis longtemps sur le déclin.

C’était un slogan totalement réactionnaire, un appel à la restauration de l’esclavagisme.

Cela n’empêcha pas Confucius de s’atteler à cette tâche. Il n’aspirait qu’à une chose : travailler jusqu’à son dernier souffle à réaliser ces objectifs.

Il irritait beaucoup les masses et un portier le maudit un jour pour être hors de son siècle (« c’est quelqu’un qui sait que le courant est irréversible et qui pourtant persiste à vouloir le renverser », cf. Louen Tu), et pour être un réactionnaire allant contre son temps.

Confucius, et les disciples qui le suivaient, allaient partout faire de la propagande ; parfois ils étaient conspués et attaqués par les masses, de telle façon qu’ils devaient déguerpir piteusement, comme des « chiens errants ». C’était bien la correction que méritait ce réactionnaire de Confucius !

Le concept confucéen de « bienveillance »

Le concept de « bienveillance » (jen) est au coeur de la pensée de Confucius ; à l’origine, il faisait partie de l’idéologie de la classe des propriétaires d’esclaves des dynasties des Yin et des Tcheou de l’Ouest.

Les esclavagistes au pouvoir sous ces dynasties ont eu recours à ce concept pour cimenter l’unité de la classe des propriétaires d’esclaves et du régime des aristocrates esclavagistes. Ce caractère chinois jen signifiant « bienveillance » a été découvert par les archéologues gravé sur des ossements d’oracles.

Si les esclavagistes ont propagé ce concept, c’est parce qu’ils voulaient renforcer les liens et l’unité au sein de leur classe. Ils voulaient également ainsi leurrer les masses travailleuses des esclaves, les réduire à l’obéissance par cette tromperie et les empêcher de se révolter.

Le duc Tcheou ­ le « sage » que Confucius a le plus vénéré ­ n’avait-­il pas dit lui-même qu’il était bienveillant et plein d’obéissance pour ses aïeux ?

Dans cette conception, aussi longtemps que les membres de la classe esclavagiste s’aimeraient les uns les autres et obéiraient à leurs aïeux, le pouvoir des aristocrates esclavagistes resterait solide.

C’est pourquoi la conclusion de ces gens était que « se traiter avec bienveillance dans la famille » était « un trésor ». Voilà qui montre l’extraordinaire importance que les esclavagistes portaient au concept de « bienveillance ». Confucius développa systématiquement le sens de ce concept et lui donna beaucoup de nuances. D’après son interprétation, le concept de « bienveillance » englobait la piété filiale, le respect pour les frères aînés, la fidélité, l’indulgence, le respect des titres, la vertu, l’intelligence, etc.

En analysant ces contenus, on peut voir les intérêts de quelle classe servait l’idéologie de Confucius.

Confucius arrivait à la conclusion que la « piété filiale » et le « respect pour les frères aînés » étaient les fondements mêmes de la « bienveillance ».

Pourquoi donc ?

C’est parce que dans l’ancien système social esclavagiste dominait le clan aristocratique.

La classe tout entière des propriétaires d’esclaves au pouvoir appartenait au même clan et avait les mêmes ancêtres. Confucius pensait que les contradictions et les luttes aiguës entre esclavagistes menaient à sa ruine leur domination. C’est pourquoi il souligna qu’aussi longtemps que les propriétaires d’esclaves témoigneraient amour et respect à leurs parents et à leurs ancêtres, les esclavagistes resteraient unis, verticalement pourrait-on dire. Par le « respect fraternel », il entendait l’affection et l’amour mutuels entre frères qui uniraient horizontalement les esclavagistes.

Les propriétaires d’esclaves ainsi unis verticalement et horizontalement, on prévient tout désordre toute offense à l’égard des supérieurs, et la domination du clan de l’aristocratie esclavagiste n’a ainsi plus rien à craindre.

Du même coup, la « piété filiale » et le « respect pour les frères aînés » régnant parmi les esclavagistes exerceraient sur les esclaves une influence qui les inciterait à être doux et bons, et en ferait des personnes totalement soumises à la domination esclavagiste.

Les soi-disant « fidélité » et « indulgence » servaient également les intérêts des esclavagistes.

Par « fidélité », Confucius entendait la fidélité des esclaves à leur maître, la fidélité des hauts fonctionnaires et des vassaux au duc, et la fidélité des ducs au roi de Tcheou.

Le but était de consolider la domination des esclavagistes à tous les niveaux.

Pour justifier son concept d’« indulgence », Confucius disait : « Ne fais pas à autrui ce que tu ne voudrais pas qu’on te fît à toi même. » (Cf. Louen Tu) Bien entendu, c’est uniquement pour les esclavagistes sur le déclin que l’on demandait une telle indulgence, et nullement pour les esclaves.

Appartenant à l’aristocratie esclavagiste déclinante, Confucius fut obligé d’exercer dans sa jeunesse des métiers qui étaient alors considérés comme peu honorables : la gestion d’entrepôts de grains et de l’élevage du bétail.

De ce fait, il compatit beaucoup avec ceux qui connaissaient le même sort que lui.

Il demanda que l’on ne soit pas trop exigeant envers les esclavagistes sur le déclin.

Il demanda qu’on ne les abandonne pas à leur sort tant qu’ils n’auraient pas commis quelque chose de vraiment grave. Au sein de la communauté des esclavagistes, « il ne faut pas laisser tomber les vieux amis », disait-­il ; il faut s’unir à eux pour éviter que les esclaves ne se révoltent.

Comme on l’a dit plus haut, l’époque de Tchouentsieou connut de profondes transformations avec l’ascension des nouvelles forces féodales, tels les Kisouen dans l’Etat de Lou, et les Tien dans l’Etat de Tsi. En s’attaquant au régime réactionnaire de l’aristocratie esclavagiste, ils ont transformé les rapports de production existant jusque-là et détruit le règne des « rites » caractéristique du système esclavagiste.

Ces forces, d’après Confucius, étaient « malveillantes » parce qu’elles n’avaient pas su limiter leurs ambitions et se conduire avec retenue.

Il resservit la vieille recette bien connue depuis les dynasties des Yin et des Tcheou de l’Ouest : « se modérer et en revenir aux rites ». Confucius dit à son disciple Yen Yuan : « Si (un membre des classes dirigeantes) pouvait se modérer et en revenir aux rites, tout le monde s’inclinerait devant sa bienveillance. »

Aussi longtemps que les propriétaires d’esclaves pourraient modérer leurs ambitions et leurs actes, et revenir au règne des rites, les esclaves obéiraient docilement à leurs ordres. C’est ce que Confucius voulait dire par ces mots : « tout le monde s’inclinerait devant la bienveillance ».

La domination des esclavagistes pourrait ainsi être raffermie et prolongée.

C’est la raison pour laquelle Confucius réclama à grands cris « le respect des titres » (Cf. Louen Tu). Que voulait-il dire par « respect des titres » ? Il voulait dire utiliser des concepts subjectifs (les « titres ») pour définir et faire rentrer dans ses schémas les réalités objectives.

Et cela parce que, sous la domination féroce des esclavagistes, la société esclavagiste était agitée par de sérieux désordres causés par les nombreux soulèvements d’esclaves, la montée des forces féodales naissantes et les transformations continuelles des rapports de production.

Les ordres politiques et militaires du chef suprême des esclavagistes ­ le Fils du Ciel de la dynastie des Tcheou ­ n’étaient plus suivis.

Dans les différents Etats, le pouvoir des ducs était lui aussi vacillant, et dans certains endroits il était même tombé entre les mains des vassaux et des hauts fonctionnaires.

D’autre part, des hommes comme Chaotcheng Mao mobilisaient le peuple pour le rassembler et le grouper dans de libres associations, et critiquer les autorités à cœur joie. Telle était bien la situation : « le roi n’est plus un roi, le ministre n’est plus un ministre, le père n’est plus un père et le fils n’est plus un fils ». Si cette situation devait se prolonger, quelle terrible issue allait-­on connaître ?

C’est pourquoi Confucius résolut d’utiliser les concepts subjectifs de la classe des esclavagistes, concepts remontant aux dynasties des Yin et des Tcheou de l’Ouest, pour définir et faire rentrer dans ses schémas la réalité sociale en pleine transformation.

Par ses vaines tentatives de rafistolage du régime esclavagiste en plein écroulement, il espérait restaurer ainsi l’ordre ancien où « le roi était un roi, le ministre un ministre, le père un père et le fils un fils ».

C’est dans cet esprit, dit­on, qu’il écrivit une histoire contemporaine intitulée Annales de Tchouentsieou. D’après Mencius, le livre donna la chair de poule « aux ministres désobéissants et aux fils scélérats ».

Basée sur le concept du respect rigoureux du titre et de la place de chacun dans la société, cette œuvre se proposait de ramener les choses en arrière dans une société en pleine mutation et de restaurer l’ordre ancien.

Mencius porta aux nues Confucius pour avoir été l’homme qui avait écrit ces Annales de Tchouentsieou destinées à remettre en ordre les idées et la hiérarchie sociale, et qui par là avait exercé l’autorité suprême au bénéfice du Fils du Ciel de Tcheou, c’est-à-dire qui avait consolidé la domination de l’esclavagisme.

Par conséquent, dit Mencius, il s’agit là d’une œuvre d’une importance exceptionnelle, digne d’une attention toute particulière (Cf. Meng Tse ou Mencius).

En réalité, c’est un témoignage de plus des positions ultra­ conservatrices de Confucius.

Cela montre également le sens profond et le but du concept de « bienveillance » dont Confucius était le défenseur acharné. Par « vertu » ou « gouverner par la vertu », Confucius n’entendait pas un gouvernement vertueux vis­à­vis du peuple travailleur asservi, mais un gouvernement en faveur de la classe des propriétaires d’esclaves.

A l’égard du peuple travailleur, les propriétaires d’esclaves n’utilisaient que le châtiment, le fouet !

D’après Confucius, l’« intelligence », c’est-à-dire le savoir, fait partie de son concept de « bienveillance ».

Il n’épargna pas sa peine pour répandre la conception suivant laquelle « il n’y a que deux choses qu’on ne peut pas modifier :l’intelligence des hommes de haute extraction, et la stupidité de ceux de basse extraction » (Cf. Louen Tu).

En d’autres termes, les « sages » de la classe esclavagiste sont les génies des hautes classes, tandis que les esclaves sont voués à être des domestiques de basse condition ; les premiers sont doués d’une intelligence absolue, et les seconds sont absolument stupides.

D’après Confucius, le statut de ces classes était immuable. Mais d’où vient le savoir d’un génie ?

Il répondait : « Ceux qui sont nés savants constituent la classe supérieure de l’humanité. » (Cf. Louen Tu)

D’après lui, les connaissances étaient innées chez le « sage » et ne venaient pas de la pratique.

Confucius, de manière tout à fait ouverte, se faisait le partisan de l’aprio­risme idéaliste et du mensonge réactionnaire selon lequel ce sont « les héros qui font l’histoire ».

Il est naturel, dans ces conditions, que Confucius ait méprisé le travail productif.

Quand son disciple Fan Tche exprima le désir d’apprendre les rudiments du travail agricole, il éclata en colère. C’est une occupation d’esclave, rugit­il, je ne veux rien avoir à faire avec ça !

Il injuria Fan Tche, le traitant d’« homme vil » (Cf. Louen Tu). Mais quelle fut la réponse du peuple travailleur ? Un vieux paysan sarclait son champ quand Confucius vint à passer par là.

Il dépeignit Confucius comme un parasite, « qui n’avait jamais travaillé de ses quatre membres, qui ne savait pas reconnaître les cinq espèces de céréales » et qui vivait du travail des autres (Cf. Louen Tu).

C’est le meilleur jugement que l’on puisse porter sur Confucius. Confucius dissertait beaucoup sur la « bienveillance » ; mais celle-ci ne concernait pas les esclaves et le reste du peuple travailleur asservi.

Dans sa conception, les esclaves étaient juste bons à être rudoyés et asservis, mais il ne devait jamais leur être permis de connaître le pourquoi des choses. (« On doit faire en sorte que le peuple agisse sans comprendre. » Cf. Louen Tu) Il injuria le peuple en le comparant aux « oiseaux » et aux « bêtes » dont aucun aristocrate propriétaire d’esclaves ne recherche la compagnie (Cf. Louen Tu). Et il méprisait tout particulièrement les femmes. Selon lui, il était difficile d’élever les esclaves, hommes ou femmes, et de s’arranger avec eux, et de ce fait il fallait s’en tenir à l’écart (Cf. Louen Tu).

D’après Confucius, il pouvait se trouver des propriétaires d’esclaves manquant de bienveillance ; mais aucun esclave, aucun homme du peuple asservi, ne pouvait en aucun cas être bienveillant.

Et quand Confucius dit : « La bienveillance, c’est aimer les gens », quel baratin évident !

Il ne voulait absolument pas dire par là que c’était aimer tout le monde (esclave compris) ; il réservait exclusivement son amour aux seuls propriétaires d’esclaves.

Il parlait « d’étendre l’amour à tous », cela semblait vouloir dire « un amour qui s’étende à l’ensemble des hommes ». Mais, étant donné les transformations sociales, le caractère chinois tchong (tous) avait alors perdu le sens qu’il avait eu jadis sous la dynastie des Yin­Chang, et aux premiers temps de la dynastie des Tcheou de l’Ouest, quand il désignait les esclaves.

A l’époque de Confucius, ce caractère ne désignait que « les enseignants auprès des maisons royales et ducales » et les « ministres ».

Par conséquent, c’était les seuls esclavagistes qu’aimait Confucius.

Le président Mao a fait remarquer : « Quant au prétendu « amour de l’humanité », jamais depuis que celle-ci s’est divisée en classes, il n’a existé d’amour aussi général. Toutes les classes dominantes du passé se sont complu à prêcher un tel amour et nombre de « sages » en ont fait autant, mais personne encore ne l’a réellement mis en pratique, car c’est chose impossible dans la société de classes. » (Interventions aux causeries sur la littérature et l’art à Yenan)

Jamais nous ne devons nous laisser tromper par Confucius. Bien qu’il ait plein la bouche de paroles trompeuses du genre : « bien se conduire avec ses parents », « récompenser ceux qui ont des mérites », « choisir des hommes de valeur », « employer des personnes capables », « veiller sur ceux qu’on aime », toutes ces « mesures bienveillantes » n’étaient valables qu’au sein de la classe esclavagiste.

Les esclaves en étaient exclus, car ils n’étaient au monde que pour être asservis, fouettés et mis à mort.L’étude qui vient d’être faite suffit pour conclure que, malgré les grands discours de Confucius sur la « bienveillance », « la justice » et « la valeur morale », toutes ses idées servaient sans exception les intérêts de l’aristocratie décadente des propriétaires d’esclaves.

En leur temps, Siun Tse et les autres légalistes, comme son disciple Han Fei, épousèrent les positions progressistes de la classe féodale et combattirent le confucianisme.

La lutte entre l’école confucéenne et l’école légaliste avant la dynastie des Ts’in (221­207 avant J.­C.) fut, à cette époque, un des aspects de la lutte des classes sur le plan idéologique. Confucius, se tenant sur les positions de l’aristocratie esclavagiste décadente, s’opposait aux forces montantes du féodalisme.

L’essence de sa pensée consiste à chercher à maintenir la domination de la classe esclavagiste et à démontrer que le peuple travailleur est par nature destiné à être exploité, asservi et dominé.

En un mot, ce qu’il voulait prouver, c’est que « l’exploitation est juste et la révolte un crime ».

Par conséquent, les classes exploiteuses qui vinrent par la suite, les propriétaires fonciers féodaux et la bourgeoisie, étaient trèsà l’aise pour combattre Confucius et crier « A bas l’école confucéenne ! » tant qu’elles ne s’étaient pas emparées du pouvoir.

Mais une fois qu’elles eurent pris en main le pouvoir politique, et qu’elles furent devenues elles-mêmes des classes dominantes réactionnaires, elles s’empressèrent d’utiliser le confucianisme pour duper le peuple travailleur et servir leur domination réactionnaire.

C’est la raison pour laquelle elles ont porté aux nues pendant plus de 2000 ans Confucius, « le Sage sanctissime ». C’est seulement en se tenant sur la position prolétarienne et en adoptant le point de vue matérialiste historique du marxisme que l’on peut mettre à nu la nature réactionnaire de Confucius.

Le président Mao nous a enseigné : « La Chine d’aujourd’hui résulte du développement de la Chine du passé ; abordant l’histoire en marxistes, nous ne devons pas en rompre le fil. Nous devons faire le bilan de tout notre passé, de Confucius à Sun Yat­sen, pour recueillir ce précieux héritage. Cela nous aidera dans une large mesure à diriger le grand mouvement actuel. » (Le rôle du Parti communiste chinois dans la guerre nationale)

Quand il s’agit d’apprécier d’un point de vue marxiste le rôle d’un personnage historique, il faut tout d’abord analyser les contradictions de classes et la lutte des classes de son temps, puis voir, par rapport au sens du développement historique, s’il se tenait du côté des classes progressistes et prônait les réformes, ou s’il se tenait du côté des classes réactionnaires et défendait le conservatisme.

La tâche des marxistes est de faire sans cesse avancer l’histoire. Nous ne soutenons que ce qui a joué un rôle progressiste dans l’histoire ; et, en ce qui concerne les choses réactionnaires et conservatrices, nous les rejetons et les critiquons résolument.

La critique de la pensée réactionnaire de Confucius nous aide à participer à la lutte de classes actuelle, et tout particulièrement à nous engager fermement dans la lutte de classe dans le domaine idéologique de la superstructure.

vendredi 18 octobre 1974


Les documents de 1974