Centre MLM de belgique

Clarté Rouge, Organe théorique du Centre Marxiste-Léniniste-Maoïste [Belgique] N°2 - août 2012

 1. Introduction

Outre notre deuxième contribution au débat sur la guerre populaire, traitant du caractère universel de celle-ci, ce numéro de Clarté Rouge propose une première série de textes du Parti Communiste du Pérou présentant un intérêt théorique direct pour le débat sur la guerre populaire. L’édition en français des textes du PCP souffre souvent de nombreuses lacunes (traductions bancales, notes inexistantes, citations retraduites, hiérarchie des titres approximative, etc.). Malgré nos efforts, notre édition ne fait pas exception : elle reste indigne de la grande valeur de ces textes.

Publier les documents du Président Gonzalo impose de répéter notre position sur les "lettres de paix". Nous ignorons si elles ont été écrites par le président Gonzalo (soumis à des conditions de détention horribles), ou si ce sont des faux. En toute hypothèse, elles ont donné lieu à une lutte de ligne entre une fraction "acuerdista", capitularde et liquidatrice (CRH, MOVADEF) et une fraction "proseguir" assumant la pensée-Gonzalo dont la dernière expression de la bouche de Gonzalo lui-même est le discours du 24 décembre 1992. La polémique lancée par le coMRI et les aviakanistes sur l’authenticité des "lettres de paix" n’est qu’un rideau de fumée tendu devant le contenu fondamentalement contre-révolutionnaire de ces lettres.

Peut-être que nous, communistes belges, somment davantage prêt à admettre l’idée de la trahison d’un dirigeant. Le mouvement communiste belge garde le honteux souvenir de la collaboration avec la Gestapo de Xavier Relecom, membre du Bureau Politique et secrétaire général du Comité Central du Parti et de trois autres membres du BP (dont le commandant national des partisans, Pierre Joye) après leurs arrestations en juillet 1943. Sans avoir été torturé, ils se sont effondrés devant les policiers nazis.

Ils ont tenu une prétendue "réunion du Bureau Politique" au camp de concentration de Breendonck. Ils prétendirent y avoir « analysé la situation résultant de l’arrestation de la direction du Parti et des Partisans » et en avoir « tiré les conclusions » : il fallait « mettre bas les armes », cesser « momentanément » toute activité et dissoudre les organisations. Prétendant avoir des garanties de vie sauve pour ceux qui accepteraient, ils affirmaient cela permettrait de « sauver ce qui peut être sauvé » et de « sauver des possibilités d’action après-guerre ». Ces traîtres, en présence d’agents de la Gestapo, allèrent jusqu’à enjoindre le chef d’État-major des partisans, Jacques Grippa, qui résistait à des tortures atroces, de respecter la discipline de parti en appliquant « les décisions du BP » et de communiquer aux interrogateurs ce qu’ils voulaient savoir. Nous autres, communistes belges, vivons avec cette tache dans le passé héroïque de notre Parti et de notre classe.

Nous savons d’expérience que les dirigeants, aussi brillants et prestigieux soient-ils, ne sont que des individus qui ne sont pas toujours capables de surmonter toutes les épreuves. Car alors même que ces lâches vendaient le Parti, les masses et les communistes faisaient preuve d’une combattivité et d’un héroïsme inouï dans leur résistance contre le fascisme, ce qui est une nouvelle confirmation de la valeur du maoïsme et du rôle qu’il donne aux masses et la ligne de masse, à la classe et à la conscience de classe, au Parti et à l’esprit de Parti.

 2. Contribution du CMLM [B] : Du caractère universel de la guerre populaire prolongée de type maoïste

1. Préalables

1.1. Diverses approches dont la nôtre

Lorsque l’on étudie les divers positionnements des révolutionnaires sur l’affirmation de la nécessité de la guerre populaire prolongée (GPP), on remarque que :

- L’une part de l’analyse des victoires et des défaites du mouvement révolutionnaire, et notamment du succès de la Révolution chinoise, et cherchant à tirer des leçons de ces victoires et de ces défaites, de dégager les facteurs de succès et les facteurs d’échecs, de distinguer ce qui était spécifiques à telle ou telle situation socio-historique et ce qui est généralisable, etc.

- L’autre part de l’analyse concrète de la situation concrète de la lutte des classes dans son pays et à son époque, on l’étudie dans tous ses aspects (politique, économique, sociale, idéologique, militaire, etc.).

Si l’adoption de la GPP comme stratégie révolutionnaire peut être (et, dans les fait, a souvent été) le fruit de la seconde approche, la thèse de l’universalité de la GPP découle de la première approche. Elle se transpose au niveau national par une démarche allant du général (la validité universelle de la GPP) au particulier.

La GPP pourrait donc s’imposer comme politique militaire révolutionnaire aux révolutionnaires des centres impérialistes de deux manières.

- Soit il est établi que la GPP est universelle et alors, la question qui se pose aux révolutionnaires des pays impérialistes est « quels en sont les principes et comment les appliquer dans nos conditions particulières ? »

- Soit il n’est pas établi que le GPP est universelle mais que les conditions spécifiques des pays impérialistes aujourd’hui l’impose comme seule stratégie correcte.

Étant évident que s’il est établi que la GPP est universelle, alors toute analyse de la seconde approche, si elle est correctement menée, doit aboutir à la conclusion que la GPP doit être entreprise. Il ne s’agit pas ici d’un simple jeu de l’esprit. Au sein du mouvement révolutionnaire européen, il y a clairement des forces qui viennent à la GPP en suivant l’une ou l’autre de ces approches. Certaines veulent appliquer la GPP maoïste en partant de ce général au particulier de leur situation, d’autres (comme des forces héritières des Brigades rouges en Italie) ont "redécouvert" presque empiriquement des thèses maoïstes. Ainsi, des camarades sont arrivés au maoïsme en partant d’une analyse (et parfois d’une pratique) ML "pré-maoïste" qui concluait à la nécessité d’une guerre révolutionnaire prolongée.

Pour notre part, dans ce document, nous nous proposons de dégager les contenus fondamentaux de la GPP pour les confronter aux réalités sociopolitiques contemporaines, à commencer par celle de l’urbanisation.

1.2. Distinguer les principes de la GPP des conditions de la GPP

Avant d’aborder la question de l’universalité de la GPP, il convient avant tout de distinguer les principes de la GPP et les conditions de la GPP.

Les principes constituent le cœur de la théorie, la théorie même. Si on change les principes, on change la théorie, bref : on parle d’autre chose…

Si on fait une confusion entre les principes et les conditions, le débat sur l’universalité de la GPP n’a tout simplement plus de sens. Si l’on décrète, par exemple, que la GPP ne peut avoir lieu, par définition, qu’en s’appuyant sur la paysannerie exploitée dans des conditions quasi-féodales, il est évident que le débat sur l’universalité de la GPP n’a plus de sens puisque s’en trouve exclus tous les pays où la paysannerie exploitée dans des conditions quasi-féodales est inexistante ou marginale...

Pour que le débat sur l’universalité de la GPP ait un sens, nous ne retiendrons donc que quatre principes fondamentaux pour la GPP. Ce sont les principes retenus par presque toutes forces se revendiquant de la GPP. Ce sont donc, par ce fait même, les principes les plus généraux, les plus éloignés des conditions objectives particulières de tel ou tel pays à telle ou telle époque. Voici ces principes :

1° Le processus révolutionnaire passe par un long affrontement armé avec le pouvoir. Ce processus connait trois phases : défensive (accumulation des forces), équilibre, offensive.

2° La parti révolutionnaire pose dès le début la question du pouvoir (il peut avancer des revendications partielles sociales, économiques ou nationales, mais celles-ci ne doivent pas prendre le pas ou masquer l’objectif de la conquête du pouvoir)

3° Le processus révolutionnaire est animé par le Parti communiste, l’Armée rouge, et le Front qui regroupe, autour du parti, les couches sociales hostiles à la bourgeoisie et à l’impérialisme).

4° Le processus révolutionnaire nécessite l’établissement de bases d’appui où les forces révolutionnaires se qualifient et où émergent les prémisses du nouveau pouvoir.

1.3. Spécificités de la GPP

Énoncer les principes de la GPP, c’est aussi énoncer ce qui fait sa spécificité, ce qui la distingue d’autres grandes stratégies révolutionnaires.

1° Le principe voulant que processus révolutionnaire passe par un long affrontement armé avec le pouvoir distingue la stratégie maoïste de l’insurrectionnalisme kominternien qui se fondait sur une préparation légale et "paralégale" des masses à l’insurrection [1].

2° Le principe voulant que le parti révolutionnaire pose dès le début la question du pouvoir distingue la stratégie maoïsme des diverses formes de radical-réformisme.

3° Le principe voulant que le processus révolutionnaire soit dirigé par le Parti prolétarien (lui-même dirigeant l’Armée rouge et le Front) distingue la stratégie maoïste des stratégies spontanéistes-insurrectionalistes, ultra-gauchistes et anarchisantes.

4° Le principe de l’établissement de bases d’appui distingue le maoïsme des diverses forme de militarisme, (guérillerisme, foquisme, etc.).

2. Les différentes thèses sur l’universalité de la GPP

2.1. La position de Mao Zedong

Mao Zedong ne s’est pas exprimé sur la portée de sa théorie. Il a fondé sa théorie de la GPP directement pour la Chine de son époque, sans soucis de généralisation. Il n’a pas eu besoin d’en dissocier les principes des conditions. Le seul passage qui évoque la question de la généralisation ne nous est d’aucune aide car il évoque les conditions plutôt que les principes, et il ne s’y exprime qu’en "creux" sur l’universalité de la GPP. Dans ce passage, il expose que dans les pays impérialistes, « éduquer les ouvriers et accumuler des forces au moyen d’une lutte légale de longue durée, et se préparer à renverser finalement le capitalisme sont les tâches du parti dans les pays capitalistes ». L’existence des possibilités légales ne fait pas de doute. Mais le fait qu’elles se rétrécissent de jour en jour, et qu’elles sont désamorcée depuis l’après-guerre par la mise en œuvre de la doctrine de la contre-révolution préventive, change la donne.

Dans ce passage, Mao Zedong, indique que ses propositions stratégiques ne remettent pas en cause la ligne du Komintern pour les pays impérialistes démocratiques des années ‘30. Mao écrit ce bref passage pour indiquer qu’il ne prétend pas révolutionner le marxisme-léninisme, mais simplement l’appliquer à la réalité chinoise. C’est exactement ce qu’avait fait Lénine par rapport au marxisme. Et pourtant, ce faisant, Lénine comme Mao Zedong apportaient des contributions décisives dont la portée dépassait largement les réalités nationales-historiques particulières dans lesquelles ils les formulaient.

2.2. Thèse de la validité pour la seule Chine (et Indochine) du début du XXe siècle

Pour les tenants de cette thèse, soit la GPP ne pouvait être appliquée qu’en Chine (et éventuellement en Indochine) et/ou qu’à cette époque (en raison du caractère semi-féodal et semi-colonial de la société chinoise).

Certains défenseurs de cette position prétendent défendre le maoïsme (ou plus exactement dans leur cas : la "pensée Mao Zedong"), d’autres, extérieurs et hostiles au maoïsme, rejettent la GPP comme ils rejettent toute l’expérience chinoise. Et parmi ceux-ci nous trouvons deux catégories : les révisionnistes historiques (ex-pro-soviétiques), les néo-révisionnistes (ex-pro-chinois ou toujours pro-chinois) et l’ultra-gauche. Nous ne nous attacherons naturellement qu’aux thèses de ceux qui prétendent reconnaître une valeur aux choix politiques et stratégiques de Mao Zedong, et nous n’évoquerons donc que les thèses néo-révisionnistes.

Leur thèse ne peut être soutenue qu’en faisant une confusion totale entre principes de la GPP et les conditions dans lesquelles celle-ci s’est développée en Chine au début du XXe siècle.

2.3. Thèse de la validité pour les seuls pays dominés, semi-féodaux, semi-coloniaux

Pour les tenants de cette thèse, la GPP est une politique militaire révolutionnaire correcte pour tous les pays semi-féodaux et semi-coloniaux. Lin Piao a été un des premiers à former cette thèse :

« Il convient de souligner tout particulièrement le caractère pratique, typique, universel que la théorie du camarade Mao Tsé-toung sur l’établissement de bases révolutionnaires dans les régions rurales et l’encerclement des villes à partir de la campagne revêt pour la lutte révolutionnaire de toutes les nations et de tous les peuples opprimés, et plus spécialement pour la lutte révolutionnaire des nations et des peuples opprimés d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine contre l’impérialisme et ses laquais.

De nombreux pays et peuples de ces trois continents sont en butte actuellement, et gravement, à l’agression et à l’asservissement par les impérialistes, États-Unis en tête, et leurs laquais. La situation politique et économique de plusieurs de ces pays offre beaucoup d’analogies avec la situation que connaissait la Chine d’hier. Là, comme en Chine, la question paysanne est d’une importance extrême. Les paysans sont la force principale de la révolution nationale et démocratique dirigée contre l’impérialisme et ses laquais. En envahissant ces pays, les impérialistes ont toujours occupé d’abord les grandes villes et les voies de communication importantes, ils ne sont jamais parvenus à contrôler entièrement les vastes régions rurales. Seule la campagne est le monde sans fin où les révolutionnaires peuvent agir en toute liberté. Seule la campagne est la base révolutionnaire à partir de laquelle les révolutionnaires peuvent diriger leurs pas vers la victoire finale. Aussi la théorie du camarade Mao Tsé-toung sur l’établissement de bases révolutionnaires dans les régions rurales et l’encerclement des villes par la campagne attire-t-elle de plus en plus l’attention des peuples de ces continents. » [2]

Parmi les forces qui ont assumé cette position nous pouvons citer :

Le TKP/ML :

« La stratégie de la Guerre Populaire, qui devrait être défendue comme la voie universelle de libération des pays semi-coloniaux, aura un rôle déterminant à jouer dans l’avancée de la révolution prolétarienne mondiale par bonds. ».

Le TKP(ML)-TIKKO :

« Dans les pays coloniaux et semi-coloniaux, la voie de la victoire est, pour la révolution de nouvelle démocratie, la guerre populaire.

Une des caractéristiques de ces pays est le développement instable des structures économico-politico-sociales. La situation cause un développement instable de la guerre révolutionnaire, au lieu d’une ligne droite.

Une autre caractéristique est la faiblesse relative du capitalisme, la présence du féodalisme, à cause des contenus sociaux la question nationale, et d’autres problèmes paysans.

Une autre essence de la guerre populaire est le rôle que la paysannerie va jouer dans notre révolution, sous-direction du prolétariat. La guerre populaire ne peut pas être expliquée simplement par les raisons comme " le féodalisme prédomine" ou " la majorité de la population consiste en des paysans ".

L’aspect le plus important est la dépendance vis-à-vis de l’impérialisme. Cette situation amène le contrôle relativement facile des villes par les impérialistes et leurs laquais. Et la campagne devient leur point faible. A cause de ces rapports complexes la révolution est plus avantagée à la campagne. »

Le MKP :

« La guerre populaire est un des outils principaux que le camarade Mao Zedong a légués aux oppriméEs, outre ses contributions qualitatives sur les questions de la philosophie, de l’économie politique et du socialisme. Le caractère scientifique de la stratégie consistant à encercler les villes par les campagnes dans les pays opprimés a été démontré en pratique. ».

Comme on le voit, les tenants de cette thèse lient (sans le justifier théoriquement) deux conditions de la GPP aux principes de celle-ci. Ces conditions sont : caractère semi-colonial du pays, prégnance du féodalisme, existante d’une vaste paysannerie pauvre. Dans le cadre du MKP est ajoutée aux principes de la GPP la stratégie de l’encerclement des villes par les campagnes.

2.4. Thèse de l’universalité de type lin-piaoïste

Mais à cette thèse Lin Piao greffe une autre thèse, distincte, spécifique en transposant au monde entier le schéma stratégique de la GPP. C’est alors l’ensemble du Tricontinent qui devient « la campagne » et l’ensemble des pays impérialiste qui devient « la ville ». Lin Piao a exposé cette thèse dans Vive la victorieuse guerre du peuple :

« Si l’on prend le monde dans son ensemble, l’Amérique du Nord et l’Europe occidentale peuvent être tenues pour ses "villes" et l’Asie, l’Afrique, l’Amérique latine en seraient la "campagne". Le mouvement révolutionnaire du prolétariat des pays capitalistes de l’Amérique du Nord et d’Europe occidentale a provisoirement marqué le pas, pour des raisons diverses, depuis la seconde guerre mondiale, tandis que le mouvement révolutionnaire des peuples d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine s’est développé vigoureusement. Et, dans un sens, la révolution mondiale connaît aujourd’hui une situation qui voit les villes encerclées par la campagne. Finalement, c’est de la lutte révolutionnaire des peuples d’Asie, d’Afrique et d’Amérique latine, où vit l’écrasante majorité de la population mondiale, que dépend la cause révolutionnaire mondiale. Aussi les pays socialistes doivent-ils considérer le soutien à accorder à la lutte révolutionnaire des peuples de ces trois continents comme un devoir internationaliste qui leur revient. » [3]

La thèse de Lin Piao a été assumée (ou réinventée) par plusieurs forces du mouvement révolutionnaire européen qui, dans les trois contradictions déterminant l’époque (prolétariat/bourgeoisie, peuples opprimés/puissances impérialistes, et inter-impérialistes) voyaient dans la contradiction peuples opprimés/impérialisme la principale contradiction, voyaient dans le Tricontinent la ligne de front du mouvement révolutionnaire international. Ce positionnement a induit deux types d’engagement : un engagement en Europe en fonction de cette perception, ce qui impliquait, en quelque sorte, de se considérer comme "à l’arrière des lignes ennemies". C’est l’engagement par exemple de la Fraction Armée Rouge (RAF), et c’est ce qu’expliquaient ses prisonniers en 1975, deux ans avant leur assassinat :

« La fusion de l’impérialisme ouest-allemand (politiquement, économiquement, militairement, idéologiquement fondé sur les mêmes intérêts d’exploitation du Tiers-Monde, ainsi que sur l’homogénéité des structures sociales au moyen de la concentration des capitaux et de la culture de consommation) avec l’impérialisme américain caractérise la position de la République fédérale vis-à-vis des pays du Tiers-Monde : en tant que part dans les guerres conduites contre eux par l’impérialisme américain, en tant que "ville" dans le processus révolutionnaire mondial d’encerclement des villes par les campagnes.

Dans cette mesure, la guérilla dans les métropoles est une guérilla urbaine aux deux sens du terme : géographiquement, elle surgit, opère et se développe dans les grandes villes, et au sens stratégique et politico-militaire elle est une guérilla urbaine car elle s’attaque de l’intérieur à la machine répressive de l’impérialisme dans les métropoles, elle combat comme unité de partisans sur les arrières de l’ennemi.

C’est ce que nous entendons aujourd’hui par internationalisme prolétarien. » [4]

Une autre forme d’engagement résultant de cette vision du monde était l’abandon pur et simple du terrain européen. De nombreux révolutionnaires sont ainsi partis combattre dans le Tricontinent. Une des expressions les plus nobles de cette position est l’engagement de Barbara Kistler, militante communiste suisse, dans le TKPML puis dans sa branche armée, le TIKKO. A la question évoquant le fait que le devoir des révolutionnaires était de lutter dans leur propre pays, elle répondait :

« Comme révolutionnaire qui défend la cause du TKPML et de l’internationalisme prolétarien, qui soutien la lutte du prolétariat et des peuples opprimés, je conçois mon engagement internationaliste dans l’attaque en frappant l’impérialisme dans ses points les plus faibles et dans le soutien aux mouvements ML, dans lesquels la lutte a assumé la dimension correspondante. L’oppression et l’exploitation dans le monde et en Turquie rend nécessaire pour les révolutionnaires de lever, dans le monde entier, le drapeau rouge du prolétariat contre l’impérialisme.

A la force centrale des armes de l’impérialisme il faut inconditionnellement opposer la force des armes des peuples. Dans le monde entier, les révolutionnaires et les communistes doivent assumer cette responsabilité de tout leur cœur et y engager toutes leurs forces. Ils doivent suivre cette ligne directrice et ils doivent soutenir les luttes qui sont en développement, fondées sur l’internationalisme prolétarien, menées par les révolutionnaires dans divers pays.

Avant de parler spécifiquement du statut de la Turquie, je veux attirer l’attention sur un point. Dans les sociétés capitalistes, le mouvement révolutionnaire est resté en arrière, tandis qu’il progressait dans les pays semi-féodaux et semi-coloniaux. Je parlerai plus loin des causes de cette situation en Europe. Il faut tenir compte du fait qu’entre les pays impérialistes et les pays dépendants de l’impérialiste il existe une forte interdépendance. Mais on ne peut pas ignorer le fait que les conditions suffisantes pour la révolution existent maintenant dans les pays en voie de développement. Les revendications sociales et les luttes de libération des peuples opprimés sont une grande force pour abattre l’impérialisme.

Le développement dans le monde et le centre de la lutte politique sont pas des conditions fixes, ils se modifient dans le développement du processus. L’inertie du mouvement révolutionnaire en Europe est transitoire. Il ne fait pas de doute que viendra l’heure des grandes luttes.

Les régions où émergent les contradictions les plus extrêmes et les plus intenses, à cause de la pauvreté et de la dépendance, forment le maillon le plus faible de la chaine impérialiste. Les luttes de libération nationale et les revendications des peuples opprimés assèneront un coup à l’impérialisme et l’affaibliront. Cela veut dire que la lutte révolutionnaire prolétarienne internationale est strictement liée, comme un tout, à la lutte révolutionnaire des peuples dans leurs régions, ce qui veut dire aussi que si la problématique dans son ensemble à une signification seulement régionale pour la révolution prolétarienne mondiale, elle y trouve une expression en tant que totalité. Comme le disait Lénine : « Ce siècle est l’époque de la tourmente révolutionnaire en Asie et de leur écho en Europe » [5].

2.5. Thèse de l’universalité de type gonzaliste

Voilà comment le Président Gonzalo formule la chose :

« Chaque classe génère sa forme de guerre spécifique et en conséquence, sa stratégie. Le prolétariat a crée la sienne : la guerre populaire et c’est une stratégie supérieure. La bourgeoisie ne pourra jamais avoir une stratégie supérieure à celle-là, qui plus est, il n’y aura pas de stratégie plus développé que celle du prolétariat. C’est un problème de constatation du processus militaire dans le monde.

Chaque classe a toujours généré sa façon de faire la guerre et sa stratégie, et c’est toujours la stratégie supérieure qui a vaincu l’inférieure. La nouvelle classe a toujours la stratégie supérieure. Il en est ainsi de la guerre populaire. Les faits nous le prouvent. Il y a des auteurs de traités militaires qui disent ceci : les communistes, quand ils ont appliqué leurs principes, n’ont jamais perdu une guerre, ils l’ont perdue seulement quand ils n’ont pas appliqué leurs principes.

Donc, en partant de cela, du fait que nous avons une stratégie supérieure, théorie prouvée universellement, le problème était de la faire nôtre, car il y une marge d’erreur possible. La première chose que nous décidons, est de ne pas appliquer mécaniquement la guerre populaire parce que le Président Mao Zedong nous a prévenu que l’application mécanique mène à l’opportunisme et à l’échec. » [6]

Nous assumons cette thèse. En fait, nombreux sont les groupes qui prétendent assumer cette thèse. Le problème est qu’en prétendant « ne pas appliquer mécaniquement la guerre populaire », la majorité de ces groupes en évacuent le contenu réel. Leurs choix stratégiques, leur pratique, sont étrangers aux principes fondamentaux de la guerre populaire. Et ainsi donc, tout en proclamant l’universalité de la guerre populaire, tout en prétendant la pratiquer, objectivement, ils la nient. Nous reviendrons sur cette problématique dans notre troisième contribution.

2.6. Une précision

Il faut ici préciser que la défense d’un type d’universalité par telle ou telle théoricien révolutionnaire, tel ou tel parti révolutionnaire, n’implique pas automatiquement la critique d’une universalité d’un niveau supérieur.

On l’a vu : on ne trouve dans aucun document de Mao Zedong la thèse de l’universalité de la GPP. Plus exactement, Mao Zedong ne s’est jamais posé la question sous cet angle. Il s’est appliqué à serrer au plus près la réalité chinoise (et son évolution) pour élaborer puis infléchir la stratégie la plus étroitement liée à cette réalité. Et quand cette stratégie divergeait de celle du Komintern, il s’en justifiait non pas en remettant en question la ligne générale du Komintern, mais en mettant en avant les caractéristiques de la Chine de ce moment. On ne peut trouver, dans les textes de Mao Zedong, l’affirmation que les principes de la GPP ne seraient valables que pour la seule Chine.

Par exemple, la défense de la stratégie de la GPP en Turquie par Ibrahim Kaypakkaya est fondée sur une analyse qui voit en la Turquie un pays semi-féodal et semi-colonial, et où le mouvement kémaliste est l’équivalent du Kuomintang (modernisation de la société, création d’un état moderne, mais maintien de l’exploitation semi-féodale de la paysannerie et de la dépendance semi-coloniale à l’impérialisme américain) [7]. Ibrahim Kaypakkaya défend donc le premier type d’universalité (la GPP est la stratégie adaptée à tous les pays semi-coloniaux et semi féodaux, et pas seulement à la Chine de la première moitié du siècle passé) mais à ce que nous sachions (et peut-être que les camarades turcs pourrons nous éclairer à ce propos), il n’a jamais explicitement rejeté l’universalité de la GPP à un plus haut degré.

3. La question des conditions

3.1. Conditions particulières et conditions générales

Les objections à l’universalité (au sens gonzaliste) de la guerre populaire prolongée se résument généralement à signaler que manquent aux pays impérialistes (ou généralement aux pays développés, comme la Corée ou l’Argentine) des conditions nécessaires à cette stratégie telles que Mao Zedong les a énumérées. Or, il convient de ne pas prendre pour universelles des conditions qui procèdent elles-mêmes des conditions générales de la Chine semi-féodale et semi-coloniale. En effet, c’est une chose de dire que, la Chine étant un pays semi-féodal et semi-colonial dont l’immense majorité du peuple était une paysannerie misérable, le succès de la guerre populaire passait par la mobilisation de cette paysannerie. Mais c’est tout autre chose de dire que le succès de la guerre populaire exige la mobilisation d’une paysannerie pauvre et que dans un pays où l’immense majorité du peuple est composé d’ouvriers pauvres, la guerre populaire est impraticable. Or, souvent les documents passent d’une affirmation à l’autre comme s’il s’agissait de la même. Autrement dit, à moins d’affirmer que la guerre populaire prolongée de type maoïste n’était possible que dans la Chine du siècle passé, il faut examiner quelles étaient, dans les conditions en question, celles qui sont réellement nécessaire à la pratique victorieuse de la guerre populaire.

Autrement dit encore, il faut distinguer les conditions particulières (telles que les a connues Mao Zedong) et les conditions générales nécessaires au succès de la GPP. Cela implique forcément une démarche de généralisation et de transposition. Jusqu’où cette démarche peut-elle être légitimement, scientifiquement pratiquée, c’est la question qu’il faudra avoir constamment à l’esprit.

3.2. Deux types d’erreur dans la question des conditions

L’examen de la guerre populaire de type maoïste ailleurs que dans la Chine du siècle passé, mais sur basée de cette expérience, est donc menacé de deux types d’erreurs. 1° Celles qui procèdent d’une incapacité à généraliser et à transposer, et donc en définitive une incapacité à théoriser (on finit alors par rejeter toute GPP qui ne connaitrait pas les conditions de la Chine des années ’30) ; 2° Celles qui procèdent de généralisations et de transpositions abusives, autrement dit une instrumentalisation subjectiviste de la théorie (on finit alors par ne plus réellement tenir compte d’aucune condition d’aucune sorte).

3.3. Notre proposition de cadre pour l’analyse des conditions

Plutôt que de répondre aux seules conditions évoquées dans les objections à l’universalité de la GPP, nous pensons utile d’élargir la réflexion à toutes les conditions mentionnées par Mao Zedong relativement au succès de la GPP (ou des éléments nécessaires à la GPP : par exemples les conditions mentionnées pour la constitution des bases d’appui). Cependant, nous accorderons une attention particulière aux conditions utilisées dans les objections à l’universalité de la GPP.

Donc, après avoir dans un premier temps recensé toutes les conditions qu’a connu la GPP "historique" de Mao Zedong (en nous basant sur les analyses de Mao lui-même), nous allons essayer, dans un deuxième temps, de dégager les éléments de ces conditions qui les rendaient nécessaires au succès de la GPP et ceci dans le but de voir dans quelle mesure une condition ne peut pas être remplacée par une autre, possédant un élément produisant un effet similaire (ou inférieur-suffisant, ou carrément supérieur).

Ceci fait, dans un troisième temps, nous nous concentrons sur les "conditions de substitutions" accessibles aux conditions des métropoles impérialistes. D’abord par que s’il fallait envisager toutes les hypothèses, des milliers de pages n »’y suffiraient pas, ensuite parce que nous menons un travail d’analyse pour avancer dans notre travail révolutionnaire ici et aujourd’hui.

3.4. Les conditions politiques

Chez Mao, les conditions politiques pour une GPP victorieuse sont les suivantes :

a) L’existence d’un parti solidement établi sous une direction prolétarienne b) La possibilité d’un Front mobilisant toutes les couches opposées au système
c) L’existence d’une Armée rouge et d’une Garde rouge d) La division chez l’ennemi A ce qu’il nous semble, ces conditions appellent à être :

- précisées (dans quelle mesure, par exemple, le parti doit-il être « solidement établi » ? au moment où Mao Zedong écrit cela, le parti avait été quasiment anéanti dans les métropoles chinoises et était inexistant dans de vastes régions du pays)

- mises en relation (on peut imaginer que le parti pourrait être un peu moins « solidement établi » si la division chez l’ennemi était particulièrement profonde, ou, a contrario, que si la division chez l’ennemi n’est pas très profonde, le parti doit être très solidement établi).

Cependant, comme cette thématique n’intervient pas dans le débat sur l’universalité de la GPP, comme, en d’autres mots, ce ne sont pas les conditions politiques mais les conditions sociales qui sont parfois évoquées contre la thèse de l’universalité de la GPP, nous allons maintenant nous concentrer sur ces dernières [8].

3.5. Les conditions sociales

3.5.1. Sur la paysannerie pauvre (I)

Il est évident que Mao Zedong a choisi de privilégier la paysannerie pauvre, et plus particulièrement celle des régions reculées, pour une série de critères absolument indépendants du fait que ces masses, dans l’absolu, exerçaient une activité économique de type agricole plutôt que de type industriel.

La spécificité du caractère agricole ne peut être pris en compte que parce que l’activité agricole permettait l’autosuffisance des bases d’appui et des zones libérées. A l’exception de quelques produits comme le sel, les zones libérées étaient auto-suffisantes et, dans les conditions arriérées de la Chine de l’entre-deux guerre, elles pouvaient se développer en micro-société socialiste attractive dans la mesure où elles permettaient une nette amélioration des conditions de vie des masses.

3.5.2. Sur la paysannerie pauvre (II)

Si ce n’était pas le caractère agricole de l’activité de ces masses qui détermina le choix de la paysannerie pauvre par Mao Zedong, qu’est-ce qui a déterminé ce choix ?
Voici ce qu’écrit Mao Zedong :

« Dans peu de temps, on verra dans les provinces du centre, du sud et du nord de la Chine des centaines de millions de paysans se dresser, impétueux, invincibles, tel l’ouragan, et aucune force ne pourra les retenir. Ils briseront toutes leurs chaînes et s’élanceront sur la voie de la libération. Ils creuseront le tombeau de tous les impérialistes, seigneurs de guerre, fonctionnaires corrompus et concussionnaires, despotes locaux et mauvais hoberaux. Ils mettront à l’épreuve tous les partis révolutionnaires, tous les camarades révolutionnaires, qui auront à prendre leur parti. Nous mettre à la tête des paysans et les diriger ? rester derrière eux en nous contentant de les critiquer avec force gestes autoritaires ? Ou nous dresser devant eux pour les combattre ? Tout Chinois est libre de choisir une de ces trois voies, mais les évènements obligent chacun à faire rapidement ce choix. » [9]

C’est dans le Rapport sur l’enquête menée dans le Hounan à propos du mouvement paysan, écrit en mai 1927, que Mao Zedong défend le potentiel révolutionnaire de la paysannerie et le caractère révolutionnaire du mouvement paysan. On sait que, pour écrire ce rapport, Mao a parcouru le Hounan pendant plus d’un mois. Sa description du mouvement paysan, qui en est aussi la défense, est riche, profonde et vivante, et c’est sur cette base qu’il menait la lutte, au sein du parti, à la fois contre l’opportunisme de droite qui, voulant maintenir au plus près les liens avec le Kuomintang lié aux propriétaires fonciers, tournaient le dos aux luttes de la paysannerie, et contre l’opportunisme de gauche qui, enfermé dans l’ouvriérisme insurrectionnaliste, tournait également le dos aux luttes paysannes.

L’intérêt de ces textes est qu’il ont été écrit avant le coup d’Etat réactionnaire du 12 avril 1927, avant que Tchang Kai-chek se retourne contre le Parti communiste et contre les syndicats ouvriers, massacrant des milliers de prolétaires et de communistes, et brisant pour de longues années l’organisation de la classe ouvrière chinoise. De nombreux cadres ont découvert le caractère révolutionnaire de la paysannerie, et son importance décisive dans le processus révolutionnaire, qu’à la suite et par conséquence de la défaite des ouvriers dans les villes (le soulèvement de Canton, en riposte au coup d’Etat de Tchang Kai-chek, est écrasé en décembre 1927). Rien de tel avec Mao : dès son Analyse de classe de la société chinoise, un article écrit en mars 1926, il met en avant la potentialité révolutionnaire du “semi-prolétariat” (catégorie dans laquelle il range l’écrasante majorité des paysans semi-propriétaires, les paysans pauvres, les artisans, commis et marchands ambulants).

Si Mao Zedong met en avant la paysannerie pauvre, c’est parce qu’il s’agit de masses (« des centaines de millions ») d’exploités placés dans une telle situation qu’ils sont appelés à lutter pour le renversement de l’ordre existant, et qu’ils se rebelleront avec ou sans les partis révolutionnaires.

La question qui se pose pour nous est alors : existe-t-il de pareilles masses aujourd’hui ? Et dans l’affirmative, où se trouvent-elles ?

Et la réponse est claire : oui ces masses existent, elles existent dans les mégapoles du monde entier, et elles manifestent déjà leur rébellion dans des explosions de violence urbaines qui font clairement écho aux émeutes paysannes des siècles passés.

3.5.3. Le PCCh et la question urbaine

Il est frappant de constater que les villes n’ont joué aucun rôle dans la GPP menées par Mao Zedong en Chine. La classe ouvrière n’a quasi pas participé à la révolution, même dans sa phase finale. En 1946-47, il y a de nombreuses grèves et luttes ouvrières, mais elles sont purement trade-unionistes, revendicatrices, et corporatistes (à Shanghaï, principale ville ouvrière de Chine avec un demi-million d’ouvriers, il y a 453 syndicats différents). Il y a eu 278 grèves pour toute la Chine en 1936 pour 1.716 en 1946 pour la seule ville de Shanghaï, et 2.538 en 1947. Le Kuomintang balance entre des vagues de répressions très dures et des concessions (l’échelle des salaires est accordée au printemps ’46 et améliorée en 48). A Tientsin, une grande ville industrielle, la classe ouvrière est syndiquées et lutte pour ses intérêts économiques, mais même lorsque la ville est encerclée par l’Armée rouge, les ouvriers ne font rien pour favoriser la prise de la ville. Et ce sera partout pareil : le mouvement ouvrier restera dans l’expectative. Dans les villes, seul le mouvement étudiant s’engagera résolument dans la lutte révolutionnaire.
La cause de ce phénomène est évidente : la classe ouvrière chinoise a été saignée par les massacres de 1927.

Le départ des militants et des cadres survivants vers les campagnes a achevé de faire perdre à la classe ouvrière son ossature et sa capacité à mener une lutte politique, d’autant que le PCCh n’a pas fait de sa reconquête politique un axe stratégique.

Il s’agit là d’une caractéristique tout-à-fait spécifique à la Chine de cette époque, qui renforce "en creux" le rôle de la paysannerie pauvre dans la révolution chinoise.

3.5.4. Sur l’urbanisation comme condition nouvelle

Sur cette question peut-être plus que pour tout autre, la nécessité de distinguer les conditions particulières de la GPP dirigée par Mao en Chine, des conditions générales de cette stratégie, ne se pose avec acuité. Et elle ne se pas qu’aux révolutionnaires des pays impérialistes ultra-développé.

En effet, le monde entier connait des transformations importantes, et notamment un formidable mouvement d’urbanisation. En 1900, 15% de l’ensemble de la population mondiale vivait en ville. En 1950, 30%. En 2007, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, la population urbaine, a dépassé en nombre les habitants des campagnes. Aujourd’hui plus de la moitié de la population réside dans les agglomérations urbaines, et cette tendance à la concentration de l’habitat tend à se maintenir. Au rythme actuel, 65% de la population sera urbaine en 2025, et plus de 80 % dans de nombreux pays. Pour dire les choses autrement : entre 1900 et 2000, la population urbaine a été multipliée par 20 alors que la population mondiale se contentait de quadrupler. Dans les pays développés, le taux d’urbanisation atteint déjà 75% de la population totale, et la « campagne » elle-même est profondément modifiée (beaucoup de travailleurs ou ex-travailleurs urbains y habitent – et plus seulement des ruraux), les communications y sont extrêmement développées, etc.

Ce phénomène devrait poser question aux camarades du Tricontinent qui défendent la thèse selon laquelle la GPP n’est opérante que dans les régions reculées, rurales et pauvres, qu’elle ne peut avoir pour base sociale que la paysannerie pauvre, et qu’elle a pour guide stratégique l’encerclement des villes par les campagnes. Prenons ce dernier point en l’appliquant à la situation de la Turquie où les camarades du MKP continuent d’affirmer que « Le caractère scientifique de la stratégie consistant à encercler les villes par les campagnes dans les pays opprimés a été démontré en pratique ».

Dès 1950, l’exode rural a explosé en Turquie, entraînant à la périphérie d’Istanbul l’apparition des bidonvilles locaux : les gecekondu. Istanbul (qui n’est pourtant pas une capitale) est la plus grande agglomération du pays. Le chiffre officiel est de treize millions d’habitants recensés, mais le chiffre réel atteint probablement seize millions sur un total de 74,7 millions d’habitants (en janvier 2012). Suivant des estimations prudentes, on peut dire que 7 Turcs sur 10 vivent dans une ville, et parmi eux 2 vivent à Istanbul (18,2 % selon l’estimation la plus basse).

On ne peut, dans ces conditions, continuer à parler comme si de rien n’était d’organiser la paysannerie pauvre pour encercler les villes par les campagnes. C’est du pur formalisme. C’est garder des textes de Mao sur la GPP que la surface des choses (les choix dictés par les conditions spécifiques) au lieu d’en tirer la substance. C’est ignorer la leçon du président Gonzalo à propos de l’universalité de la GPP :

« La première chose que nous décidons, est de ne pas appliquer mécaniquement la guerre populaire parce que le Président Mao Zedong nous a prévenu que l’application mécanique mène à l’opportunisme et à l’échec. »

Prenons un autre exemple. Un récent document du Comité de Reconstruction du Parti Communiste de l’Équateur [10] affirme que :

« Pour les communistes et les révolutionnaires maoïstes, les campagnes sont une pierre angulaire de la lutte des classes et la paysannerie, dans la révolution de Nouvelle Démocratie, joue le rôle de la force principale et le prolétariat de force dirigeante et comme tel, Comité de reconstruction du PCE, a fait un pas dialectique très important pour organiser là où nous les maoïstes en Équateur nous devons être, c’est-à-dire dans les campagnes, connaissant de première main l’oppression et l’inégalité vécue au jour le jour par la paysannerie par la semi-la féodalité. »

En 1950, 29% de la population équatorienne vivait dans les villes. En 2010, on arrivait à 67% de la population urbanisée, et ce pourcentage va en augmentant rapidement (avec une projection de 2% par an pour la période 2010-2015). L’absence apparente de réflexion sur ce facteur essentiel dénote, selon nous, une application mécanique des principes de la GPP.

3.5.5. Le PCP et la question urbaine

Le PC du Pérou était également confronté à cette question. En 1960, 46,80% de la population totale vivait déjà dans les villes, en 1965, 51,90%, en 1970, 57,40%, en 1975, 61,50% et en 1980, année de déclenchement de la guerre populaire, 64,60%. La croissance de la population urbaine s’est poursuive, et à un rythme de plus en plus accéléré (pour atteindre 71,70% l’année passée), d’autant que les guerres civiles en zones rurales entraînent des déplacements de populations, qui nourrissent l’exode rural et accélèrent les tendances à l’urbanisation (ce facteur historique s’est confirmé partout : en Chine, au Vietnam, au Nicaragua, au Salvador, en Colombie, etc.).

La stratégie classiquement maoïste du PCP était l’encerclement des villes et de la capitale Lima, depuis les zones rurales : la stratégie de l’encerclement des villes par la campagne. Si l’on suit la série d’article très détaillée du Laboratoire d’urbanisme insurrectionnel consacré au rôle de la ville dans la guerre révolutionnaire conduite par le PCP, c’est dès 1980 que le président Gonzalo a défendu l’idée de développer à Lima une activité de guérilla urbaine, des actions de déstabilisation du pouvoir et d’y développer l’action d’organisations de masse. Cette proposition aurait été longuement débattue lors de la réunion élargie du comité central du PCP tenue du 8 au 24 août 1980.

Le Plan de conquête des bases de 1980 du PCP souligne l’importance des "organismes autogérés ", devant faire le lien entre le Parti et les masses, au sein des syndicats, fédérations, associations, cantines populaires, comités de quartiers, universités, etc. Trois groupes sociaux urbains doivent être organisés en priorité : les étudiants, les ouvriers et les habitants des bidonvilles.

Plusieurs organismes de lutte et de propagande auront pour mission de faire de Lima une caisse de résonance du PCP, et un centre de recrutement en faveur de la guérilla rurale. De multiples organisations clandestines et légales seront créées dans les villes, et particulièrement à Lima. Entre la fin de 1989 et la première moitié de 1992, Lima devint la principale zone d’action du PCP, par une fréquence plus importante, une variété d’actions, et la consolidation d’une présence significative dans les secteurs populaires. Ce développement était concomitant (sans que l’on puisse établir une liaison directe) avec des difficultés rencontrées par l’Armée Populaire de Guérilla dans les campagnes, où la contre-insurrection avait gagné en intensité et en qualité (avec notamment le développement des milices rurales anti-guérilla).

En 1988, dans son interview au Diario, le président Gonzalo expose la ligne dans la phase de l’équilibre stratégique :

« La Guerre Populaire s’applique universellement, selon le caractère de la révolution, et acquiert un caractère spécifique à chaque pays, il ne peut pas en être autrement. Dans notre cas, les particularités sont claires. C’est une lutte qui se livre à la campagne et à la ville [11] comme cela fut établi dès 1968, dans les grandes lignes pour la guerre populaire. Voici déjà une différence, une particularité : c’est à la campagne et à la ville. Nous croyons que cela est lié à nos situations spécifiques.
(…)

L’Amérique Latine (…) compte des villes proportionnellement plus grandes que celles des autres continents. C’est une réalité de l’Amérique Latine qu’on ne peut ignorer. Il suffit de voir la capitale du Pérou, qui a un taux de population élevé. Ainsi, pour nous, la ville ne pouvait être laissée de côté et la guerre devait s’y dérouler aussi, toutefois la lutte se livre principalement à la campagne, celle de la ville restant le complément nécessaire.
(…)

Quel problème nous pose la ville ? Nous avons développé un travail dans les villes et à la campagne ; oui, depuis plusieurs années, nous l’avons fait. Il y a eu un tournant et un changement avec la guerre populaire, c’est sûr. Maintenant, notre situation nous amène à voir comment préparer la ville ou les villes pour généraliser la guerre populaire.

Tout cela est lié au développement du travail de masses, mais pour et dans la guerre populaire, ce que nous avons fait et continuons à faire ; le fait est que nous avons commencé à le développer davantage. Nous pensons que notre action dans les villes est indispensable et qu’elle doit être impulsée chaque fois plus loin, parce que dans les villes se trouve concentré le prolétariat et parce que nous ne devons le laisser aux mains ni du révisionnisme ni de l’opportunisme.

Dans les villes, existent les quartiers populaires, les immenses masses populaires. Depuis 1976, nous avons une ligne directrice pour le travail dans les villes. Prendre les quartiers populaires et les bidonvilles comme base et le prolétariat comme dirigeant, c’est notre ligne directrice et nous continuerons à la mettre en pratique, aujourd’hui, dans des conditions de guerre populaire.

On voit clairement vers quelles masses nous nous dirigeons. Dans ce qui a été dit auparavant, découle nettement que les immenses masses des quartiers populaires et des bidonvilles sont comme des ceintures de fer qui vont encercler l’ennemi et qui retiennent les forces réactionnaires.
(…)

Ce dont nous avons besoin c’est de faire la synthèse des expériences propres à la masse, au peuple, d’établir ses formes organiques, ses formes de lutte, pour qu’ils se saisissent de formes de lutte de plus en plus développées qui s’accroissent à la ville. C’est ainsi qu’elles se forment.

Que pensons-nous ? La chose est claire. Le centre est la campagne mais pour l’insurrection, le centre se déplace et devient la ville. Pour cela on procède de la même manière qu’au commencement, où les combattantes et les communistes se déplaçaient des villes vers la campagne ; maintenant ils se déplacent de la campagne vers la ville, cela se fait aussi. Nous déplaçons aussi nos forces et nous préparons l’insurrection. [nous soulignons]. Nous devons étudier les conditions qui permettent la convergence de l’action de l’Armée Populaire de Guérilla avec l’insurrection dans une ou plusieurs villes. C’est ce dont nous avons besoin. » [12]

Dès l’origine, et pour toute la durée de la guerre, le Comité Metropolitain du PCP fera de Lima la "caisse de résonance du Parti". Dans les bidonvilles, le PCP va développer des structures d’organisation et d’entraide populaires. Parfois en les créant de toute pièce, parfois en noyautant les structures existantes et en évinçant les directions bourgeoises. Ses militants veilleront à chasser les délinquants, à contrôler les prix, à lutter contre les expulsions, etc.

Alors que la lutte armée commence dans les campagnes en mai 1980, dès le mois de juin, la mairie d’un quartier de la capitale est incendiée. En décembre auront lieu les premières attaques à l’explosif contre des banques et des ambassades. Les actions symboliques se succèdent, comme les énormes feux allumés sur les collines représentant le marteau et la faucille visibles de toute la ville, la destruction de pylônes provoquant des coupures d’électricité (premier black out total en septembre 1981),

Progressivement, les actions armées auront d’autres objectifs :

a) Assurer le contrôle du Parti sur les quartiers populaires en attaquant les patrouilles policières, en éliminant les indicateurs, en dynamitant les commissariats

b) frapper les institutions du pouvoir pour les paralyser

c) frapper la bourgeoisie (attaques à la voiture piégée contre les quartiers résidentiels).

d) Appuyer les luttes populaires (lors des grèves ouvrières par exemple)

e) Mener à bien des grèves armées (à partir de janvier 1989)

Cela ira en s’amplifiant dans le cadre de la phase de “l’équilibre stratégique” (1988). Lima passe du statut de “complément nécessaire” à celui de centre stratégique. Entre avril 1989 et décembre 1992, presque la moitié des actions armées du PCP ont lieu dans la capitale.

En 1989, les forces armées prennent en charge la sécurité à Lima et à Callao, placées en état d’urgence. La répression s’intensifie. En 1990, Fujimori est élu, il instaure sa dictature en mai 1992 avec l’appui de l’armée. La guerre sale s’institutionnalise : tortures, massacres, disparitions. Le PCP était arrivé à l’équilibre stratégique, mais la tendance va se renverser et la contre-insurrection regagner le terrain perdu. Vagues d’arrestations (jusqu’à celle du président Gonzalo en septembre 1992), pertes subies par l’Armée Populaire de Guérilla, effet démoralisateur des "lettres de paix" de novembre 1993, etc. L’action armée cesse progressivement dans les villes et un repli vers les campagnes s’opère.

3.5.6. Le PCI (M) et la question urbaine

Le document du Parti Communiste d’Inde (Maoïste), Perspective urbaine : Notre travail dans les zones urbaines, que nous avons publié dans le précédent n° de Clarté rouge affronte directement le problème. Nous n’en ferons pas ici en résumé : il mérite d’être lu attentivement.

Soulignons simplement que le PCI(M), comme le PCP, relève l’importance croissante des villes dans la stratégie révolutionnaire, même lorsque la priorité reste à la guérilla rurale.

3.5.7. L’urbanisation dans les pays impérialistes

Pour les pays impérialistes où non seulement la population urbaine et suburbaine constitue l’immense majorité de la population, mais où en plus la paysannerie est généralement devenue une classe de petits entrepreneurs modernes, la question devient donc : est-ce que les zones urbaines peuvent jouer, dans le cadre des principes de la GPP, le rôle qu’ont joué les zones rurales dans la GPP dirigée par Mao Zedong ?

Cette question se divise elle-même en deux parties :

- Existe-t-il, dans les zones urbaines, une base sociale pour la GPP ?

- Existe-t-il, dans les zones urbaines, les conditions pour fonder des bases d’appui ?

3.5.8. La base sociale de la révolution

Il est aisé de répondre à la première question car les zones urbaines regroupent aujourd’hui, dans le monde entier, les plus grandes masses de prolétaires et de déshérités.

De la même manière que Mao a su reconnaître, dans la paysannerie déshéritée du Hounan, des masses à potentiel révolutionnaire, de la même manière, nous devons reconnaître que les principales concentrations de masses à potentiel révolutionnaire sont dans les zones urbaines et suburbaines. Et, nous l’avons vu, cette tendance d’urbanisation des masses populaires ne fait que s’amplifier, comme s’amplifie le processus de désertification des campagnes.

La seconde question, celle des bases d’appui, est autrement plus complexe, et elle nécessite d’en revenir à l’expérience du PCCh dans les années ’20 et ‘30.

3.6. Les bases d’appui

3.6.1. Conditions particulières pour l’établissement de bases d’appui

Nous l’avons vu, la constitution de bases d’appui (dont une forme particulière est la « zone libérée ») est une nécessité pour la GPP. Sur ce sujet également, nous allons d’abord envisager les conditions particulières, pour ensuite essayer d’en dégager le contenu, et enfin analyser à leur lumière nos conditions particulières dans les métropoles impérialistes.

Dans La lutte dans les monts Tsingkang, un rapport au Comité Central du PCCh écrit le novembre 1928, Mao Zedong expose longuement l’histoire et la situation de la base révolutionnaire située dans la région frontière du Hounan et du Kiangsi et des bases d’appui qui l’environnait. On peut y lire les conditions favorables et défavorables dans les passages concernant l’ensemble de cette base ou, plus finement encore, dans les passages (ainsi page 108) où Mao compare les situations des différentes parties de la région envisagée. Sont considérés comme avantageux [13] : a) L’éloignement des centres de pouvoir ennemi ; b) La difficulté d’accès ; c) L’appui des masses populaires ; d) La proximité d’autres bases révolutionnaires ; c) L’autosuffisance alimentaire ou, du moins, la possibilité de se ravitailler par l’apport de régions voisines transformées en bases d’appui. Examinons rapidement ces facteurs sous l’angle des conditions particulières, c’est-à-dire tels qu’ils se présentaient à Mao Zedong à la fin des années ’20.

a) L’éloignement des centres de pouvoir ennemi : Il s’agit ici d’un éloignement physique. Les monts Tsingkang étaient loin des métropoles, les "antennes" du pouvoir central étaient rares et fragiles.

b) La difficulté d’accès : Il s’agit ici d’une difficulté d’accès au sens physique, résultat d’une combinaison d’un relief escarpé, de grandes distances, des voies de communications (routes, ponts, etc.) médiocres, des moyens de transports limités (en quantité et qualité) pour l’ennemi, une inadaptation des forces de l’ennemi au terrain.

c) L’appui des masses populaires : Il s’agit ici d’une condition politique déjà abordée dans cette discussion et sur laquelle nous reviendrons par la suite.

d) La proximité d’autres bases révolutionnaires : Ceci permettant à une base d’appuyer l’autre en cas d’offensive ennemie ou, en cas d’offensive révolutionnaire. Cette proximité permet d’appliquer, à l’avantage des révolutionnaires, le principe stratégique de « l’économie des forces » qui consiste à pour concentrer les forces là où la décision se fait et à ne consacrer que le minimum de forces sur les fronts sans enjeu. Cela ne s’applique pas seulement au niveau militaire : des ressources économiques ou des cadres politiques peuvent aussi être « concentrés » là où leur effet est le plus utile.

e) L’autosuffisance alimentaire ou, du moins, la possibilité de se ravitailler par l’apport de régions voisines transformées en bases d’appui : Dans les conditions de la Chine d’alors, à l’exception de quelques produits comme le sel, les zones libérées étaient auto-suffisantes et elles pouvaient se développer en micro-société socialiste permettant une nette amélioration des conditions de vie des masses. Il faut ajouter à ce stade que cette autosuffisance avait une valeur stratégique : elle permettait de résister aux blocus ennemis.

Il faut ici signaler que tous ces points valent pour tous les types de bases d’appui sauf le point e) qui concerne cette forme extrême et particulière de base d’appui qui est la zone libérée.

3.6.2. Des "bases d’appui" comme condition générale

A ce stade donc, nous devons maintenant procéder à une nouvelle généralisation/théorisation. Nous devons nous appliquer à ne plus voir la forme concrète qu’ont revêtue les bases d’appui dans la GPP menée en Chine à l’époque, pour en dégager le contenu politico-stratégique. Autrement dit, nous devons répondre à la question : qu’apportent les "bases d’appui" au processus révolutionnaire qui les rende ainsi nécessaire ?

Les bases d’appui permettent d’établir des pôles du nouveau pouvoir. De manière totale dans les zones libérées, de manière partielle dans les autres formes de base d’appui.

Dans les bases d’appui, le Parti et les masses peuvent expérimenter et développer les premiers éléments de la société nouvelle, et ainsi approfondir leur liaison. Les bases d’appui permettent l’organisation et l’auto-organisation des masses : les masses gagnent ainsi des qualités et des caractères qui font d’elles une force révolutionnaire consciente. Tant le Parti que les masses se qualifient et se renforcent.

Dans les conditions favorables à l’établissement d’une base d’appui, Mao évoquait l’appui des masses ; la constitution de "bases d’appui" permet de transformer "l’appui" des masses à une véritable implication des masses dans le processus révolutionnaire.

Les bases d’appui sont des zones où le contrôle social et la répression de l’ennemi sont faibles, inexistants, ou en rude concurrence avec le contre-pouvoir révolutionnaire. La répression peut y prendre la forme d’opération ponctuelle, plus ou moins vaste, militarisée dans l’esprit sinon dans la réalité. Le fait que les petits agents de la contre-insurrection (mouchards, policiers "de proximité" etc.) soient neutralisé permettent aux révolutionnaire de travailler plus librement.

Les "bases d’appui" permettent aux révolutionnaires de se libérer d’un grand nombre de contraintes paralysantes du travail conspiratif. Dans les bases d’appui, le Parti, les formes du nouveau pouvoir (comités populaire etc.) et l’Armée rouge peuvent se développer de manière plus rapide, plus vaste, plus profonde et plus sûre.

3.6.3. Des zones libérées comme forme particulière des bases d’appui

Des bases révolutionnaires telles celles des monts Tsingkang, c’est-à-dire de vastes zones libérées et inaccessibles pour l’ennemi, sont quasiment inimaginable aujourd’hui, à moins d’un exceptionnel état de faiblesse de l’état oppresseur, et encore, il y a lieu de penser que cette faiblesse sera palliée par un engagement impérialiste. C’est une constatation qui vaut aussi bien pour les pays semi-féodaux et semi-coloniaux, dont la population est majoritairement des paysans pauvres, que pour les métropoles impérialistes. Des facteurs tels que le relief ou les distances se posent différemment aujourd’hui qu’au début du siècle passé. La technique et le développement aidant, les distances se raccourcissent et les reliefs s’aplatissent. Les appareils à voilures tournantes (hélicoptères, Osprey, etc.) permettent aux forces de répression d’intervenir massivement en tout point du territoire. Le développement de l’observation aérienne (satellites, drones, avions de reconnaissance) renforce cette tendance au point que seule des régions densément boisées et humides permettent encore (pour combien de temps encore ?) d’échapper aux moyens d’observation modernes.

Les partisans vietnamiens ou yougoslaves l’ont éprouvé. Leur armée rouge avait en permanence le souci de se soustraire à l’observation ennemie et, quand cela n’était pas possible, d’échapper à l’encerclement ennemi en se déplaçant continuellement. Même la base révolutionnaire des monts Tsingkang a fini par connaître cette situation, puisque la 5e campagne d’encerclement du Kuomintang, a obligé l’Armée rouge à quitter la région, qui a été reconquise par la réaction. Quand Mao dit que seule la division de l’ennemi a permis l’établissement de la base révolutionnaire du monts Tsingkang, nous pouvons généraliser en disant qu’il faut une situation d’exceptionnelle faiblesse du pouvoir réactionnaire pour que puisse s’établir une base révolutionnaire fixe et durable, une "zone libérée" donc, où le pouvoir révolutionnaire peut s’établir durablement au grand jour.

L’installation prématurée d’un pouvoir révolutionnaire ouvert peut causer des pertes irrémédiables. Dans plusieurs localités péruviennes, le PCP avait établi des comités révolutionnaires associant des cadres du PCP et des habitants. Lorsque l’armée a repris ces localités que l’APG était incapable de défendre, les militants ont pu reprendre le maquis, mais les villageois impliqués dans le nouveau pouvoir ont été dénoncés et massacrés. Cette impossibilité croissante de reproduire des expériences comme celle d’une zone libérée du type de celle des monts Tsingkang n’a que peu d’incidence dans la question de l’universalité de la GPP. Seuls ceux qui font (volontairement ou non) une confusion entre "base d’appui" et "zone libérée" peuvent le prétendre. Pour ces derniers, la cause est entendue : l’absence de possibilité d’établir une zone libérée implique l’impossibilité de remplir cette condition pour la GPP qu’est l’établissement de base d’appui – et ils en déduisent l’impossibilité de pratiquer la GPP. Mais dès le moment où l’on généralise/théorise sérieusement le contenu politico-stratégique de la "base d’appui", on conçoit qu’il s’agit d’un concept flexible, susceptible de revêtir, pour un contenu identique, des formes différentes.

3.6.4. Des « bases d’appui » en milieu urbain

L’expérience du mouvement communiste international nous révèle deux types d’expériences équivalant aux "bases d’appui" en milieu urbain : les quartiers populaires ou les bidonvilles et les complexes industriels.

a) Dans les quartiers populaires
Ainsi le quartier prolétarien de Vyborg à Petrograd, où les masses étaient tellement révolutionnaires qu’elles se obligèrent les bolcheviks à suivre le mouvement pour ne pas se couper d’elles… (la révolution de février commença par un mouvement de masse spontané à Vyborg). C’était un des seuls quartiers de Petrograd où les bolcheviks avaient la majorité au soviet ET à la douma.

Ainsi le bidonville de Villa El Salvador (fondé en 1971), qui avait déjà une longue tradition de lutte (résistance aux expulsions, participation à la grève générale contre la dictature militaire en 1977, etc.). Le PCP y commence son activité en 1980 et la lutte armée en ‘81 (dynamitage du commissariat). Il crée ou noyaute des organisations sociales et mène des opérations d’agit-prop ouverte de 1988 à 1992. Les délinquants, les politiciens bourgeois, les policiers et les indicateurs sont chassées du bidonville ou abattus.

Ainsi le quartier 1 Mayis à Istanbul, zones de ségrégation économique, sociale et communautaire (alévis) fortement auto-organisés et capables de résister aux projets de "rénovations" de la municipalité (résistance allant jusqu’à causer la mort de manifestants). Ce quartier a été créé à la fin des années ‘70, dans une période d’affrontements militarisés entre révolutionnaires, fascistes et forces de l’ordre. L’organisation Dev Yol arrachera à la mafia le contrôle du terrain sur lequel se construira le quartier et mettra en place un réseau de comité populaire, maison du peuple, espace santé, école ou encore coopératives d’achat. Encore aujourd’hui, des manifestations armées y ont cours.

b) Dans les complexes industriels
Ainsi le complexe des usines métallurgiques Poutilov, à Petrograd, lors de la révolution russe. Le contre-pouvoir rouge était tel aux usines Poutilov (30.000 travailleurs, dont 10.000 sympathisants et 500 militants bolcheviks) que les bolcheviks ont pu y organiser une garde rouge, concentrer leurs forces puis, au contraire, envoyer des détachements pour prendre la ville.

Ainsi le complexe des 26 usines Fiat de Mirafiori-Lingotto-Rivalta (90.000 ouvriers, 50.000 rien que pour Miraliori) à Turin lors de l’"autunno caldo" italien de 1969, avec un changement des rapports de force dans les ateliers au moyen des cortèges internes (notamment à Mirafiori, usine « en couloirs »). L’usine servait de base révolutionnaire, que ralliaient d’autres forces (à commencer par les étudiants) avant de marcher sur la ville, comme lors de la manifestation qui aboutit aux affrontements et aux barricades de Corso Traiano en juillet 1969.

Ces expériences historiques ont en commun des facteurs qui ont contribué à leur donner les qualités de bases révolutionnaires :

a) Forte concentration de populations pauvres

b) Homogénéité socio-culturelle favorisant l’auto-organisation

c) Vide de pouvoir (désintérêt des pouvoirs publics) accentué par l’action révolutionnaire

d) Tradition de lutte

e) Existence et/ou besoin de structures sociales d’entraide et de coopération non officielles, dans lesquelles les révolutionnaires doivent s’investir.

f) Homogénéité géographique (avec parfois même un relatif isolement)

g) Proximité avec le centre urbain

3.6.5. L’autosuffisance économique

Voilà un critère qui était pertinent dans la Chine des années ’30 et qui ne l’est plus aujourd’hui, même dans les pays les moins industrialisés. En 1958 encore, les maquis castristes visaient à une relative autosuffisance (création d’une tannerie et d’un atelier de fabrication de chaussures) mais devaient se procurer carburant, médicaments, etc. Le développement démographique et la mondialisation capitaliste a rendu le modèle de la zone libérée économiquement autosuffisante impossible, même dans les régions les plus reculées des pays les plus pauvres. Ce n’est plus seulement du sel qui est nécessaire à l’établissement de zones libérées où s’améliorent la vie des masses mais aussi des semences et des engrais, des médicaments, des combustibles et des carburants, etc.

4. La stratégie

4.1. Mao Zedong, stratège révolutionnaire

Ces points étant acquis, nous pouvons passer maintenant aux questions stratégiques. Que Mao Zedong ait été non seulement un grand stratège, mais aussi un grand stratégiste, théorisant avec bonheur la stratégie autant qu’il la pratiquait avec succès, personne ne le conteste. On ne compte plus les hommages à la lucidité stratégique de Mao Zedong jusque parmi les spécialistes bourgeois.

Qu’est-ce qui a permis à Mao Zedong d’être un aussi brillant stratège et stratégiste ?

- Une intelligence personnelle hors pair ;

- Une compréhension profonde et créative du marxisme-léninisme qui lui a donné un regard acéré sur la société chinoise, ses transformations, ses contradictions, ses rapports de forces ;

- Un volonté révolutionnaire qui lui a toujours fait garder comme objectif de ses analyses et de ses choix l’intérêt supérieur de la révolution

- Une vaste culture stratégique (Mao avait lu tous les classiques chinois de la stratégie) qui a nourrit sa réflexion.

Cela a permis à Mao Zedong de déduire les justes choix stratégiques pour le PCCh après la grande défaite de celui-ci dans les villes, choix qui ont permis de renverser le rapport de forces et mené le peuple chinois à la victoire.

4.2. La stratégie maoïste de l’encerclement des villes par les campagnes

Le choix stratégique de l’encerclement des villes par les campagnes était un choix juste, brillant et novateur, entièrement justifié par les conditions particulières de la Chine, et de la situation dans laquelle se trouvait le PCCh après ses grandes défaites dans les villes.

Il y a ici une réalité complexe à saisir : la stratégie de l’encerclement des villes par les campagnes se base en partie sur une analyse sociopolitique générale de la société chinoise, (avec son immense paysannerie prête à la révolte), et en partie sur la situation particulière du PCCh qui avait perdu toute son influence dans les grandes villes en raison de choix erronés aux tragiques conséquences.

Si Mao Zedong a choisi d’organiser ses bases d’appui dans les régions rurales reculées, c’est parce que :

- Les masses paysannes de ces régions étaient misérables, brimées et exploitées, qu’elles avaient directement intéressée au renversement de l’ancien régime.

- Il s’agissait de larges masses, offrant une vaste base sociale au mouvement révolutionnaire, d’infinies possibilités de recrutement pour le Parti Communiste et l’Armée rouge.

- Il s’agissait de masses ayant une culture de rébellion et de soulèvement contre les autorités.

- Il s’agissait de masses vivant dans des zones où le contrôle de l’Etat réactionnaire était le plus faible (dans les régions reculées ou difficiles d’accès).

- Il s’agissait de masses vivant dans des régions de faible intérêt pour le pouvoir réactionnaire, des régions où il tarderait donc à réagir.

Ces conditions permettaient de créer des « base d’appui », donc les conditions de l’encerclement de l’ennemi.

4.3. Le contenu de la stratégie maoïste de l’encerclement des villes par les campagnes

Si l’on essaie maintenant de dégager les conditions générales des conditions particulières de la stratégie maoïste, nous pouvons la formuler ainsi :

- Élever la conscience et organiser en priorité les masses misérables, brimées et exploitées, sous une direction prolétarienne.

- Organiser en priorité les masses vivant dans les zones les plus éloignées des centres de pouvoir et de peu d’intérêt aux yeux du pouvoir.

- Pratiquer la guérilla pour affaiblir les forces du régime dans ces zones, pour assurer l’autorité politique et morale du Parti dans ces zones.

- Développer des "base d’appui" où se manifeste de manière plus ou moins catégorique et hégémonique le nouveau pouvoir.

- Profiter de ces bases d’appui pour renforcer l’auto-organisation des masses et les liens entre le Parti et les masse, pour développer et construire l’Armée rouge.
- A travers le développement de ces "bases", encercler petit à petit les centres de pouvoir de l’ennemis jusqu’à l’offensive finale contre ceux-ci.

Avant maintenant d’examiner les possibilités de transpositions de ce contenu à d’autres conditions que celles de la Chine des années ’20, il nous faut éclaircir les notions "d’éloignement", "d’encerclement" et de "centre de pouvoir" qui peuvent être à l’origine d’erreurs lourdes de conséquences.

4.4. La notion "d’éloignement"

Lorsque l’on réfléchit à la notion d’éloignement dans le cadre de la stratégie maoïste, il faut avoir conscience qu’il s’agit d’une notion bien plus complexe qu’un simple étalonnage kilométrique. Une zone peut-être "plus éloignée" du centre du pouvoir qu’une autre même si, à vol d’oiseau, la première est plus proche du centre que la seconde. L’absence de présence de bonnes voies de communication, un relief escarpé, une végétation dense, etc. contribuent à "l’éloignement" davantage que la simple distance.

Et encore ceci reste limité à la géographie, car des facteurs politico-sociaux contribuent aussi à l’éloignement. La présence de populations hostiles au régime, vivant dans la marge de son système, contrainte par la misère et l’’exclusion à l’auto-organisation, contribuent aussi à cet "éloignement".

Ajoutons encore les progrès de l’armement : l’Air control est devenu un pilier de la contre-insurrection et le couple drone/missile s’affranchit de toute contrainte d’éloignement au sens étroit du terme.

La notion "d’éloignement" est aussi liée aux capacités d’action de l’ennemi. Mao Zedong en a d’ailleurs fait l’expérience : en 1930, les bases rouges du Kiangsi [Jiangksi] étaient encore suffisamment "éloignées" du pouvoir du Kuomintang ; en 1934, elles ne l’étaient plus assez et il a fallu se résoudre à la longue Marche vers les régions reculée du Shaanxi.

Le développement économique (maillage routier de plus en plus étroit, etc.) et le progrès technique (hélicoptères) ont un tel effet sur l’éloignement que, dans les pays développés, le seul "éloignement" qui vaille est celui qui procède de facteurs politico-sociaux.

De ce point de vue, "plus éloignée" signifie en réalité "moins accessible" pour les tentacules du pouvoir, les quartiers pauvres de Molenbeek-Saint-Jean sont plus éloignés du centre du pouvoir que les lotissements chics de Waterloo, même si ils se situent à quelques stations de métro du Parlement, des ministères ou du siège du l’Union Européenne. De la même manière (pour que cela fasse image à nos camarades de France) que Maisons-Lafitte est plus "proches" du centre que les cités de Clichy-sous-Bois.

4.5. Désintérêt politique et "éloignement"

Les concentrations de populations pauvres, marginalisées ou aux bords de la marginalisation, d’origine immigrée, ont toujours été négligées par le pouvoir bourgeois. Ce ne sont que les élus locaux qui ont un intérêt (par conviction politique réformiste et/ou par calcul électoral) à l’un ou l’autre progrès en matière de logement, de communication, d’équipements collectifs, etc. Se développent alors dans ces zones des réseaux parallèles dans différents domaines (éducatifs, économique, etc.) étrangers au système, et parfois hors-la-loi (ainsi cette économie souterraine à base de trafic, de contrefaçons, etc.). De temps en temps une émeute ou un fait divers spectaculaire provoque des déclarations d’intentions d’amélioration des conditions de vie, mais le pourrissement redevient vite la règle.

Ce désintérêt, proche de celui réservé dans le Tricontinent aux campagnes, est un puissant facteur "d’éloignement".

4.6. Violences urbaines et "éloignement"

Les sociologues bourgeois parlent de "violence urbaine" pour la différencier de la délinquance classique qui poursuit un intérêt économique immédiat. Ainsi donc, si le trafic de drogue ou les cambriolages relèvent de la délinquance, la "violence urbaine" se manifeste à travers des actes de vandalisme, les violences entre groupes pour le contrôle d’une rue ou d’un quartier, les attaques contre des cibles institutionnelles (écoles, commissariats, etc.) et, bien entendu, les émeutes. Les violences urbaines sont un autre facteur "d’éloignement". Elles se combinent au facteur précédent dont elles partagent les origines, et, elles démultiplient leurs effets respectifs.

Pour approcher le phénomène de « perte de contrôle » (ne fut-ce que partielles ou temporaire) par l’Etat bourgeois de zones, la sociologie bourgeoise a même élaboré une échelle de la "violence urbaine" graduée en huit niveaux successifs [14] :

Degré 1 : actions contre les particuliers telles que le vandalisme sans connotation institutionnelle, la délinquance en bande induisant l’idée d’un rapport de force et/ou de domination spatiale, les règlements de compte entre bandes rivales avec ici également l’idée de « contrôle du terrain ».

Degré 2 : apparition des actions anti-institutionnelles mais sans violences physiques telles que les insultes et les provocations à l’encontre de personnes symbolisant l’autorité ou le vandalisme léger portant atteinte à des biens ou des bâtiments institutionnels.

Degré 3 : agressions physiques contre des agents institutionnels autres que policiers, gendarmes et magistrats.

Degré 4 : agressions verbales et menaces à l’encontre des forces de l’ordre, de magistrats et/ou dégradations légères de matériel et de bâtiments de police.

Degré 5 : aggravation du degré 4 avec notamment pénétration dans les bâtiments ou manœuvres destinées à ralentir et/ou à empêcher les mouvements des forces de l’ordre.

Degré 6 : augmentation de l’intensité des violences perpétrées à l’encontre des forces de l’ordre, attaques de commissariats, volonté de porter atteinte à l’intégrité physique des membres des forces de l’ordre.

Degré 7 : vandalisme aggravé, bombes incendiaires, etc. mais avec une volonté manifeste d’éviter l’affrontement direct avec les forces de l’ordre. Nombre limité des assaillants et courte durée des faits.

Degré 8 : longue durée, nombre important des assaillants, émergence de tactiques de guérillas urbaines. Dans certains cas, ces émeutes peuvent se diffuser à grande échelle : émeutes de ghettos américains ou de banlieues françaises, en novembre 2005 par exemple. Il arrive également que les forces de l’ordre soient confrontées à un usage important voire massif d’armes à feu. Les opérations récentes de reprise de contrôle de certaines favelas brésiliennes en sont un exemple.

Le degré de violence urbaine est un facteur aussi important dans les zones urbaines que, par exemple, la densité de la végétation dans les zones rurales du tiers monde. Elles créent un environnement dur mais « engluent » les agents du pouvoir bourgeois
Nous reviendrons sur ce phénomène d’une grande importance stratégique, dans notre troisième contribution.

4.7. La notion "d’encerclement"

Après celle "d’éloignement", une seconde notion doit être éclaircie : celle "d’encerclement". L’étymologie du terme induit une vision d’un cercle autour d’un point, qui coïncide d’autant plus naturellement avec la vision maoïste d’encerclement des villes par les campagnes que la conception « théorique » que nous avons du territoire a été formée à la vision de cartes où les villes elles-mêmes sont figurées par des points.

Pour parler de la disposition des zones sous contrôle du Viet-minh sur l’ensemble du territoire vietnamien, les militaires français parlaient de la "peau de léopard". Les taches rouges qui, sur les cartes françaises, figuraient les zones sous contrôle Viet-minh allaient s’agrandissant, ne laissant au Corps expéditionnaire que les villes, certaines régions unies par des liens particulières aux colonialistes (les districts convertis au catholicisme par ex.) et quelques régions à la fois "proches" des centres, riches, et facile à contrôler, comme le delta rizicole du Tonkin.

Cet exemple et, en réalité, toutes les expériences historiques de guerre populaire, montre qu’il s’agissait moins "d’encercler" l’ennemi au sens strict, en bouclant autour de ses concentrations un cercle d’où il ne peut sortir, que de "l’environner" en augmentant progressivement les zones hors de son contrôle et en le refoulant peu à peu dans ses centres.

Si on ne réfléchit pas en ces termes, si, au lieu d’une conception socio-politico-militaire scientifique de l’encerclement, on se borne à la perception naturelle et conventionnelle de celui-ci, on s’exposera à de graves erreurs

4.8. "éloignement" et "encerclement" 2.0

L’activité humaine investit de plus en plus l’espace électromagnétique. Cette réalité est tellement stratégique que des projets de réformes militaires prévoient de créer un commandement pour cet environnement comme il y en a déjà pour l’air, la terre, la mer et parfois l’espace.

Nombres d’activités qui demandaient un contact physique se font maintenant dans l’espace électromagnétique, par la téléphonie et/ou par internet : achats, ventes, rencontres, débats, formations, distractions, etc. Cet espace devient donc de plus en plus important pour les facteurs "d’éloignement" et "d’encerclement".

Pratiquement, saboter un relais de téléphonie mobile (dont les fréquences sont maintenant utilisés par les administrations et même par des services de police) [15] ou une série de caméra de vidéosurveillance "augmentent la distance" entre le quartier et les centres de pouvoir et, si ils sont fait à une grande échelle et dans plusieurs zones, contribuent à "l’encerclement" de ces centres de pouvoirs.

4.9. La notion de "centre de pouvoir"

Seul le marxisme permet une analyse correcte du centre de pouvoir. Les diverses approches subjectivistes de la question oscillent de la théorie du complot où un petit cercle de manipulateurs contrôlent tout et décident de tout, à la théorie de l’absence de centre de pouvoir où, à partir de la constatation (correcte de l’extension du domaine du capital sur tous les aspects de la vie) on aboutit à une vision du pouvoir dilué dans chaque instant, dans chaque rapport social, dans chaque moment de la reproduction.

Le pouvoir politique est une réalité, qu’il soit tributaire des puissances économiques est une chose, mais il garde ses spécificités procédant de sa raison d’être : exprimer dans l’organisation sociale les intérêts communs de la bourgeoisie, à commencer par garantir l’ordre au moyen d’un appareil répressif policier-judiciaire. Ainsi, s’il est juste de dire que les politiciens, ministres et les généraux ne sont que les outils des industriels et des financiers, les ministères et les états-majors restent d’authentiques centres de pouvoir, dont l’autorité et le bon fonctionnement sont nécessaires au pouvoir de la bourgeoisie.

C’est donc une autre manière de mesurer le degré de "proximité" avec les centres de pouvoir que d’en estimer le degré d’efficience de leur fonctionnement.

4.10. "éloignement", "encerclement" et zones urbaines

Reprenons maintenant le contenu de la stratégie maoïste tel qu’il nous est apparu après avoir été dégagé des formes particulières procédant de ses conditions particulières :

« Élever la conscience et organiser en priorité les masses misérables, brimées et exploitées, sous une direction prolétarienne. Organiser en priorité les masses vivant dans les zones les plus éloignées des centres de pouvoir et de peu d’intérêt aux yeux du pouvoir. Pratiquer la guérilla pour affaiblir les forces du régime dans ces zones, pour assurer l’autorité politique et morale du Parti dans ces zones. Développer des "base d’appui" où se manifeste de manière plus ou moins catégorique et hégémonique le nouveau pouvoir. Profiter de ces bases d’appui pour renforcer l’auto-organisation des masses et les liens entre le Parti et les masse, pour développer et construire l’Armée rouge. A travers le développement de ces "bases", encercler petit à petit les centres de l’ennemi jusqu’à l’offensive finale contre ceux-ci. »

On voit clairement que, dans les pays (impérialistes ou dominés), ou les populations pauvres, brimées et exploitées réside dans sa grande majorité dans les zones urbaines et suburbaines, ce sont ces zones qui doivent devenir des "bases d’appui". Non pas dans le but d’en faire des "zones libérées", car ce n’est qu’une manifestation particulière de la "base d’appui" et non le but de la "base d’appui", mais pour induire progressivement, au fil de l’agrandissement, de l’approfondissement et de la multiplication des "bases d’appui", un encerclement des centres du pouvoir ennemi.

5. Conclusion provisoire

Lorsqu’on aborde scientifiquement la GPP de Mao, c’est-à-dire en distinguant ses principes généraux de ses conditions d’applications, pour ensuite vérifier si ces principes généraux peuvent s’appliquer aux autres conditions particulières, on constate qu’en effet, ces principes généraux sont applicables partout, même si la GPP peut et doit adopter des formes très différentes selon les conditions particulières sociopolitiques, démographiques, géographiques et autres.

Ceux qui objecteraient que ce n’est pas parce qu’ils peuvent être appliqués qu’ils doivent être appliqué sont tout simplement étrangers au maoïsme. Clarté rouge n’a pas pour vocation de discuter de tout avec tout le monde. Nous voulons faire progresser la réflexion stratégique MLM ici et maintenant. C’est déjà un projet ambitieux, et nous sommes conscients que notre contribution n’est qu’un modeste pas en ce sens.

Il est hors de notre portée d’analyser les caractères particuliers que doit revêtir la GPP dans des situations telles que celles de la Turquie ou de l’Equateur. Mais, en tant que révolutionnaires d’un pays impérialiste ultra-développé, ayant atteint un haut degré de parasitisme (avec une importante désindustrialisation et un secteur tertiaire tentaculaire), il est de notre devoir d’analyser les caractères particuliers que doit revêtir la GPP chez nous.

Ce sera l’objet de notre prochaine contribution.

 2. Textes du Parti Communiste du Pérou sur la GPP (1ère partie)

Commençons à démolir les murs et à déployer l’aurore − IIe Session plénière du Comité Central du PCP, 28 mars 1980

I. Les masses exigent l’organisation de la rébellion

Depuis les temps anciens, la vie des masses est assujettie à l’exploitation et à l’oppression et toujours elles se sont révoltées, c’est une longue et inépuisable histoire. La lutte des classes est une constante, elle ne peut être supprimée.
Depuis toujours, depuis qu’elles combattent, les masses ont exigé l’organisation de la rébellion, de leur armement, de leur soulèvement, et qu’on les dirige, qu’on les guide.

Il en a toujours été ainsi, et cela continuera ainsi, et une fois qu’il y aura un autre monde, cela continuera, bien que de manière différente.

Il existe la misère, jointe à une fabuleuse richesse, même les socialistes utopiques savaient qu’elles allaient ensemble : la richesse considérable et provocante, jointe à la pauvreté qui dénonce et demande des comptes. Il en est ainsi parce que l’exploitation existe.

L’exploitation est accouplée à l’oppression et celle-ci existe aussi, elle assassine les masses, les fait se consumer de faim, elle les emprisonne, les égorge, mais les masses ne sont pas des brebis, elles sont formées d’hommes regroupés en classes qui s’organisent, génèrent leurs partis et ceux-là ses dirigeants.

Les dirigeants doivent écouter la plus légère rumeur de la masse, écouter ses fluctuations, scruter le futur dans ses lointains, tout en posant au sol un pied ferme pour enregistrer le plus léger frémissement de la masse. Un dirigeant qui ne ferait pas cela n’en serait pas un.

Nous sommes communistes, Marx nous apprenait que les révolutionnaires doivent par obligation professionnelle organiser la misère pour démolir le vieil ordre, et notre obligation est de le faire scientifiquement, nous qui savons la loi de la lutte des classes et qui savons le but vers lequel marche la classe et le peuple.

Telle est notre obligation, c’est pour cela que nous sommes venus, pour organiser la clameur de la masse, pour la mobiliser, pour l’armer, c’est pour cela que nous sommes venus.

Parce qu’ainsi le pouvoir désorganisé de la masse exprime sa force, son pouvoir invincible, et la masse devient créatrice d’ordres nouveaux, sape les murs les plus solides et les démolit avec fracas.

Nous ne pouvons pas nous appeler des communistes sans agir ainsi, il ne peut y avoir parmi nous des dirigeants sourds à la clameur de la masse, aveugles devant sa force, durs et indifférents. C’est inacceptable.

Cependant, qu’avons-nous vus : des dirigeants sourds, aveugles, durs et indifférents - en train de perdre leur condition de communistes ?

Les communistes doivent avoir une âme qui tremble comme tremble celle des masses, qui se réjouit de ce qui les réjouit, qui souffre de ce qui les fait souffrir, qui s’enflamme de ce qui les enflamme, qui se soulève de ce qui les soulève. Dans le cas contraire, la condition de militant devient un en-tête sur un papier, un label, un timbre, une étiquette.

Il ne peut y avoir de communistes et encore moins de dirigeants qui osent manquer de confiance envers la masse, cela signifie manquer de confiance envers la seule force de l’histoire. Les "raisons" invoquées pour le faire peuvent être très élaborées mais elles ne seront que vide, néant inacceptable.

Le Parti ne peut continuer à permettre que des militants nient la masse, et encore moins des dirigeants. Cela ne peut pas être.

Nous ne pouvons pas permettre, au moment où les bourgeois voient la vague gréviste et la paysannerie qui recommence ses ruades, que des communistes nient ce que voient leurs yeux et ce que font leurs mains. Il est impossible que les communistes nient la masse, cela n’a pas de sens, nous ne pouvons pas le permettre.

Nous devons de plus en plus être ceux qui avertissent, nous devons voir les lointains, avoir l’ouïe fine pour les entendre, une vue pénétrante, un talent aigu et pénétrant pour découvrir la transformation de la masse. Sans cela nous ne pouvons remplir notre mission.

Prendrons-nous le chemin du vieil opportunisme ? Aurons- nous le cœur dur de la réaction ? De camarades qui agissent ainsi, que pouvons-nous attendre demain ?
Noirs et sinistres individus chevauchant sur les épaules des masses. Plus jamais nous ne permettrons que telles choses recommencent, et encore moins de la part de dirigeants.

Il y a une réalité puissante dans ce pays qui est le nôtre, c’est la masse, elle a une grande histoire, qui est ignorée, mais à chaque fois qu’elle s’est mise debout, la terre a tremblé et chaque fois que la masse paysanne s’est soulevée, les fondements ont été secoués, la réaction a connu mille inquiétudes, c’est seulement par le sang et par le feu qu’ils l’ont calmée, avec leurs sacristains les opportunistes qui cherchent à la dévier et l’entraver ; ils n’ont pu que la calmer, mais jamais l’arrêter. Les masses ne cesseront jamais d’être ce qu’elles sont, jusqu’à ce que la terre cesse de tourner.

Engels nous a appris qu’il y a deux pouvoirs sur la terre, la force armée de la réaction et la masse inorganisée. Si nous organisons ce pouvoir, ce qui est en puissance devient en acte, le potentiel devient réel, ce qui est loi et nécessité devient un fait frappant, qui balaie tout ce qui se croyait ferme.

Sans être soutenu par la masse rien n’est solide, tout n’est que château de cartes, et quand elle parle, tout frémit, l’ordre commence à trembler, les plus hautes cimes s’abaissent, les étoiles prennent une autre direction, parce que les masses font et peuvent tout.

Si cette conviction commence à faillir en nous, l’âme des communistes commence à tomber en morceaux. Il faut être vigilant, que ce que nous avons vécu lors de cette séance plénière soit un immense avertissement : cela ne doit plus arriver.

Malheur au Parti s’il a des commandants incapables d’entendre la masse ! Si cela arrive, démolissons-les et détruisons le mastodonte bureaucratique, puisqu’il ne sera plus le Parti, mais un monstre.

Que nous a dit le Président Mao ? Que nous les athées nous n’avons qu’une seule divinité, les masses ; ce sont ces dieux que nous invoquons pour qu’ils nous écoutent, et quand cela se produira, il n’y aura plus d’exploitation.

Forgeons les militants selon ces critères, aujourd’hui plus que jamais et demain encore plus.

Les masses exigent à cor et à cris l’organisation de la rébellion.

C’est pourquoi le Parti, ses dirigeants, ses cadres et militants ont une obligation, aujourd’hui impérative, un destin : organiser le pouvoir désorganisé de la masse, et cela ne se fait que les armes à la main. Il faut armer la masse, pas à pas, secteur par secteur, jusqu’à l’armement général du peuple, et lorsque cela arrivera il n’y aura plus d’exploitation sur la terre.

II. Que les actions parlent

La IIe Session Plénière du Comité Central sonne déjà avec un timbre glorieux, un timbre qui lui est propre, qui est : Développer la militarisation du Parti à travers les actions.

Il nous a fallu, à nous communistes, payer le prix d’une violente lutte pour établir un nouveau drapeau : Déclencher la lutte armée.

Nous en sommes tous témoins, c’est au cours d’une fracassante bataille entre deux lignes qu’on arriva à concrétiser le développement de notre ligne : ILA [16].

Nous avons marché d’un pas ferme mais sûr, parce que nous sommes sûrs de là où nous allons et de ce que nous voulons. Souvenons-nous de Lénine : Nous vaincrons parce que nous savons ce que nous voulons.

Il est bon de s’arrêter quelque minutes et de nous demander : Comment sommes-nous arrivés à cette grande définition ? À Développer la militarisation du Parti à travers les actions ?

Cela s’est produit dans une lutte intense, qui n’a peut être pas la même stridence que les autres, mais qui est plus profonde, plus dense, et qui a une très grande portée.

Deux positions se sont clairement affrontées : il y a ceux qui ont suivi ce que nous inculquons depuis le VIe Plenum, à savoir transformer la parole en action, et aujourd’hui nous assumons de transformer la parole en actions armées. Concrétisation décisive, développement transcendant.

Nous avons adopté la décision de développer des actions militaires, c’est de cela que nous parlons, c’est cela qui gît dans notre esprit, qui palpite dans notre cœur, qui bout dans notre cerveau et qui s’agite dans notre volonté, quand nous parlons des actions.

Certains d’entre nous ont travaillé d’arrache-pied pour qu’on passe au langage des actions militaires, et d’autres avec obstination s’y sont opposés, avec des arguties, des manœuvres et même des fourberies.

Mais cette définition a fini par s’imposer, parce que notre patrie demande des définitions, parce que notre peuple demande une décision ; le peuple exige à cor et à cris et nous répondons à cette clameur, à cette exigence, nous sentons ce qu’ils sentent et nous voulons ce qu’ils veulent, ils veulent que leurs mains parlent le langage précis et frappant des faits d’armes.

Oui ! Mener des actions, c’est la façon de faire des masses, du peuple : quand on ouvre le sillon, c’est l’action qui parle ; quand on forge sur l’enclume c’est l’action qui parle ; quand les hommes enquêtent, dégagent des lois, c’est l’action qui parle ; quand les mains armées se tendent, c’est le peuple qui combat.

D’abord vient le fait et ensuite l’idée, et cette idée te mène à une action à chaque fois plus élevée. Nous sommes les reflets certains et véridiques de notre réalité. Nous avons prêché, appelé aux armes, à la lutte armée.

Notre voix n’a pas résonné dans le désert, la semence est tombée dans le bon sillon, et commence à germer. Les éclats de voix que nous lançons sont des échos puissants, croissants, qui tonneront sur notre terre.

Ceux à qui nous disons de se mettre debout, de se soulever en armes, dans la volonté de qui nous semons, nous répondent ainsi : nous sommes prêts, guidez-nous, organisez-nous, agissons ! Et ils nous en demanderont toujours plus.

Ou bien nous tenons ce que nous avons promis, ou bien nous serons la risée des masses, des êtres parjures, des traîtres. Or, c’est ce que nous ne sommes pas.

Si nous avons semé, si nous avons prêché, si nous avons organisé et que tout commence à fructifier et à marcher, notre obligation est de nous placer en tête.

Que les actions armées confirment notre prêche, que notre sang se joigne au sang de ceux qui doivent le verser ; nous n’avons pas le droit de laisser ce sang refroidir seul, ou que ce froid ne rencontre que la tiédeur du nôtre. Ou alors nous ne sommes pas ce que nous sommes.

Nous sommes devenus communistes de façon presqu’insensible, c’est comme un long chemin, c’est comme la marche, le fait de bouger un pied te commande de bouger l’autre et si tu te fatigues, ce n’est pas pour en rester là, mais pour prendre un repos doux et calme et reprendre l’ascension. Demain la matière nous reprendra dans sa paix belliqueuse, c’est là que nous pourrons nous reposer définitivement.

C’est pour cela que nous avons été forgés en tant que communistes ; c’est pour cela qu’ont vécu Marx, Lénine et Mao, pour apprendre aux autres, pour apprendre comment réussir, c’est pour les appeler, les organiser, les soulever ; c’est pour cela que la classe les a enfantés.

Et qu’est-ce que nous avons pu voir ici même ? Des camarades dirigeants qui s’opposent à ce que le Parti fasse le pas décisif de son histoire. Au nom de quoi ? Du supposé « manque de conditions » ? Et dans leurs voix tremblantes, qui parlait ? C’était les sombres trognes de l’oppression et de l’exploitation, ces sombres trognes pleines de bave et de sang.

N’oublions pas que la réaction doit verser des flots de sang pour calmer le peuple, c’est son rêve de feu et de fer, mais ce rêve sinistre est la preuve la plus claire que tout son être est vermoulu.

Et quand des camarades et dirigeants veulent nous voler l’âme, l’esprit, pouvons-nous le permettre ? Non. Leurs "arguments" partent en fumée, leur "considérations" en lambeaux, leurs "fermes engagements" sont des parchemins qui pourrissent par terre. Jamais plus dans notre Parti nous ne devons entendre ces paroles sinistres dans la bouche de communistes et encore moins de dirigeants.

Et ceux qui oseront élever la voix de la sorte, écrasons-les comme ils le méritent, détruisons-les.

Aujourd’hui c’est ce qu’il y a de plus urgent ; c’est d’autant moins tolérable aujourd’hui, cela mine, cela sape l’espoir de la masse, l’œuvre de cinquante années, et à quel moment ? Au moment-même où la masse commence à concrétiser cela dans la réalité. C’est à ce moment qu’ils arrivent, les pacifistes honteux.

Les réunions nous donnent à tous beaucoup de leçons, pour certains, cela doit être un avertissement tonitruant, un rappel frappant. Plus jamais ça.

Nous avons une orientation claire et définie : que les actions parlent. Des actions pour Développer la militarisation du Parti à travers les actions. Transformer cela en réalité est impératif, urgent, c’est un mot d’ordre, la classe l’exige, l’histoire et le peuple l’exigent. Nous ne pouvons pas œuvrer autrement. C’est une nécessité. Ce que nous avons fait auparavant nous a menés jusqu’ici. Le chemin est tracé, le plan d’action établi : il faut l’accomplir. Nous n’avons pas d’autre droit.

C’est notre mot d’ordre : que les actions parlent.

III. Commençons à démolir les murs

Nous avons décidé de Développer la militarisation du Parti à travers les actions, mais qu’est-ce qui découle de cela ? Que nous commencions la démolition des murs. C’est pour maintenant, pour cette fois.

Il y en a eu pour s’y opposer, qui ont résisté et ont fui lâchement, désertant pour la deuxième fois, et cette attitude a trouvé des défenseurs. Est-ce que la défense de la trahison et la lâcheté va commencer à avoir cours dans notre Parti ? Pensez à ceux qui ont agi ainsi. Souvenez-vous de Prométhée, des Océanides et d’Hermès : demandez-nous tout sauf la lâcheté et la trahison.

Deux mille cinq cents ans après, des communistes du XXe siècle, dans un Parti Communiste qui travaille à déclencher la lutte armée, débattant au sujet du Développement à travers les actions de guerre, nous entendons des dirigeants qui font la louange, qui arborent, qui soutiennent, allaitent et protègent la trahison.

Est- ce que cela va commencer à entrer en vigueur chez nous ? Non. Arrachons les herbes vénéneuses, c’est du pur venin, un cancer dans les os, qui nous corromprait ; nous ne pouvons pas le tolérer, c’est de la pourriture et un sinistre pus, nous ne pouvons pas le tolérer, encore moins maintenant ; et jusqu’à la fin ils ont soutenu cela. Débusquons ces sinistres vipères, ces vipères nuisibles ; nous ne pouvons tolérer ni lâcheté ni trahison, ce sont des serpents venimeux.

Nous ne pouvons pas nourrir cela, c’est impossible. Que cela s’exprime parmi nous et parmi les dirigeants, c’est inacceptable, condamnable, il faut marquer cela au feu. Commençons à brûler, à éradiquer ce pus, ce venin, il est urgent de le brûler. Cela existe et ce n’est pas bon, c’est dangereux, c’est une mort lente qui pourrait nous consumer.

Nous devons nous forger dans un autre temple, dans un autre esprit. Ceux qui sont dans cette situation sont les premiers à devoir marquer au feu, à éradiquer, à crever les abcès. Autrement, l’empoisonnement serait général. Les venins, les purulences, il faut les détruire ; le corps est sain, si on ne les détruit pas, sa vigueur disparaîtra.

Il est urgent et impératif d’en finir avec cela. Nous ne devons pas en laisser une trace, c’est à cela que sert l’épuration, la démarcation dans les faits. Que ceux qui ont mis le pied là-dedans soient les premiers à le faire, ce sera la preuve de leur avancée.

Pour démolir les murs, nous devons balayer les décombres et anéantir les venins. Pour que commence la démolition, nous devons nous renforcer, et nous renforcer c’est balayer la pourriture du droitisme en général.

Nous le pouvons et donc nous le devons, c’est à prendre comme une obligation sérieuse et l’exigence de la vigilance la plus élevée. Il faut préserver la gauche, et ceux qui ont des difficultés avanceront, que cela soit la preuve de leur action, que cela signe leur promesse.

Nous irons aux bases transmettre, arborer les actions. Avoir mené à bien une lutte contre une droite qu’on a décapitée est quelque chose de magnifique, c’est une grande avancée.

Ainsi donc, nous- mêmes et ceux qui ont des problèmes doivent là-bas faire montre de leur correction, de leur détermination, de leur ralliement sincère à la gauche, de leur vigilance.

C’est faisable, nécessaire, donc à faire. C’est indispensable, c’est ainsi que nous avançons, nous nous renforçons, et le fer prendra forme en nous.

Avoir des problèmes ne signifie pas impuissance. La puissance viendra de l’action. L’action est la démolition des murs. Faisons des actions militaires. Prenons feu en elles. De novices que nous sommes, nous passerons à expérimentés.

Ainsi, en appliquant le Développement de la militarisation du Parti à travers les actions, les murs seront profondément sapés et leur démolition sera enclenchée.

La clef de ceci : les groupes armés, les groupes armés sans armes. Que tes mains désarmées arrachent leurs armes à ceux qui les portent, en appliquant l’astuce et guidées par des idées claires.

Voilà. Nous allons généraliser les groupes, nous allons agir par le boycott [des élections], les moissons et les invasions [de terres], les sabotages, l’anéantissement sélectif [des ennemis de classe] et principalement par des actions de guérilla.

Tel est notre destin, notre nécessité. Nous avons tous signé : que fleurisse la violence concrétisée dans ILA, portons-la en avant au moyen des groupes armés ; commençons par des groupes sans armes, de ces semences ardentes pousseront d’ardents tournesols.

Ils ont un soleil qui les éclaire : le marxisme-léninisme-pensée Mao Zedong. Ils ont une terre fertile qui les fortifie : la lutte de classes des masses en croissance ascendante.

Que manque-t-il ? Que poussent et que fleurissent les groupes armés sans armes ! [17] De ces humbles pousses et graines doivent sortir les monuments de la classe, qui démoliront les murs. Ainsi l’aurore élira domicile dans notre patrie.

Clef : les groupes ; vitale : notre décision ; base : la masse. Que fleurissent les groupes armés sans armes ! Tel est l’ordre du jour.

IV. Arborer l’optimisme et déborder d’enthousiasme

Nous sommes communistes, grandis dans un temple à part, faits d’une roche à part ; nous sommes des communistes prêts à tout et nous savons ce que nous avons à affronter. Nous l’avons déjà affronté, nous l’affronterons encore demain.

Le futur, fils du présent, sera plus dur, mais le passé nous a déjà trempés et au présent nous nous forgeons.

Trempons nos âmes dans la révolution, ce sont les seules flammes capables de nous forger. Nous avons besoin d’un optimisme élevé, qui a une raison d’être : nous sommes ceux qui conduisent ceux qui façonnent l’avenir, nous sommes des guides, l’état major du triomphe invincible de la classe, pour cette raison nous sommes optimistes.

Nous possédons l’enthousiasme, parce que nous nourrit l’idéologie de la classe : la marxisme-léninisme-pensée Mao Zedong. Nous vivons la vie de la classe, nous participons de sa geste héroïque, le sang de notre peuple nous remplit d’ardeur et bout dans nos cœurs. Nous sommes ce sang puissant et palpitant, prenons ce fer et cet acier inflexible qu’est la classe et fusionnons-le avec la lumière immarcescible du marxisme-léninisme-pensée Mao Zedong.

L’enthousiasme, c’est participer de la force des dieux, c’est pour cela que nous débordons d’enthousiasme, parce que nous participons des divinités du monde actuel : la masse, la classe, le marxisme, la révolution.

Pour cette raison, notre enthousiasme est inépuisable, pour cette raison, nous sommes forts, optimistes, notre âme est vigoureuse et nous débordons d’enthousiasme.

Et qu’avons-nous vu ici ? Des dirigeants, des militants orphelins d’optimisme, ayant perdu l’ébullition enthousiaste, des âmes éteintes, des volontés déchues, des passions en fuite.

Inacceptable. Nous en connaissons l’origine : ce qui les soutient, ce n’est pas le marxisme, la classe ni la masse, c’est l’individualisme corrosif ; c’est la pourriture réactionnaire qui les fait s’effrayer, c’est d’avoir été moulé dans les cloaques du vieil ordre, c’est l’expression d’un monde qui se meurt, ce sont les gaz mortels qui s’échappent des barrages de la réaction ; à cause de cela, leurs énergies s’affaiblissent, leur cœur tremble, la pensée les abandonne, leurs nerfs se détruisent, leur action se trouble.

Cela, il faut l’éradiquer ; cela ne peut plus habiter parmi nous. Inacceptable, inadmissible ; à brûler, à faire exploser. Cela peut encore moins exister dans le Parti et moins encore chercher à dominer. Qu’avons-nous vu tout à l’heure ? Des dirigeants avec ces positions et attitudes. Monstrueux.

Cela ne doit plus jamais arriver. Et en plus aujourd’hui, aujourd’hui où justement nous devons arborer l’optimisme et déborder d’enthousiasme ? Si cela est en soi inacceptable, c’est aujourd’hui de la corrosion, de la pure gangrène, aujourd’hui c’est encore plus inacceptable.

Si les camarades n’éradiquent pas ces maux, quel type de cadres vont-ils former ? Quel type de militants vont-ils former ? Appliquons ceci : la compagnie ressemble à son commandant. A commandant sans optimisme, compagnie sans optimisme ; à commandant pusillanime, compagnie pusillanime, vaincue et ruinée avant même de livrer bataille.

Nous devons arborer l’optimisme et déborder d’enthousiasme. Que notre idéologie puissante, notre ligne acérée et notre volonté de communiste s’expriment surtout chez les dirigeants.

Mot d’ordre : Arborer l’optimisme et déborder d’enthousiasme ! Qu’on transmette cela aux autres, aux cadres, aux bases. Que l’enthousiasme à l’idée d’entrer en action nous donne plus d’impulsion, nous retire les croûtes qui nous empêchent d’avancer et que cela serve à ceux qui doivent éradiquer leur maux.

Que brille l’optimisme et que vive en nous un puissant enthousiasme. C’est faisable, c’est nécessaire. C’est faisable et nécessaire, pour cette raison nous le ferons.

Il n’échappe à personne qu’il s’agit d’une guerre de positions ; cela, nous l’avons enregistré et le résumé doit être l’expression de ce que nous avons vu. Mais qu’est-ce qui a primé, qui prime et qui primera ? Le principal, le positif, la gauche.

Qui pleure lentement sa défaite ? La droite ; qu’elle comprenne que cette lamentation est inutile, qu’il ne reste plus qu’à brûler les vieilles idoles, brûler ce qui est caduc et tremper nos âmes. Celle qui a l’âme bien trempée c’est la gauche, c’est elle qui est au diapason de ce que la patrie, le peuple et la révolution exigent ; nous ne pouvons pas faillir.

Si notre sang et notre vie sont exigés, ayons une seule attitude : portons-les dans notre main pour les donner, mettons-les au service de ce qui est la cause la plus juste et la plus grande.

Notre mort pour la bonne cause sera le sceau de notre action révolutionnaire. Que l’action constante et ferme pour notre cause marque ineffaçablement notre bonne vie de combattants communistes. C’est cela que nous avons compris le mieux, pour cette raison le positif pèse immensément plus dans la balance.

Nous avons avancé, mais certains croient que leurs maux sont derrière eux. C’est de la perte de vigilance, des « raisons » on peut en trouver des milliers, qui ne seront toujours que de l’eau d’égout. Élevez votre vigilance, balayez définitivement l’erreur, détruisez ce qui est mauvais et caduc à travers les actions armées, qui seront le sceau véritable et effectif.

Peut-être certains pensent que nous n’aurions dû parler que du positif ; ce qui existe c’est la lumière et l’ombre, la contradiction. Nous devons résumer, tirer une leçon ; cette réunion est une très grande leçon, ne l’oublions pas.

Nous avons un besoin de préserver la gauche pour que le Parti mène à bien son rôle. Avec les actions que nous sommes en train de mener et avec cette bonne réunion, nous commençons à démolir les murs et à déployer l’aurore. Nous pouvons résumer en quatre mots d’ordre :

1. Les masses exigent l’organisation de la rébellion.

2. Que les actions parlent

3. Commençons à démolir les murs

4. Arborer l’optimisme et déborder d’enthousiasme.

Ce Comité Central est plus fort et il sera plus fort encore, si tous nous faisons ce qui s’impose à chacun dans l’accomplissement des actions, principalement Développer la militarisation du Parti à travers les actions.

Que les camarades en parlant expriment leur optimisme et enthousiasme, ce sera la preuve de leur détermination.

Que mes paroles ne deviennent pas pour certains un prétexte pour perdre l’optimisme et replier leur enthousiasme.

Je crois qu’est venu le moment de dépasser des vieilles tares qui sont là depuis 50 ans. Un autre monde s’ouvre pour nous, nous avons commencé à nous définir ; cette réunion donne une définition.

Que chacune de nos paroles, que chacune de nos pensées, que chacune de nos volontés authentifie celle-ci. C’est faisable, indispensable, c’est nécessaire. Nous le pouvons et nous le devons parce que nous le voulons et nous savons ce que nous voulons.

La réunion est très bonne, elle nous a uni davantage, elle nous a donné de la cohésion.

Nous avons décidé à l’unanimité de nous tenir à la ligne militaire et à sa concrétisation : Développer la militarisation du Parti à travers les actions. A partir de maintenant, que tout exprime notre volonté tendue d’accomplir ce qui a été décidé.

« Dans l’histoire du monde, il n’y a pas eu de guerres qui ont commencé et se sont terminées par une offensive victorieuse continue, ou s’il y en eut, ce furent des exceptions.

Et nous ne parlons ici que des guerres ordinaires, mais lorsque dans une guerre il s’agit du sort d’une classe, lorsque l’alternative est « capitalisme ou socialisme ? », existe-t-il un fondement logique pour supposer qu’un peuple, qui affronte pour la première fois ce problème, puisse découvrir immédiatement la méthode correcte, libre d’erreurs ? Y a-t-il des raisons de supposer cela ?

Non, il n’y en a pas. L’expérience nous enseigne le contraire. Aucun des problèmes que nous avons rencontré n’a pu être résolu d’un coup, mais seulement après des tentatives répétées.

Subir une défaite, recommencer à nouveaux frais, tout reprendre à neuf, pour finir par trouver la façon de s’approcher de la solution - solution définitive ou au moins satisfaisante.

C’est ainsi que nous avons travaillé et que nous devons continuer à travailler.
Etant donné les périls que nous encourons, l’absence d’unanimité dans nos rangs serait le triste indice qu’un esprit d’abattement, dangereux au plus haut point, aurait pénétré le Parti.

Au contraire, si nous n’avons pas peur de dire la vérité avec franchise, quelque dure et amère qu’elle soit, nous apprendrons.

Et il est absolument certain que nous apprendrons à vaincre toute difficulté » [18].

Lénine



Vers la guerre de guérilla − Comité central élargi du PCP, 24 août 1980

La première partie de cette session nous apporte des conclusions fondamentales :

1. Le Plan du déclenchement, son application et le couronnement des premières actions sont un succès brillant et catégorique, de grande transcendance et impact, qui a allumé dans notre patrie les flammes toujours vivantes de la guerre populaire.

2. En résumant les expériences dans le Bilan Général des premières actions, on a développé mieux la ligne militaire du Parti et on a avancé vers sa consolidation, en écrasant le droitisme concrétisé dans des positions militaristes qui ébauchent une ligne visant à se développer en une ligne militariste bourgeoise.

3. Le Parti renforcé dans la forge des premières actions est sur le pied de guerre, prêt à marcher vers le déclenchement de la guerre de guérillas.

La première souligne le succès brillant et catégorique que le Parti a obtenu, de grand impact historique.

La deuxième signale que dans le bilan des premières actions, la ligne militaire du Parti s’est développée, et qu’il a avancé vers a consolidation en combattant les positions militaristes qui cherchent à se développer en ligne militariste bourgeoise.

Ainsi nous nous sommes développés et avons avancés vers la consolidation, mais la ligne militaire, comme toute ligne, ne se développe et ne se consolide que par la lutte.

La troisième établit et souligne que le Parti est préparé à marcher vers le déclenchement de la guerre de guérilla.

Nous avons achevé la première partie, qui est le fondement et la base de cette session du Comité Central amplifié. Sur ces bases solides, nous pouvons ébaucher le contexte national et international et établir le plan pour déclencher la guerre de guérilla.

Nous devons être très conscients du succès brillant et catégorique de l’application du Plan de déclenchement de la lutte armée, plan qui a une transcendance historique et qui a ébranlé le pays en plaçant le Parti au centre de la lutte des classes, au centre de l’affrontement politique.

La lutte constante des militants communistes, comme expression de la lutte de classes du prolétariat, des masses de notre peuple, s’est matérialisée historiquement en définissant des camps ; nous sommes entrés dans la forme supérieure de lutte, la lutte armée pour détruire le vieil ordre et construire la société nouvelle.

A présent et pour l’avenir, la guerre populaire demeure entre nous et habite dans le pays, et ses flammes attiseront et donneront de l’ardeur à notre peuple ; ce seront des flammes invincibles, qui ébranleront et détruiront la société pourrie dominante, des flammes du cœur desquelles émergera le foyer le plus puissant du futur.

La mission historique qui nous incombe est de déclencher la lutte armée dans notre patrie et de la développer comme partie et contribution à la lutte de l’Amérique Latine, du prolétariat international, des peuples du monde et de la révolution mondiale au service de laquelle nous sommes, c’est ce que commande l’internationalisme prolétarien.

Elle sera longue, mais féconde, cruelle mais brillante, elle sera dure mais vigoureuse et omnipotente.

Il a été dit que c’est avec les fusils que l’on transforme le monde, c’est ce que nous sommes en train de faire. Tout sortira du canon des fusils, nous sommes en train de le voir et nous le verrons plus encore à mesure que se développe la guerre populaire.

Les communistes qui militent dans ce Parti, dans ce pays, qui ont rompu le sortilège qui a duré plus de 50 ans, ne peuvent pas ne pas sentir vibrer leur âme aujourd’hui que nous faisons ce grand bilan qui vérifie et soupèse ce qui a été accompli, comptant, mesurant et pesant le futur.

Nous sommes très conscients et responsables de ce que nous faisons ; nous n’avons à nous enorgueillir de rien d’autre que de bien remplir notre devoir et nous n’avons à tirer vanité de rien, puisque la gloire appartient à la classe, au peuple et au Parti.

Cependant, nous devons déborder d’optimisme, sûrs que les pierres du nouvel ordre commencent à être posées. Le futur commence à être écrit, nous écrirons l’histoire nouvelle avec des fleurs de pierre, sur le bronze et pour toujours ; nous dompterons les collines, nous écrirons la nouvelle histoire avec des pointes d’épées, avec la lumière du feu, en dévastant l’inégalité, en faisant naître le futur.

Pour tout Parti Communiste il vient un moment où, assumant sa condition d’avant-garde du prolétariat en armes, il déchire les siècles ; il lance son franc cri de guerre et lorsqu’il prend d’assaut les cieux, les ombres et la nuit, les vieux murs pourris de la réaction commencent à céder, ils commencent à crépiter et à bruire comme de fragiles feuilles à l’approche de tendres et nouvelles flammes, à l’approche des jeunes mais bruissants brasiers.

La guerre populaire commence à balayer le vieil ordre pour le détruire inévitablement, et de l’ancien naîtra le nouveau, et à la fin, comme l’oiseau Phénix, limpide, glorieux, naîtra le communisme vivant pour toujours.

Nous devons arborer l’optimisme et déborder d’enthousiasme, plus encore en sachant que nous sommes au service d’une œuvre qui doit durer pour toujours.

Nous les hommes, nous sommes des morceaux de temps, des palpitations, mais notre œuvre restera debout pour les siècles, imprimée de générations en générations.

Les hommes vont à leur fin inévitablement, mais l’humanité et la classe ouvrière et leurs créations n’auront pas de fin, jamais. Nous peuplerons la Terre de lumière et de joie.

Avec nous, avec notre lutte armée, commence à naître l’authentique liberté, la seule véritable. Nous sommes les trompettes du futur, du feu inextinguible qui bruit dans le présent tempétueux.

Vive la marche irrésistible
Vers la guerre de guérillas !
24 août 1980
Comité Central élargi
Parti Communiste du Pérou


Développons la guerre de guérilla − Comité Central du PCP, février 1982

« Celui qui ne craint pas d’être lardé de coups d’épée ose désarçonner l’empereur » [19]

1. La lutte armée avance victorieusement

Le Parti Communiste du Pérou, avant-garde organisée du prolétariat, a été fondé par Mariátegui [20] et a été reconstruit après 15 ans de dur labeur, comme parti de type nouveau, marxiste-léniniste-maoïste.

Il assume son rôle historique et combat le pouvoir pour cette classe et le peuple.
En mai 1980, il a allumé les flammes invincibles et grandissantes de la lutte armée, de la guerre de guérillas dans notre patrie.

Cette lutte est de jour en jour plus enracinée et liée à la lutte des classes et se transformera en un ouragan terrible et armé qui fera table rase du vieil ordre pourri et fera surgir une patrie réellement libre, souveraine et offrant le bien-être aux millions d’exploités et opprimés.

En 21 mois, le Parti a commencé et a considérablement développé le seul chemin possible de notre émancipation populaire et nationale : la lutte armée, la guerre de guérillas qui brûle victorieusement au travers de 2.900 actions, qui ont secoué toute notre géographie, tous les départements du pays sauf quatre.

La campagne et la montagne sont l’appui puissant et naturel de toute guerre révolutionnaire possible dans le pays et notre guerre est une guerre paysanne dirigée par le Parti.

Elle fait de la campagne le bastion armé de la révolution en formant des bases d’appui s’inspirant du Nouvel État d’ouvriers et de paysans.

Elle isole la réaction et son maître l’impérialisme dans les villes où le prolétariat et les masses populaires, en brûlant la plante de leurs pattes ensanglantées surtout par les actions armées au service de la lutte à la campagne, qui est le centre de la tourmente, préparent les conditions de l’assaut final des villes.

Cet assaut final balaiera complètement l’ordre réactionnaire et l’armée qui est son appui.

C’est le seul chemin révolutionnaire et il est déjà tracé, par lui passent et passeront le prolétariat et les masses, notre peuple, pour s’émanciper de manière autonome, armée. « Le peuple, le peuple seul, est la force motrice, le créateur de l’histoire universelle » [21].

2.900 actions, actions qui ont commencé avec le boycott des élections générales de 1980, matérialisées à Chuschi et en de multiples endroits.

Elles frappent au moyen de l’agitation et de la propagande armée, par la prise d’émetteurs locaux, de tracts, d’affiches et d’actions directes qui sèment la panique parmi les réactionnaires et l’enthousiasme populaire grâce à nos consignes de « Lutte Armée, Gouvernement d’Ouvriers et de Paysans, A Bas le Gouvernement Réactionnaire ». Elles montrent un nouveau monde à gagner grâce aux faucilles et aux marteaux qui illuminent les collines et les drapeaux rouges insaisissables, élevés sur les hauteurs et qui proclament qu’ « on a raison de se révolter ».

Actions qui se concrétisent en manifestations armées qui donnent du courage aux paysans, sont des leçons pour le peuple et alarment la réaction, comme à Miraflores et San Isidro.

Sabotages qui frappent et ôtent ses bases au système économique et social de l’exploitation régnante, faisant exploser les pylônes radio et d’énergie électrique qui sont à l’origine de coupures de courant dans de larges régions comme celles du centre et du nord du pays, y compris la capitale, d’incendies comme ceux de ENCIA Huacho, San Martin de Porres, Fiat, Toyota, Hindu, Hogar à Lima et des champs de cannes à sucre du Nord ; actions répétées contre les banques dans tout le pays et entreprises réactionnaires comme Bata, Hartinger, Centromin, etc., ainsi que contre des collèges élitistes et aristocratiques, expression humiliante d’une éducation furieusement réactionnaire et au service de l’étranger.

Des actions décisives qui ébranlent les bases semi-féodales de l’Etat en déchaînant le poids de l’action armée revendicatrice contre les "caciques" de type ancien et nouveau comme à Airabamba, Aisarca, Urpihuata, Palermo, Toxama et Pincos entre autres, véritable joie paysanne qui voit renaître son espoir et sa combativité jamais disparues.

Il faut ajouter les très importantes prises de villages comme Acosvinchos, Vinchos, Cayara, Pomatambo et Occroro qui secouent intensément et profondément les campagnes, impulsant l’incorporation des masses à la lutte armée.

Des actions frappantes qui visent directement l’impérialisme yankee, principale force de domination ici dans notre pays, comme les attaques contre la Southern au Sud du pays, la série d’actions contre les entreprises yankee ou liées à elles dans la capitale et tout particulièrement le coup d’éclat contre l’Ambassade et la Résidence des États-Unis, et l’explosion symbolique du buste de Kennedy à Miraflores.

Ainsi que les actions contre l’Ambassade de Chine, sinistre tanière du révisionniste Deng et de ses complices amis des yankees et grand traître envers le mouvement communiste international et principalement le marxisme-léninisme-maoïsme.
Et les actions directes, vitales et importantes contre l’État, son appareil et ses forces répressives, spécialement la police.

Une multitude d’actions contre les tribunaux, préfectures, inspections du travail, centre des impôts, bureaux électoraux, municipalités, ministères, locaux de l’Acción Popular [22] dans tout le pays y compris le siège central à Lima, et jusqu’au Parlement National, les locaux de la G.C., de la G.R. et de la P.I.P. [23] , dans tout le pays.

Ainsi que l’action exemplaire contre les forces répressives d’Areguipa et de Huara entre autres, et contre des notables locaux qui se donnent de l’importance, bien connus comme ennemis du peuple et assassins de combattants.

Toutes les attaques importantes et audacieuses contre les postes de police et les points de surveillance comme ceux de Ocabamba, Luricocha, La Ramada, Quinua, Tapuc, Yauli, Tambo, Quicapata, Totos, Yanahorco, Acchi, Puno et Tacna et dont la capacité s’exprime clairement dans l’attaque récente à San José de Secce ; ainsi que le désarmement de policiers à Lima et à Ayacucho, l’incursion importante dans la base aéronavale du Callao, qu’ils ont vainement cherché à dissimuler.

Toutes ces actions frappent durement les forces répressives dans leur propre réserve de chair à canon utilisant des personnes dont les intérêts ne sont pas les leurs.

Ces actions nous permettent de confisquer des armes à l’ennemi, source principale de notre propre armement et ce qui est fondamental de porter de durs coups au moral de l’appareil d’Etat réactionnaire et de son contingent.

Et la brillante et juste application de la politique d’évasion comme le montre l’attaque de la prison publique d’Ayacucho, le 2 mars, action héroïque qui marque un moment historique dans notre lutte armée et dans les annales de la révolution péruvienne.

Elle a arraché nos camarades et combattants des cachots de l’État réactionnaire du Pérou.

Ainsi notre guerre de guérillas grâce à l’audace, l’effort et le sang versé par les soldats du peuple est fortifiée et a fait un grand bond en avant dans son développement.

Mais tout comme nous célébrons cette grande victoire, nous protestons, dénonçons et condamnons l’horrible assassinat, le massacre de trois de nos camarades aguerris qui ont été assassinés lâchement, abjectement et misérablement par les forces de police, dans leur défaite rageuse et leur sinistre haine, à l’hôpital régional d’Ayacucho.

Ces dernières prétendirent aussi éliminer deux autres fils du peuple qui furent sauvés par d’autres malades, travailleurs, qui les sauvèrent des griffes des sbires.
Tous les cinq étaient en convalescence à l’hôpital, sous surveillance de la police.

Le peuple ne laissera pas impuni un tel assassinat exécrable ; nous sommes des combattants et nous savons que la lutte armée implique sa part de sang versé ; les faits le prouvent, nous offrons nos vies comme nous l’avons appris du peuple et du prolétariat et comme la révolution l’exige.

Mais dans notre guerre révolutionnaire nous appliquons et nous appliquerons une politique concernant les de prisonniers qui correspond aux lois de la guerre.
Et puisque nous la pratiquons, nous l’exigeons.

Ainsi les tortures, les viols, les crimes et assassinats contre les fils du peuple et spécialement contre nos combattants, nous les punirons selon les lois de la justice populaire, nous en serons les exécuteurs et nous saurons la faire respecter, même s’il se passe plusieurs années entre le crime et la juste sanction que nous imposerons.

La réaction péruvienne et son gouvernement commandé par Belaùnde [24] et sa bande ont monté une nouvelle opération policière dirigée contre nous.

Nous nous contenterons de dire, en nous basant sur le fait que notre guerre est juste et révolutionnaire, que cette opération est vouée à l’échec comme l’ont été les précédentes et finalement le démagogue Belaùnde a déjà reçu notre réponse directement.

Le 10 mars, avec de la dynamite, nous avons fait trembler son "Palais du gouvernement".

Que l’on entende la voix du peuple armé !

Ce sont 2.900 actions qui prouvent la combativité et l’ardeur de notre récente force armée révolutionnaire, armée par le Parti.

Actions armées qui se développent dans les campagnes et dans les villes mais principalement dans les premières.

Lutte armée qui prend diverses formes d’actions mais dont l’axe est l’action de guérilla, la guerre de guérillas que les autres formes servent.

Action armée qui se nourrit et s’appuie sur la lutte de classes de notre peuple, et particulièrement les ouvriers et les paysans.

Une action armée en puissance et aux brillantes perspectives qui, jusqu’à aujourd’hui, nous a donné quatre grandes conquêtes : la première est la vaillance du Parti : dirigeants, cadres, militants et combattants tous unis dans la lutte se forgent dans l’unique et définitif creuset révolutionnaire : la lutte armée.

Mais, si déjà ceci est une conquête grandiose, il s’en ajoute d’autres de portée palpable et compréhensible : la formation et la construction d’une force armée dirigée par le Parti qui surgit du feu vivant de la guerre de guérillas comme l’instrument principal de la réalisation des tâches politiques que la révolution péruvienne, sous la direction du prolétariat, a établies.

Une force armée qui se développera comme la colonne vertébrale du Nouvel Etat d’ouvriers et de paysans.

Une troisième conquête est le développement considérable et la qualité toujours plus élevée que nos actions armées atteignent ; des actions qui expriment un caractère de masse dans leur nombre et la capacité des fils du peuple à les accomplir ainsi qu’une qualité croissante concrétisée dans le niveau élevé qu’elles atteignent.

Et, finalement, une quatrième conquête qui par sa portée est primordiale : l’éclosion et le développement de zones de guérilla, dont l’importance réside dans le fait qu’elles sont le domaine dans lequel, au moyen de la force et de la vague armée croissante de la guerre de guérilla, nous devons construire nos futures bases d’appui, les bastions avancés et révolutionnaires conçus par la pensée militaire du Président Mao Zedong, bases qui sont l’essence même du chemin vers l’encerclement des villes par la campagne, l’essence même de la guerre populaire.

Pour tout cela, nous disons à notre classe - au prolétariat - et au peuple de notre patrie - en particulier à notre indomptable paysannerie - que la lutte armée brûle d’une flamme victorieuse, et qu’à travers ses premiers incendies qui allument le grand bûcher de l’avenir, les masses elles-mêmes assument leur propre destin dans leurs mains invaincues, créatrices et sûres, génératrices de toute l’histoire et de toute révolution.

2. L’action contre-révolutionnaire attise notre lutte

Et quelle a été la réponse réactionnaire ? Quelle a été l’action du gouvernement soi-disant démocratique et respectueux de l’ordre constitutionnel et des vénérés droits de l’homme ?

En accord avec son caractère et sa logique réactionnaire, dès le début, il a déchaîné sur nous, militants et combattants révolutionnaires, la persécution et la répression, la torture, la prison et la mort.

Le gouvernement de Belaùnde, faux démocrate et démagogue hypocrite, a lancé ses forces répressives, surtout policières, pour noyer dans le sang notre révolution armée naissante.

Foulant aux pieds les droits élémentaires universellement reconnus et établis par la constitution tant vantée de 1979, le gouvernement réactionnaire de Belaùnde et ses prétendues forces de l’ordre ont brutalement violé et saccagé tous les domiciles qu’ils ont voulu, ils ont pourchassé, arrêté et emprisonné ceux qui dénonçaient la toute-puissance et l’abus, ils ont brûlé, volé, violé et assassiné impunément les enfants du peuple selon leurs plus bas instincts ; ils ont rassasié leurs noirs désirs réactionnaires en frappant furieusement les masses, principalement paysannes, prétendant stupidement les intimider et les écarter de la lutte armée ; ils ont généralisé la torture, cherchant ainsi à briser les volontés et à arracher de fausses confessions, humiliant avec obstination et perversité afin d’abattre le moral révolutionnaire et d’annihiler des combattants ; ils ont développé le viol comme moyen infâme, abject et humiliant de soumettre et de ternir l’esprit limpide, décidé et ferme des filles du peuple ; ils ont nié tout droit et toute garantie aux prisonniers, ils ont monté contre eux une constante persécution, même derrière les grilles de leurs immondes cachots, et ils ont étendu le harcèlement et la répression jusqu’à leurs parents.

Ainsi la persécution et la répression de l’action armée et du peuple se développent comme une comédie du respect fallacieux des droits les plus élémentaires et comme un véritable et sinistre plan de soumission du peuple par la violence contre-révolutionnaire ; mais tout cela ne donne pas les noirs desseins espérés, car les fils du peuple, de la classe et du Parti se dressent victorieux et résolus dans leurs tranchées de combat, quelque soit le lieu où ils se trouvent.

En outre, le néfaste gouvernement de Belaùnde a fait appel à la législation en promulguant le décret-loi n°46, véritable loi terroriste qu’il arbore comme un gourdin contre l’action armée et le peuple ; cette sombre disposition viole les principes les plus élémentaires du droit pénal bourgeois lui-même et établit des sanctions exorbitantes, et s’il n’instaure pas la peine de mort, ce qu’il cherche à obtenir aujourd’hui sournoisement mais avec empressement, c’est parce que la constitution actuelle l’interdit et qu’il n’a pas encore trouvé les conditions pour la modifier.

Et toute la réaction, en particulier ses malotrus et ronds de cuir, au nom des prétendus "ordre" et "paix sociale", réclame à grands cris la "stricte application de la loi".

Ainsi, le soi-disant pouvoir judiciaire autonome a mis en marche son sinistre système oppresseur de lois, juges, procès et prisons ; et en utilisant des preuves fabriquées de toutes pièces, en accélérant les démarches, en contournant les lois et en trahissant des principes que l’on dit sauvegarder, il a commencé à assener sa trique pourrie sur les fils des masses en leur imposant de monstrueux châtiments, que même certains réactionnaires ont critiqué par leur grossièreté et leur résultat contraire au but fixé.

La justice réactionnaire sourde et aveugle s’est mise en mouvement, comme il allait de soi, en défenseur de l’ordre exploiteur et oppressif caduc mais, ce faisant - il ne pouvait en être autrement - elle montre plus clairement son essence contre-révolutionnaire en mettant mieux en évidence les noires entrailles du système légal et du sacro-saint pouvoir judiciaire.

Mais, le vieil égorgement légal ne pourra pas non plus faire plier les fils du peuple qui le défient déjà, dressés dans la révolution.

Mais en plus de la persécution et de la répression, de la torture et de la prison, de la trique légale et de l’appareil judiciaire ainsi que de l’action de ses limiers de la sécurité et des services secrets, dont certains sbires sont et resteront dans la mémoire du peuple, le gouvernement a monté des opérations policières indépendantes et conjointes aux forces policières G.C., G.R. et P.I.P. et aux corps antisubversifs correspondants, Sinchis [25] et DIRCOTE [26] en particulier.

Bataillon de policiers contre-guérilla Sinchis

Ils ont monté deux opérations d’envergure jusqu’à aujourd’hui : la première en janvier 81 et la seconde, de plus grande importance, en octobre de la même année ; ils ont ainsi instauré l’état d’urgence dans cinq provinces d’Ayacucho afin de se donner une meilleure faculté d’action et une large impunité, et ont bénéficié en outre de l’appui et des conseils des forces armées.

Quel a été le résultat de l’opération d’octobre si bruyamment annoncée ?

L’échec le plus total ; elle a même été conclue en silence, sans peine ni gloire et sans même que soit présenté le plus simple rapport public qui rende compte des résultats de la vaste mobilisation policière qui, évidemment, a entraîné de gigantesques dépenses.

Ce qu’ils ont baptisé « opération définitive » a été l’accouchement d’une montagne et a fait plus de bruit que de mal.

Cela se prouve facilement, car elle a échoué dans ses objectifs aisément : extirper l’action armée, détruire les organisations armées populaires et annihiler le Parti dans la région affectée ; et qu’ils n’aient rien réussi de cela coule de source si l’on se souvient que le 10 décembre, au beau milieu de l’état d’urgence et de l’opération qu’ils n’avaient pas encore terminée, se sont produits l’attaque de poste de police de Totos et d’autres actions qui lui succédèrent immédiatement dans la région d’Ayacucho et qui s’achevèrent par l’action retentissante de San José de Secce.

Qu’a montré l’opération anti-subversive ?

Tout simplement que les masses résistaient et repoussaient l’agression ; que la brutalité, la toute puissance et la violence réactionnaires ne les effrayaient pas mais au contraire accentuaient sa juste colère de classe, les poussant à affronter, même les mains nues, les agresseurs armés et pourvus de tout l’armement de l’État.

Preuve que le peuple appuie et protège la lutte armée, la guerre de guérillas, et qui l’alimente et la défend avec sa propre vie ; preuve que sa raison, son cœur et sa volonté poussent au développement des guérillas car celles-ci servent sa libération.

Les opérations policières et toute l’action répressive montrent seulement que le combat fortifie et se développe, et que ce que nous paysans avec nos efforts, nos souffrances et notre sang n’est autre que le quota correspondant au fait de nous être soulevés en armes, juste et nécessaire rébellion pour la classe et le peuple.

Il a été démontré que c’est dans l’action armée elle-même nous apprenons à combattre, et que nous avançons et que nous avancerons plus encore, si nous suivons scrupuleusement la direction du Parti dont la juste et correcte ligne idéologique et politique se concrétise par des faits incontestables comme ceux qui jalonnent les vingt et un mois de la puissante lutte révolutionnaire armée.

Quelle est l’essence politique et militaire du gouvernement face à la guérilla ?

C’est de la combattre en tant que « terrorisme ». Mais en faisant cela, la réaction péruvienne, son État et son gouvernement belaùndiste ne font que suivre leur patron mis en place par son maître impérialiste yankee pour combattre la lutte armée.

Tout le monde sait que Reagan, président des États-Unis, Haig son secrétaire aux relations extérieures et leurs acolytes, taxent de « terrorisme » les guerres révolutionnaires qui se mènent aujourd’hui dans le monde entier.

Ils prétendent ainsi dénigrer l’action armée en jouant sur le juste refus des masses du vieux terrorisme individualiste, anarchiste et inconséquent que les classiques du marxisme ont condamné.

Ils cherchent à regrouper au nom de la soi-disant défense de la vie, de la propriété et de la soi-disant « paix sociale », rêvant ainsi de mettre les masses de leur côté, ou au moins de les neutraliser.

De cette manière, appeler « terrorisme » la lutte armée, n’est qu’une position démagogique et réactionnaire de l’impérialisme yankee.

Il l’arbore pour s’opposer à la révolution armée, en cherchant à la discréditer, pendant qu’il monte une répression sanguinaire et un génocide.

De plus, il utilise cette manœuvre pourrie pour rivaliser, pour l’hégémonie mondiale, avec le social impérialisme.

Ils prétendent lier l’action révolutionnaire, à travers le prétendu « terrorisme », à la superpuissance social- impérialiste et ainsi également discréditer la révolution, car elle ne peut d’aucune manière être unie au centre sinistre du révisionnisme contemporain qui a transformé la patrie de Lénine et de Staline en la superpuissance hégémoniste actuelle.

Comme de juste, la réaction péruvienne, son gouvernement belaùndiste et leurs plumitifs n’ont fait qu’appliquer point par point les ordres et le plan de leur maître impérialiste.

Mais il n’y a pas qu’eux qui condamnent notre lutte armée de « terrorisme » : à ce carrosse se sont joints les opportunistes dirigés par le révisionniste endurci Jorge Del Prado [27] et sa clique, adepte aveugle du sceptre impérial de Brejnev, maître du révisionnisme russe et grand marionnettiste du révisionnisme mondial.

II est normal que ces ennemis de la révolution agissent ainsi, car ils ne peuvent rester les bras croisés devant l’effondrement de leur chevauchement dépassé des masses, en vieux serviteurs au service de la collusion et de la lutte entre le social-impérialisme et l’impérialisme yankee.

Mais "Patria Roja" [28] s’est jointe au même chœur, et appelle furieusement la gauche autoproclamée à décréter la guerre sainte contre le supposé « terrorisme », réclamant, en une distribution des tâches néfastes, à assumer la lutte idéologique et politique contre le « terrorisme », tandis que le gouvernement assume la lutte répressive complète et totale.

Ceux qui étaient hier les « ennemis » de Deng Xiaoping et qui en sont aujourd’hui les adorateurs ne peuvent faire moins que de nous attaquer, nous qui combattons l’associé impérialiste yankee de leur nouveau maître, et plus encore parce que nous appliquons le marxisme-léninisme-maoïsme qu’ils invoquaient hier et qu’ils renient aujourd’hui.

Cependant, d’autres encore s’unissent à la même compagnie, éblouis par ce qu’ils ont appelé « ouverture démocratique » et « perspective parlementaire » et qui, bien que la réalité mette en miettes leurs illusions, continuent à délirer dans le crétinisme parlementaire en rêvant éveillés aux élections de 1985.

Mais en fin de compte, les uns et les autres, qui paraissent réunis, ne représentent qu’une couche superficielle qui flotte sur la mer profonde que sont les masses populaires de notre patrie.

Rappelons-nous que pour le marxisme, il y a une seule tactique quand on se réfère aux masses : différencier les masses profondes innombrables qui montent des profondeurs, de cette écume sale et putride qui flotte au gré des vagues, servant de soutien fragile au bureaucratisme des notables et caciques locaux ainsi qu’aux faux partis prolétariens mais vrais « partis ouvriers bourgeois ». Cette tactique unique impose d’enseigner aux masses, en théorie et en pratique, la violence révolutionnaire dans la lutte conséquente ferme et permanente contre l’opportunisme.

Aux uns et aux autres, à ceux qui, se prétendent marxistes et combattants révolutionnaires, soit qu’ils reprennent, hésitent ou se rapprochent de l’engrenage impérialiste d’appeler « terrorisme » la lutte armée qui soulève les entrailles mêmes de la lutte des classes de notre peuple, nous reproduisons les paragraphes suivants du grand Lénine :

« Ainsi donc, malgré tout, les choses avancent. L’armement des masses a fait des progrès malgré les difficultés incroyables et indescriptibles. La terreur individuelle, cette élucubration de la débilité des intellectuels est reléguée au passé... les actions militaires en jonction avec le peuple commencent.

Voilà ce qui arrive quand les pionniers de la lutte armée se fondent avec les masses, non pas en pensée, mais dans les faits, quand ils se mettent à la tête de groupes de combats et des détachements du prolétariat, quand ils éduquent dans le fer et le feu de la guerre civile, les dizaines de chefs populaires qui demain, au jour de l’insurrection ouvrière, sauront aider de leur expérience et de leur valeur héroïque les milliers et dizaines de milliers d’ouvriers »...

« Vive les créateurs de l’armée populaire révolutionnaire ».

« Cela n’est pas un complot contre un personnage quelconque particulièrement odieux, ce n’est pas un acte de vengeance, ce n’est pas une solution provoquée par le désespoir, ce n’est pas un simple acte de « frayeur », non, c’est le début soigneusement réfléchi et préparé, calculé selon la corrélation des forces, c’est le commencement des actions des détachements de l’armée révolutionnaire ».

« Heureusement, le temps est passé dans lequel des révolutionnaires isolés « faisaient » la révolution, en l’absence d’un peuple révolutionnaire. La bombe a cessé d’être l’arme des « dynamiteurs » individuels et est arrivée à être l’élément nécessaire de l’armement du peuple. »

« Nous avons été d’expérience en expérience, nous avons tenté de créer une armée volontaire, en avançant à l’aveuglette, à tâtons, en recherchant les chemins pour résoudre la tâche de cette situation concrète. Et la tâche était claire ».

« Actuellement, nous sommes encore très loin de nous être libérés de ces difficultés. Au début, nous les voyions d’une manière complètement abstraite, comme des révolutionnaires qui font des discours, mais qui ignorent complètement comment aborder les problèmes.

Naturellement de nombreuses personnes nous accusaient, et tous les socialistes et social-démocrates également, nous accusent, encore aujourd’hui, d’avoir mis la main sur ces questions sans savoir comment les résoudre.

Mais ce ne sont que des accusations ridicules de cadavres vivants. Comme s’il était possible de se lancer dans la plus grande des révolutions en sachant d’avance comment elle se terminerait !

Et comme si ces connaissances pouvaient s’apprendre dans les livres ! Non, nos décisions ne peuvent que surgir de l’expérience des masses. »

En conclusion, pendant que le début de la lutte armée se développe en une guerre de guérilla ardente, avec des perspectives brillantes, la contre-révolution suivant sa logique réactionnaire nous attaque et nous combat, et il y a ceux qui se joignent au chœur en suivant leurs lointains maîtres révisionnistes, tandis que d’autres se retrouvent sur le même but ou s’approchent du même chemin.

Et tant que le peuple nous soutient et nous encourage, en augmentant encore nos forces, il y a ceux qui veulent masquer et amoindrir notre action révolutionnaire sous la couverture pourrie du « terrorisme », sentant que nous sommes la révolution armée en marche ; il y a ceux qui nous appellent « sentier ténébreux », pendant qu’ils prétendent maintenir l’obscurité qui recule déjà devant notre action lumineuse guidée par le marxisme-léninisme-maoïsme ; il y a ceux qui nous qualifient d’ "anti-patriotes", pendant qu’eux-mêmes vendent la patrie à l’impérialisme ; il y a ceux qui nous qualifient d’ « infantiles » sans aucune preuve et sans savoir, si cela était le cas, que l’authentique lutte de la classe et du peuple nous apprend et nous mûrit, tandis que la sénilité opportuniste pourrit et que c’est un mal contagieux sans respect pour l’âge ; il y a ceux qui nous taxent de « provocateurs », sans remarquer dans leur aveuglement qu’ils sont des provocateurs permanents de la juste colère populaire pour être des promoteurs impénitents et ratés de la capitulation populaire.

Pourtant, sur une chose ils ont complètement et totalement raison : nous ne sommes pas des adorateurs du crétinisme parlementaire, ni des pèlerins endurcis de l’opportunisme électoraliste. Nous sommes simplement et clairement marxistes-léninistes-maoïstes.

Le Président Mao Zedong nous a appris :

« Si nous sommes attaqués par l’ennemi, c’est une bonne chose, car cela prouve que nous avons tracé une ligne de démarcation bien nette entre l’ennemi et nous.
Et : si celui-ci nous attaque avec violence, nous peignant sous les couleurs les plus sombres et dénigrant tout ce que nous faisons, c’est encore mieux, car cela prouve non seulement que nous avons établi une ligne de démarcation nette entre l’ennemi et nous, mais encore que nous avons remporté des succès remarquables dans notre travail. » [29].

Pour tout cela, nous affirmons catégoriquement : L’action contre-révolutionnaire attise notre lutte.

3. La crise de l’ordre réactionnaire s’accentue et le peuple acclame la révolution armée

Quelle est la situation actuelle de la réaction ? Le gouvernement militaire antérieur qui dura douze ans, s’était donné deux tâches en prenant le pouvoir : 1) approfondir le développement du capitalisme bureaucratique, et 2) réorganiser la société péruvienne.

Pour accomplir la première il développa comme outil principal la fonction économique de l’Etat ; pour réaliser la seconde, il suivit une conception politique fasciste et impulsa la réorganisation corporatiste de la société.

Dans une première phase, il avança dans la réalisation de ses objectifs mais la crise économique qu’il avait lui-même générée, et surtout, la lutte persistante des masses populaires, obligèrent le gouvernement militaire à remettre en question ses objectifs, ce qui se concrétisa par un réajustement général pour, ensuite, passer à la restructuration corporative tendant à constitutionnaliser les résultats qu’il s’était fixé depuis le début, et remettre ensuite le pouvoir d’Etat.

Cependant, l’aggravation de la crise économique et l’intensification de la lutte des classes firent échouer ses buts et la nouvelle constitution qui impliquait la troisième restructuration de l’Etat péruvien durant ce siècle ne parvient pas à corporatiser la société péruvienne ; elle a permis seulement le renforcement du pouvoir exécutif au détriment du Parlement, et la plus grande participation des forces armées dans la conduite de l’Etat.

Comme corollaire de la gestion militaire, deux processus électoraux ont eu lieu, l’élection de l’Assemblée Constituante, et les élections générales de 1980 qui exprimèrent l’une et l’autre le développement de l’abstentionnisme, affirmant ainsi la tendance commune à toute l’Amérique latine à ne rien attendre ni des élections ni des gouvernements en place.

Ce fut donc dans ces conditions que Belaùnde accéda au pouvoir, et aujourd’hui, plus d’un an et demi après le début de son mandat, la crise économique se maintient, et le décollage de la production tant espéré n’apparait pas à l’horizon d’un avenir même très lointain ; une inflation croissante et persistante continue à frapper la marche économique, et les déficits budgétaires, base principale de l’action de l’Etat, augmentent irrésistiblement et maltraitent chaque jour plus l’économie péruvienne malade.

L’impérialisme enfonce de plus en plus ses griffes dans notre patrie, s’appropriant chaque jour nos ressources naturelles et en particulier le pétrole, il développe ses tentacules jusque dans les entrailles de notre paysannerie et intensifie son contrôle sur le commerce et les finances du pays.

Le processus de la soi-disant « réforme agraire » est terminé et le chœur des opportunistes électoraux considère le problème de la terre comme résolu : ils prétendent vendre aux paysans les fondements de la base agro-pastorale tout en soutenant l’évolution de la « propriété associative » et empêcher le retour des notables locaux pour promouvoir le capitalisme bureaucratique dans l’agriculture sous le contrôle des grands banquiers et la participation directe de l’impérialisme yankee.

Le prolétariat et les travailleurs doivent supporter le chômage persistant et la réduction réelle de leur salaire et pouvoir d’achat, les conditions de travail qui s’aggravent et leurs conquêtes sociales niées ou menacées chaque jour tel que le droit de grève ; la petite bourgeoisie doit supporter une paupérisation croissante et plus particulièrement la couche des intellectuels de plus en plus frustrés.

Le peuple en général doit affronter la faim à laquelle le condamne encore plus le nouveau gouvernement.

La bourgeoisie nationale, le capital moyen voit croître les restrictions sur ses entreprises et son commerce, souffrant également des conséquences du travail de sape réalisé et intensifié dans l’industrie nationale par le nouveau régime.

Tandis que dans le sein même de la grande bourgeoisie un âpre combat se livre entre les factions bureaucratiques et compradores pour savoir qui va gagner le plus.
Synthétiquement, en suivant l’orientation de développement qui consiste à placer le grand capital monopoliste principalement yankee comme moteur du processus économique, le gouvernement actuel vise à développer encore plus la structure semi-féodale sous-jacente qui continue à dominer les campagnes au bénéfice direct des grands propriétaires fonciers de l’ancien ou du nouvel ordre, et des paysans riches ; le gouvernement actuel sape l’élémentaire structure industrielle du pays pour l’orienter plus encore vers la production extractive, principalement minière et pétrolière ; et après avoir transféré et jeté aux enchères les entreprises d’état que le gouvernement antérieur avait concentré entre ses mains en se déchargeant sur les épaules du peuple de tout le poids de la charge, et en particulier celle de l’épuisante dette publique, on s’apprête aujourd’hui à les offrir comme des mets succulents aux gosiers insatiables du grand capital, plus spécialement impérialiste.

L’actuel gouvernement réactionnaire, dont la tête et le principal et premier responsable est Belaùnde, s’évertue, activement et servilement comme aucun autre, à développer plus encore le capitalisme bureaucratique dans le pays (capitalisme du grand capital monopoliste inféodé aux grands propriétaires fonciers et soumis à l’impérialisme), au bénéfice principalement du grand capital monopoliste, spécialement du grand capital banquier et financier, sous l’asphyxiante domination croissante de l’impérialisme nord-américain.

Mais si tel est bien le schéma et la ligne principale que le gouvernement suit, inextricable lutte d’intérêts entre exploiteurs, la crise persistante et croissante, et plus encore, la lutte de classes qui se polarise chaque jour plus, ne permettent pas au gouvernement de surmonter les difficultés présentes, condition indispensable pour pouvoir structurer un plan cohérent, fondé sur un programme clair et défini, comme le réclame à cors et à cris l’organisation de l’exploitation actuelle elle-même.

Sur le plan politique, le gouvernement continue à s’affronter à la conjoncture de la lutte de classes complexe et embrouillée qui a débouché sur la mise en marche d’une nouvelle constitution, la consolidation d’une bureaucratie qui lui soit totalement soumise et le regroupement des forces politiques réactionnaires qui avaient hiberné pendant douze ans.

Et surtout la répression des masses étouffées pendant de longues années par la crise qui développent à nouveau leur action pour leurs propres et justes intérêts.
Plus encore, cette masse sermonée durement par un long gouvernement démagogique qui feignait d’être "révolutionnaire" avec l’aide, ô combien empressée, des opportunistes de toujours, se voit refuser la satisfaction de ses plus élémentaires nécessités.

Tout cela compliqua outre mesure la situation pour la manœuvre réactionnaire ; cependant la réalité s’aiguisa plus encore, en un an et demi, le peuple vit très clairement la caducité de l’ordre démocratique bourgeois et toute son évocation hypocrite des droits et des libertés et la réalité de leur refus brutal.

L’obsolescence de l’institution parlementaire se développe comme un tonneau vide déclinant, qui s’enfonce dans une rhétorique vide et stérile, « pères de la patrie » sacralisés, alors que leurs fonctions législatives essentielles déclinent devant l’insolente invasion d’une juridiction perpétrée par l’Exécutif.

Un prétendu pouvoir judiciaire ankylosé qui agonise et maintient sa fonction seulement par inertie sous des montagnes de procès en suspens, prévarication, soumission servile à quelque autorité puissante et la constante violation des propres principes substantiels du droit réactionnaire ; tout, comme toujours, étant contre le peuple, il se gave plus spécialement aujourd’hui des combattants révolutionnaires.
Un soi-disant pouvoir électoral autonome qui trafique coutumièrement les élections, prétextant systématiquement les plus grossières falsifications.

A ceci, il faut ajouter les luttes et divisions aiguës des partis réactionnaires qui sont toujours l’occasion de scandales publics et le centre de confirmation des abus de toutes sortes.

Ainsi le système politique réactionnaire montre clairement sa caducité et son pourrissement dissimulés sous le masque d’une démocratie apparente et d’un intérêt feint pour les masses auxquelles il ne demande que leurs voix occasionnellement en faisant battre le tambour d’une réelle démagogie ; de cette façon, comme l’enseigne le marxisme, les forces armées et les forces policières, mais principalement les premières, deviennent de plus en plus la colonne vertébrale de l’ordre étatique réactionnaire, et son véritable tuteur, de là leur importance chaque jour plus déterminante et croissante dans le pouvoir d’Etat ; cependant n’oublions jamais qu’une force armée ne possède stratégiquement seulement que la force de la société qu’elle défend même si, tactiquement, elle se présente armée jusqu’aux dents.

Idéologiquement, l’ordre dominant, exploiteur et oppressif est lui aussi en crise comme le prouvent les lamentations pharisiennes sur la dénommée "crise morale du peuple", qui n’est rien d’autre que la rupture des vieux principes qui tombent en morceaux sous les coups de la crise économique galopante et du dépassement politique de la réaction ; et ceci est précisément le principal, la crise des principes démocratiques bourgeois et de son organisation sociale, qui, dépassés par le développement historique de la lutte des classes, par la puissante ascension du prolétariat et des masses populaires et par le grandiose processus radicalement transformateur que le marxisme-léninisme-maoïsme a imprimé sur tout le monde.

Ces principes révèlent toujours plus leur caractère dépassé à la lumière du jour, non seulement dans une perspective historique mais aussi dans la situation politique.

Le poids chaque jour déclinant des principes démocratiques bourgeois, qui ont été révolutionnaires dans le passé, montre depuis plusieurs décennies déjà leur caractère réactionnaire et le déclin de leur influence sur le peuple apparaît au grand jour avec l’expérience des dernières élections dans le pays ; Belaùnde prit le pouvoir avec 46% des suffrages exprimés, et se sentit pour cela porté aux nues, et détenteur d’un pouvoir absolu, avec une voix dépassant la lutte des classes et dominant les conflits ; cependant il a fallu moins d’un an et demi pour que son château de votes s’écroule comme une écume pourrie, et que sa grande autorité se transforme, dans le cahot et la tourmente, en un total discrédit.

Indiquons finalement et en passant, la question de l’Equateur ; la vieille mise en question équatorienne du protocole de Rio de 1942 est bien connue ; il se trouve que cette situation est venue à s’aggraver durant les dernières années comme l’illustre l’incident frontalier de la Cordillère du Condor en janvier 1981.

Mais un tel problème, aussi délicat qu’important, a été traité de manière totalement erronée et irresponsable par le gouvernement péruvien actuel et le Président Belaùnde qui le mène ; celui-ci étant le premier responsable puisqu’il dirige personnellement, la politique internationale.

Au lieu de tenter de résoudre la question, ils adoptent une position frivole et superficielle alarmante.

Le fait de ne pas traiter justement et correctement le problème équatorien peut entrainer de sérieux et graves problèmes, de grandes conséquences qui ne sont évidemment jamais directement assumées par eux mais par le peuple, qui avec son propre sang et ses efforts nous a donné le territoire qui compose notre patrie.

Ici encore, la politique et l’action réactionnaires du gouvernement belaùndiste sont manifestes ; et il n’échappe à personne que c’est de l’union des intérêts des impérialistes en conflit, avec ceux de leurs agents et partenaires internes qui gouvernent nos Républiques que viennent les conflits sur nos terres latino-américaines et la multitude des guerres que nos peuples ont dû affronter ; et cela est encore plus préoccupant aujourd’hui où le panorama de l’Amérique latine contient plusieurs conflits en puissance qui se développent attisés par l’affrontement des superpuissances à la recherche de l’hégémonie mondiale.

Ainsi, en synthèse nous voyons de nos propres yeux comment s’aiguise la crise de l’ordre réactionnaire, lequel offre de graves perspectives en cette année 1982.

Et quelle est actuellement la situation du peuple ? Une paysannerie avec une revendication plusieurs fois centenaire : « La terre à celui qui la travaille », et qui malgré son inébranlable lutte n’est pas encore parvenue à la satisfaire ; une paysannerie que, dans les vingt dernières années, on a essayé de tromper par trois prétendues lois de réforme agraire qui, après avoir été appliquées avec une démagogie retentissante, l’ont en fait laissée avec son ancienne soif de terre inassouvie.

Un prolétariat qui en une longue lutte puissante n’arrache que quelques miettes de salaire et réalise quelques conquêtes à ses exploiteurs pour les perdre ensuite au cours de chaque crise économique qui frappe la société ; un prolétariat qui ainsi se débat dans un sinistre cercle de fer, et qui aujourd’hui encore développe une inépuisable lutte pour les salaires, le temps et les conditions de travail.

Une petite bourgeoisie recouvrant de très larges couches comme cela sied à un pays attardé, qui voit ses rêves détruits au gré de la paupérisation inexorable que lui impose l’ordre social actuel.

Et une bourgeoisie moyenne, une bourgeoisie nationale faible et manquant de capitaux qui vacille et se dédouble entre révolution et contre-révolution et que chaque nouvelle crise détruit et écrase jusqu’aux limites de l’asphyxie.

Celles-ci sont les quatre classes qui historiquement forment le peuple sur notre terre, mais entre elles, la paysannerie surgit et le prolétariat se développe comme classe dirigeante de notre révolution ; ces deux classes unies forment l’alliance ouvrier-paysan, unique base solide de classes de tout front révolutionnaire possible ; à celle-ci se joint la petite bourgeoisie, et les trois unies sous la direction du prolétariat, constituent le tronc constant du front révolutionnaire qui ne peut être tel s’il ne constitue pas un front pour la lutte armée et une armature de classes pour l’édification du nouvel Etat.

Et cette union solide, ce front résistant et sa cohésion dans l’hégémonie, est maintenu fermement par le prolétariat qui puise sa force dans l’alliance ouvrier-paysan, se forge et se développe puissamment dans le creuset de la lutte armée de guerre de guérillas ; c’est à ce front de classe que s’unit parfois la bourgeoisie nationale, puis s’en éloigne ensuite au gré des vents turbulents de la lutte des classes.

Et ce peuple péruvien, cette immense majorité, ces masses véritablement créatrices de l’histoire, ces puissantes forces productives, sont freinées dans leur essor par la persistance de rapports sociaux d’exploitation dépassés qui imposent le chômage et le sous-emploi à 56,3% de la population économiquement active d’après ses propres statistiques, et qui pour subsister dans les campagnes, soumettent au sous-emploi deux paysans sur trois.

Ainsi le système d’exploitation dominant détruit ou réprime les puissantes forces créatrices du peuple, les seuls forces capables de la plus profonde transformation révolutionnaire que notre patrie appelle depuis longtemps ; sinistre système de destruction que la réaction défend à feu et à sang au bénéfice des propriétaires fonciers d’ancien ou de nouveau type, des grands bourgeois compradores ou bureaucratiques et de leur maître l’impérialisme yankee qui récupère cinq dollars pour chaque dollar investi ; système pourri et sanglant qui se maintient par l’oppression qu’impose le vieil Etat réactionnaire bureaucratique et foncier à travers son appareil d’Etat, sa bureaucratie et ses forces armées, sa justice, ses prisons et sa répression, ancienne et douteuse.

C’est principalement à travers ses forces armées et leurs actions répressives, véritable colonne vertébrale de la dictature des classes que les profits extorqués de la sueur, des efforts et du sang de notre peuple augmentent chaque jour.

Mais qui dit exploitation et oppression dit Etat, et qui dit Etat dit classes, et qui dit classes dit lutte de classes et qui dit lutte de classes dit lutte populaire et comme l’histoire le montre à l’évidence, qui dit lutte populaire dit rébellion, lutte armée, guerre de guérillas, comme tous les peuples de la terre, possède sa propre grande histoire de lutte, jalonnée de son sang et de son héroïsme, la plus âpre, turbulente et la plus grande étant livrée infatigablement par la paysannerie, et plus spécialement la paysannerie pauvre, tout au long des siècles ; il suffit ici de rappeler que notre propre émancipation républicaine s’édifia sur les grandes épopées armées de la paysannerie au XVIIIe siècle, et que ce XXe siècle est marqué par de grandes luttes paysannes qui se situent autour des années 20 et 60.

Ainsi celles-ci, comme l’hésitante lutte de 63, sont la source d’extraordinaires expériences auxquelles il faut nécessairement lier la lutte armée conduite par le MIR dans les années 65, lutte qui nous a laissé d’inappréciables leçons que tout révolutionnaire doit connaître [30].

Cependant c’est avec l’apparition du marxisme et du parti communiste que la lutte paysanne acquiert toute son expression révolutionnaire, c’est en effet avec le prolétariat dirigeant à travers son parti que la paysannerie trouve et suit le véritable chemin pour détruire l’ordre exploiteur existant, la guerre populaire, sommet de la pensée militaire populaire, établie par le président Mao Zedong.

Ainsi notre peuple, comme tout peuple, s’est installé et a avancé dans la violence révolutionnaire, c’est en elle, sous toutes ses diverses formes graduelles, que notre peuple a conquis ses revendications, ses droits et ses libertés car, bien sûr, rien ne tomba du ciel ou ne lui a été offert contrairement à ce que disent les traîtres.

Tout a été conquis et défendu en définitive par la violence révolutionnaire dans une violente bataille contre la violence réactionnaire ; ainsi furent conquises les huit heures, ainsi furent prises et reprises les terres, ainsi s’arrachèrent les droits et s’écroulèrent les tyrans.

La violence révolutionnaire est donc l’essence même de notre processus historique, et si l’émancipation républicaine a été gagnée par les armes sur les champs de bataille, il est facile de comprendre que le développement et le triomphe de la révolution péruvienne, de notre révolution démocratique de l’émancipation du peuple et de la classe, ne sera obtenue qu’au travers de la grandiose guerre révolutionnaire de notre peuple, levé en masse et en armes, au travers de la guerre populaire. Aujourd’hui, notre peuple héroïque, héritier d’une si riche histoire, et suivant son glorieux chemin lutte et se bat contre le nouveau gouvernement réactionnaire.

Lutte et combat dans les campagnes contre les notables et caciques locaux, base du pouvoir d’Etat réactionnaire dans la paysannerie ; lutte et combat dans les usines et les mines contre ses exploiteurs et oppresseurs : lutte et combat dans la foule des bidonvilles contre la faim et la misère ; lutte et combat dans les universités et les collèges dans les petites et moyennes villes contre le centralisme asphyxiant ; lutte pour l’éducation, la science et la culture et son impérissable droit de nourrir et d’éveiller son esprit ; lutte et combat dans les rues pour le droit de gagner son pain ; lutte et combat pour défendre ses droits et ses libertés gagnées, pour la liberté de pensée et d’expression, d’organisation et de réunion, de grève, et pour toutes les conquêtes qu’il a arrachées par sa lutte et ses efforts et qui, bien qu’elles soient inscrites dans les lois et même dans la constitution de l’Etat, sont violées, remises en cause et niées 24 heures sur 24 par l’action toute puissante et abusive des pouvoirs ou d’un quelconque arriviste juché à un poste de pouvoir comme il sied à la nature de l’ordre étatique existant et ceux qui en sont à la tête.

Si notre peuple, aujourd’hui plus conscient qu’hier, plus organisé, plus politisé, plus ferme et plus décidé de par la présence essentielle et historique du prolétariat guidé par le marxisme-léninisme-maoïsme invaincu qui arme son esprit et sa main, se lance dans l’action même s’il doit pour cela affronter la force de frappe, les bombes et les balles et les armées de la réaction, il le fait sûr que sa lutte renforce, mobilise, organise, politise, arme et prépare les grands combats à venir.

Et si notre peuple est, aujourd’hui plus qu’hier, en train d’apprendre quelque chose, c’est bien que la lutte de classe conduit nécessairement à la lutte pour le pouvoir et que celui-ci se conquiert uniquement par la guerre révolutionnaire, la lutte armée, la guerre de guérillas, la guerre populaire ; et que seulement ainsi le pouvoir ira à la classe et au peuple et que c’est seulement ainsi que se lèvera un nouvel Etat, et que c’est seulement ainsi qu’on parviendra à instaurer la dictature du prolétariat pour la grande transformation définitive de la société et pour que brille la lumière inaltérable du communisme dans notre patrie.

Aujourd’hui déjà, cela habite les masses, et dans le peuple on voit clairement comment dans la ville et dans la campagne, on commence récemment à employer la violence pour repousser la violence réactionnaire dans la défense de ses droits, et ceci apparaît de façon encore plus extraordinaire et plus évidente, dans l’appui que le peuple apporte à la lutte armée, à la guerre de guérillas dirigée par le Parti.

Même s’il ne parvient pas à en comprendre toutes les dimensions, car cela supposerait un plus grand développement de cette dernière, la connaissance de l’action collective est totalement capable de discerner que, dans ces flammes qui commencent à s’élever aujourd’hui et qui annoncent les grands foyers armés à venir, se forme et gronde l’espoir concret de son inexorable libération.

Tel est, selon notre point de vue marxiste-léniniste-maoïste de voir les choses, la situation de la réaction et la situation du peuple ; et dans cette situation contradictoire nous pouvons voir deux aspects concrets de la situation révolutionnaire et exprimer ce que Lénine entendait ainsi ; ceux d’en haut ne peuvent continuer à diriger comme hier, et ceux d’en bas ne veulent plus continuer à vivre comme jusqu’à maintenant.

On constate dans la réaction l’absence d’un projet précis, défini et accepté qui soit susceptible de la rassembler et d’arrêter le mouvement d’aller et retour erratique qui montre l’absence d’une direction fixe dérivant de l’absence d’un programme unique et encore moins accepté.

Dans le peuple on constate au contraire une direction ferme et décidée vers la révolution armée, une volonté de transformation révolutionnaire, même si elle apparait parfois limitée et s’exprime comme simple désir de faire tomber le système dominant dépassé ; mais, même si ce n’était que cela, cela serait suffisant et fondamental pour trouver le bon chemin car, tout compte fait, c’est la lutte armée elle-même qui ouvre dans les faits la voie de la lutte armée, de même qu’elle assène les idées au moyen de faits palpables et ouvre ainsi le chemin de la lutte armée dans les esprits des hommes et des masses, qui ainsi s’incorporent de plus en plus sur la voie de la guerre populaire.

Tel est le point concret de la situation révolutionnaire en développement ici et maintenant, et ceci correspond à deux niveaux : 1° la lutte des classes en processus de polarisation et 2° la lutte armée qui se développe comme guerre de guérillas surgie du propre sein de la lutte de classes dans le pays.

La lutte de classes en polarisation et son développement comme lutte armée ont activé encore plus la situation révolutionnaire en développement ; et ainsi aujourd’hui et dans le futur, la situation préexistante révolutionnaire dont le développement devient, plus chaud dans l’actualité, stimulera plus la lutte de classes, et ensemble elles impulseront fortement la lutte armée.

Voilà, en synthèse, la situation actuelle du peuple et de la réaction ; celle-ci, aujourd’hui, à travers le gouvernement belaùndiste, établit un projet de « pacte social » ou de « concertation » qui n’est rien d’autre que la réédition du projet du gouvernement antérieur ; mais la perspective populaire est unique, appuyer la lutte armée.

Ainsi, aujourd’hui comme demain, la lutte de classes va se polariser entre la concertation ou le soutien à la classe armée : la concertation est le drapeau noir de la réaction servant à rattacher le peuple à son wagon de queue, ou en termes plus stricts, pour le rallier aux factions opposées de la réaction et pour ce faire, celle-ci usera de tous les moyens, y compris la répression, car son objectif est de maintenir sa domination, et la force armée sera, en dernière instance, la carte que la réaction garde dans sa manche pour l’utiliser au moment opportun.

Soutenir la lutte armée est en revanche le drapeau rouge du peuple et est sa perspective nécessaire, car pour le peuple, la concertation n’est rien d’autre que la capitulation ; la voie du peuple commence à apparaître plus claire et plus définie chaque jour ; soutenir la lutte armée et la développer constitue le seul chemin historique que le peuple puisse emprunter, il n’en existe pas d’autres ; et aujourd’hui, soutenir la lutte armée signifie simplement développer la guerre de guérillas.

Avec tout ce qui vient d’être dit, on peut alors conclure en disant : La crise de l’ordre réactionnaire s’accentue, et le peuple appelle a la révolution armée.

4. Développons la guerre de guérilla

Le Président Mao Zedong a écrit :

« La tâche centrale et la forme suprême de la révolution, c’est la conquête du pouvoir par la lutte armée, c’est résoudre le problème par la guerre. Ce principe révolutionnaire du marxisme-léninisme est valable partout, en Chine comme dans les autres pays. » [31].

et un peu plus loin, il ajoute

« Avant que la guerre n’éclate, tout le travail d’organisations et toutes les luttes ont pour but de préparer la guerre (…) Lorsque la guerre est commencée, tout le travail d’organisation et toutes les luttes concourent directement et indirectement à la poursuite de la guerre ». [32]

Le Parti Communiste du Pérou, parti de type nouveau, marxiste-léniniste-maoïste, fidèle à ses principes et à son programme, conscient de sa mission historique comme avant-garde organisée du prolétariat péruvien, a assumé son obligation de déclencher la lutte armée et de combattre pour la prise du pouvoir pour la classe ouvrière et le peuple.

Aujourd’hui, il développe une guerre de guérillas qui, à travers des triomphes et des revers instructifs dans la paysannerie pauvre, doit nous conduire à construire les bases d’appui révolutionnaires, concrétisant définitivement le chemin invincible de la guerre populaire.

Auparavant, le Parti a dû se reconstituer. Après l’expulsion de Del Prado [33] et compagnie, marionnettes du révisionnisme dans les rangs partisans, lors de la IVe Conférence Nationale de janvier ‘64 [34], nous sommes entrés dans le long et complexe processus de Reconstitution, décrété lors de la VIe Conférence de janvier ‘69, ce qui impliquait de faire du Parti, débarrassé du révisionnisme, un parti nouveau de type marxiste-léniniste-maoïste. Cette grande centrale décida en 1979 de commencer la lutte armée.

En mai 1980, respectant ce mandat historique, la lutte armée commençait en brandissant deux consignes fondamentales : Lutte armée ! et Gouvernement d’ouvriers et paysans !

Dès lors, notre action commençait et se développait sous la forme d’une guerre de guérillas et nous sommes aujourd’hui, en janvier 1981, et en accord avec le Comité Central, à l’étape du Développement de la guerre de guérillas.

La lutte armée déclenchée et dirigée fermement par le Parti est la continuation de la lutte de classes du peuple péruvien.

C’est la continuation armée de sa lutte politique qui est profondément enracinée et indissociablement liée aux masses populaires et principalement à la paysannerie pauvre.

Les masses sont notre unique base et soutien, la source de notre puissance et vigueur ; nous sommes les fermes partisans du grand principe qui consiste à nous appuyer sur nos propres forces ; nous sommes aussi des continuateurs conséquents de l’Internationalisme prolétarien, défenseurs de l’Immortelle devise de Marx et Engels : « Prolétaires de tous pays, unissez-vous », et, en tant que communistes nous porterons toujours au sommet les trois grands drapeaux du marxisme-léninisme-maoïsme : Marx, Lénine, Mao, ce qui nous impose d’être les ennemis irréconciliables du révisionnisme et de tout opportunisme ; luttant pour la révolution prolétarienne mondiale qui lutte et luttera jusqu’à ce que le communisme brille sur toute la surface de la terre.

La réalité révolutionnaire montre dans le pays comment la lutte armée brûle victorieusement, comment l’action contre-révolutionnaire attise notre lutte, comment la crise de l’ordre réactionnaire s’accentue et comment le peuple acclame la révolution armée ; ainsi une nécessité historique urgente se présente à notre peuple héroïque et combattant : soutenir la lutte armée ce qui signifie aujourd’hui, développer la guerre de guérilla.

Le Parti communiste du Pérou ; le Parti fondé par Mariátegui ; le Parti reconstitué comme parti de type nouveau, marxiste-léniniste-maoïste ; le Parti qui a commencé la lutte armée sur notre patrie, et qui au cours des 21 mois de pléthorique vie de combat, la développe aujourd’hui comme guerre de guérillas ; le Parti communiste du Pérou qui a levé vers le ciel les drapeaux rouges de la rébellion pour servir l’émancipation de la classe ouvrière et du peuple, qui appelle le prolétariat péruvien, la paysannerie et plus spécialement la paysannerie pauvre, les masses populaires du pays, à assumer son destin historique par ses propres forces pour faire tomber le vieil ordre réactionnaire actuel et construire le nouvel ordre social révolutionnaire que le peuple appelle et demande.

Peuple péruvien ! Ouvriers, paysans, travailleurs, femmes, jeunes, intellectuels, appuyons la lutte armée ! Soutenons le développement de la guerre de guérilla !

Peuple péruvien ! Ta voix impétueuse de tonnerre en furie commence à s’exprimer dans le langage vibrant et purificateur de la violence révolutionnaire, de la lutte armée, et par des actions guerrières, par une guerre de guérillas, tu avances, marquant les dates de ta nouvelle histoire, de ton histoire définitive.

La grande marche est commencée, elle sera longue et difficile, mais débouchera sur le triomphe décisif car « Excepté le pouvoir, tout est illusion ! ».

Développons la guerre de guérillas !

Vive le Parti Communiste du Pérou !

Gloire au marxisme-léninisme-maoïsme !

La ligne militaire − Extrait des Bases de discussion pour la ligne politique générale du PCP (1988)

Introduction

Le Président Gonzalo en arborant, défendant et appliquant le marxisme-léninisme-maoïsme, principalement le maoïsme, a établi la ligne militaire du Parti.

La résolution de la Ière Conférence Nationale Elargie de novembre 1979, la désigne comme le centre de la ligne politique générale et on la développe au long de la guerre populaire.

Le Président Gonzalo a intégré avec persistance la vérité universelle du marxisme-léninisme-maoïsme dans la pratique concrète de la révolution péruvienne, en combattant et écrasant le révisionnisme et les lignes opportunistes de droite et en appliquant le matérialisme dialectique à la question de la guerre.

C’est pour cela que la ligne militaire exprime aussi la pensée philosophique du Président Gonzalo et résume les lois de la guerre, de la guerre révolutionnaire en général et des lois spécifiques de la guerre révolutionnaire au Pérou.

La ligne militaire est vitale pour notre travail idéologique, politique, militaire, économique et culturel et nous permet de différencier la ligne militaire prolétarienne de la ligne militaire bourgeoise.

La ligne militaire ce sont les lois qui régissent la guerre populaire pour la conquête du Pouvoir et sa défense.

Elle est composée de trois éléments :

1) La Guerre Populaire qui, dans notre cas, est spécifiée comme guerre populaire unitaire, la campagne étant le principal, la ville le complément ;

2) La construction des forces armées révolutionnaires qui, dans notre cas, est spécifiée comme Armée Populaire de Guérilla et dont la particularité est l’incorporation de la milice pour avancer vers la mer armée des masses, et ;

3) La stratégie et la tactique qui se concrétisent à travers de campagnes d’encerclement et d’extermination et contre-campagnes d’encerclement et d’extermination qui, dans notre cas, est spécifiée par l’application de plans politiques et militaires avec une stratégie politique et une stratégie militaire qui se concrétisent en campagnes aux contenus spécifiques.

I. La guerre populaire

1. Sur la guerre populaire au Pérou.

Le Président Gonzalo, en réaffirmant la loi de la violence révolutionnaire comme loi universelle, assume la théorie militaire prolétarienne la plus élevée et que le Président Mao a établie : la guerre populaire à valeur universelle, valable pour tous les types de pays, elle doit être spécifiée selon les conditions de chaque révolution.

Ainsi, la guerre populaire mondiale est la forme principale de lutte que le prolétariat et les peuples opprimés du monde doivent arborer pour l’opposer à la guerre mondiale impérialiste.

Le Président Gonzalo part du principe que la guerre populaire est une guerre de masses et que l’on ne peut la réaliser qu’en mobilisant les masses et en s’appuyant sur elles.

Il dit :

« Les masses nous donnent tout, depuis les bouchées de pain qu’elles s’enlèvent de la bouche jusqu’à leur sang précieux qui palpite aux côtés de celui des combattants et des militants et qui arrose le chemin de la guerre populaire pour le Pouvoir nouveau ».

Il dit que les masses doivent être organisées et armées dans l’Armée Populaire de Guérilla.

Dans les bases d’appui tous les hommes et toutes les femmes, de chaque Comité Populaire, sont organisés militairement ; dans les villes l’Armée Populaire de Guérilla agit également et s’agglutine progressivement aux masses dans les différentes organisations nouvelles en (et pour la) guerre populaire.

Le Mouvement Révolutionnaire de Défense du Peuple [35] concrétise le Front dans les villes et son objectif est d’orienter les masses vers la résistance, pour servir la guerre en fonction de la future insurrection.

Il soutien que pour mener la guerre populaire il faut tenir compte de quatre problèmes fondamentaux :

1) L’idéologie du prolétariat, le marxisme-léninisme-maoïsme, qui doit être spécifié en une pensée guide, c’est pour cela que nous nous basons sur le marxisme-léninisme-maoïsme, pensée Gonzalo, principalement celle-ci ;

2) La nécessité du Parti communiste du Pérou qui dirige la guerre populaire ;

3) La guerre populaire spécifiée comme guerre paysanne qui suit le chemin d’encerclement des villes par les campagnes ;

et 4) Les bases d’appui, ou Pouvoir nouveau, la construction des bases d’appui représente l’essence du chemin d’encerclement des villes par les campagnes.
En analysant le processus historique de notre peuple il démontre que celui-ci a lutté constamment, qu’il "a grandi et a avancé dans la violence révolutionnaire ; c’est en elle, sous ses différentes formes et degrés, que notre peuple a conquis ce qu’il revendiquait, des droits et des libertés, car rien n’est tombé du ciel, ni le lui a été donné ’quoiqu’en disent les traîtres’.

En fin de comptes notre peuple a tout conquis par la violence révolutionnaire, en une ardente lutte contre la violence réactionnaire.

C’est ainsi que l’on conquit les 8 heures, ainsi on conquit les terres et on les garda ; c’est ainsi que le peuple arracha des droits et renversa des tyrans. La violence révolutionnaire représente donc, l’essence même de notre processus historique...

Il est facile alors de comprendre que le développement et le triomphe de la révolution péruvienne, de notre révolution démocratique, de l’émancipation du peuple et de la classe, ne seront obtenus qu’à travers la plus grandiose des guerres révolutionnaires de notre peuple en soulevant les masses en armes à travers la guerre populaire".

Il tire une leçon du fait que les événements politiques et militaires sont ceux qui ont défini les grands changements dans notre pays.

Il nous dit qu’en premier lieu il y a le fait militaire et après le changement politique.
Ainsi, il réaffirme que la guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens.

Il nous fait voir comment les masses de notre peuple ont lutté contre les exploiteurs, à partir du VIIe siècle, quand apparaît l’Etat au Pérou, les masses ont combattu l’oppression et l’exploitation.

L’empire Inca a établi sa domination à travers des guerres de conquête et sa prédominance s’était définie avec la bataille de Yahuar Pampa [36] contre les Chancas, pour ensuite s’élargir par des guerres. Cela fut un fait politico-militaire.

La conquête par la couronne espagnole fut un autre fait politico-militaire qui s’imposa en écrasant la résistance des indigènes et en utilisant les luttes intestines au sein des populations conquises.

Il faut pourtant faire ressortir, entre autres, la lutte de Manco Inca qui dirigea une révolte contre les Espagnols [37].

Mano Inca

L’imposition de la vice-royauté représenta un autre fait politico-militaire qui écrasa les conquistadores eux-mêmes ; pour se maintenir elle dut affronter de grands soulèvements paysans comme celui de Juan Santos Atahualpa [38] et, en 1780, le puissant mouvement de Túpac Amaru [39] qui souleva cent mille hommes et s’étendit de Cusco et Puno jusqu’à Bolivie, mettant en grand danger la vice-royauté avec des répercussions en Argentine, en Colombie et au Mexique, secouant toute l’Amérique.

Túpac Amaru

Ce mouvement fut défait mais il ébranla et mina la vice-royauté, préparant ainsi les conditions pour l’Emancipation [40]. Mais il faut se souvenir que Túpac Amaru fut un Cacique afin de pouvoir distinguer son caractère de classe.

L’Emancipation est aussi un fait politico-militaire avec trois moments : le premier, au XVIIIe siècle, avec les soulèvements paysans Túpac Amaru par exemple ; deuxièmement, soulèvements dans les villes, comme Zela à Tacna et les guérillas, parmi lesquelles ressortent celles de Cangallo [41] et de Yauyos [42], sans compter beaucoup d’autres ; troisièmement l’affrontement des grandes armées qui couronne l’action libératrice de San Martin et de Bolivar et se qui définit au cours de la bataille d’Ayacucho en 1824.

Il faut comprendre que, bien que l’Emancipation fut dirigée par des créoles, elle eut le mérite de rompre avec la domination de la couronne espagnole.

San Martin fut un grand stratège militaire et Bolivar démontra qu’il possédait les qualités d’un stratège politique et militaire ; tous deux combattirent pour émanciper plusieurs pays d’Amérique d’une façon désintéressée, démontrant ainsi que, pour servir une grande cause, il faut toujours tenir compte de l’intérêt général et jamais de ses intérêts personnels, et cela sans être communiste.

Sous la République, les propriétaires terriens continuaient à commander mais en écrasant à feu et à sang de grandes luttes paysannes, entre autres celles d’Atusparia et d’Uchcu Pedro [43], ou celle de LLaccolla à Ocros.

Et puis, il y a le noir chapitre de la guerre avec le Chili où s’affrontèrent ces deux pays poussés par les intérêts des Anglais et des Français qui recherchaient nos richesses naturelles, le guano et le salpêtre [44].

Cette guerre freina le développement naissant du capitalisme dans notre pays et mit en évidence le rôle abject que jouèrent les classes dominantes dont une partie capitula.

Par contre, il faut faire ressortir l’héroïque résistance des masses contre l’envahisseur pour défendre le peuple et l’intégrité territoriale ; résistance qui fut spécialement tenace dans les Andes du centre-sud où se constituèrent des guérillas.

Dans ces circonstances, Cáceres [45], un militaire propriétaire terrien, joua un rôle important.

La guerre avec le Chili, qui se déroula entre 1879 et 1883, conduisit l’économie péruvienne au désastre. En 1895 le capitalisme bureaucratique fait son apparition ; il marque le début du développement de la société péruvienne contemporaine.

Le XIXe siècle nous verra passer de l’état de colonie à celui de semi-colonie, de société féodale à une société semi-féodale et le capitalisme bureaucratique commence à se développer, lié au capitalisme yankee qui déplacera le capital anglais.

Le prolétariat moderne fait son apparition et change les données de la lutte politique.
On peut tirer de tout ce processus historique les leçons suivantes : le peuple a lutté constamment, il n’est pas pacifique et il exerce la violence révolutionnaire avec les moyens à sa portée ; ce sont les luttes paysannes qui ont ébranlé le plus profondément les bases de la société et si elles n’ont pas triomphé, c’est parce qu’il leur manquait la direction du prolétariat, représenté par le Parti Communiste.

Ce sont les faits politiques et militaires qui déterminent les grands changements sociaux.

A partir de la position de la ligne militaire, le Pérou contemporain a connu trois moments liés à l’apparition du prolétariat qui fonda son Parti pour la prise du Pouvoir à travers la violence révolutionnaire, en spécifiant son chemin, ce qui est synthétisé dans le processus de la ligne militaire du Parti.

Au cours du premier moment, de 1895 à 1945, le Parti Communiste du Pérou se constitue et, quant à la ligne militaire, Mariátegui établit la Signalisation et ébauche du chemin.

Les héroïques luttes ouvrières pour le salaire et la journée de huit heures, ainsi que pour les conditions de travail, les mouvements paysans de la sierra pour la terre et ceux des prolétaires agricoles, sans compter les luttes des étudiants pour la réforme universitaire, vont représenter une complexe exacerbation de la lutte de classes, au cours de laquelle le prolétariat péruvien mûrit ; et Mariátegui fonde le 7 octobre 1928, le Parti Communiste du Pérou avec une idéologie marxiste-léniniste.

José Carlos Mariátegui

Mariátegui signale et ébauche des idées qui se basent sur la violence révolutionnaire, disant : «  il n’y a pas de révolution mesurée, équilibrée, sereine, placide », « le Pouvoir se conquiert par la violence...on ne conserve le Pouvoir que par la dictature ».

Il conçoit la guerre comme guerre prolongée :

« une révolution ne s’accomplit qu’au long de bien des années. Elle connaît fréquemment des périodes où alternent la prédominance des forces révolutionnaires et celle des forces contre-révolutionnaires ».

Il établit la relation entre la politique et la guerre.

Il avait comprit que la révolution engendre une armée de type nouveau, avec des tâches qui lui sont propres et qui sont différentes de celles des exploiteurs.

Il comprit également le rôle de la paysannerie et la vitale importance de la participation de la classe ouvrière comme classe dirigeante ; que la révolution descendrait des Andes ; qu’une fois « abattue la féodalité du latifundium le capitalisme urbain manquerait de forces pour résister à la marée montante ouvrière  » ; que pour qu’il y ait révolution on a besoin de fusils, de programme et de doctrine.

Mariátegui concevait la révolution comme une guerre totale, au sein de laquelle confluent les éléments politiques, sociaux, militaires, économiques et moraux et où chaque faction mobilise et a recours à tous les moyens possibles. Il réfuta catégoriquement le chemin des élections.

Mariátegui étant mort en avril 1930, la droite, avec Ravines [46], allait usurper la direction du Parti et provoquer la mise en question et la réfutation du chemin de Mariátegui, son discours invoque l’insurrection mais il suit le chemin des élections.
Le soi-disant "Congrès de Constitution" du Parti en 1942 sanctionne la tactique de l’"Union nationale", qui est celle de la capitulation, tant au plan de la politique interne qu’à celui de la politique internationale.

Le Parti sera influencé par les idées browderistes [47] qui représentent un précédent contemporain, où se révèle un évident abandon de la violence révolutionnaire, une tactique de caractère électoral, en se centrant sur le Front Démocratique National.

Pourtant, la ligne rouge combattit en défendant les positions marxistes-léninistes bien qu’elle fut durement combattue, la lutte interne se résolvant par l’expulsion.

Durant le deuxième moment, de 1945 à 1980, le Parti Communiste du Pérou se reconstitue et quant à la ligne militaire, le Président Gonzalo établit la Définition et les Bases du Chemin.

Ce deuxième moment se divise en deux parties, la première de 1945 à 1963 qui représente : le Nouvel élan pour le développement du Parti et le début de la lutte contre le révisionnisme et la deuxième partie, de 1963 à 1980, qui est celle de l’Etablissement de la ligne politique générale et reconstitution du Parti.

Au cours de la première partie du second moment, vers le milieu de la décennie de 1950, commence la lutte pour réactiver le Parti qui, après le coup d’Etat d’Odria, avait été à moitié détruit [48].

Postérieurement, au sein du Parti, commence à prendre corps la lutte contre le révisionnisme.

Ce processus se déroule au milieu des répercussions de la révolution cubaine et il est provoqué principalement, par le déroulement, au niveau mondial de la lutte entre marxisme et révisionnisme.

On commence à discuter du chemin de la révolution, on parle à nouveau de la lutte armée et, au cours du IVe Congrès du Parti, en 1962, on décide qu’au Pérou ce qu’on appelait "les deux voies" : "la pacifique et la violente" sont réalisables et aussi que : « la révolution peut suivre le chemin d’encercler les villes par les campagnes comme les campagnes par les villes » ; mais malgré cette phraséologie, essentiellement la vieille orientation électorale subsistait, concrétisée, alors, dans ce que l’on nommait : Front de Libération Nationale [49] inspiré du révisionnisme de Khrouchtchev.

C’est alors que commencent à ressortir les positions politiques du Président Gonzalo qui jette les bases de la ligne rouge et adhère aux positions du Président Mao dans la lutte entre marxisme et révisionnisme.

Au cours de la deuxième partie du second moment, de 1963 à 1980, nous avons l’Etablissement de la ligne politique générale et reconstitution du Parti, tâche que réalisa le Président Gonzalo en constituant la fraction rouge du Parti, au long d’une intense lutte de plus de quinze années et à travers trois lignes politiques stratégiques :

De 1963 à 1969, il guida la fraction rouge avec la ligne politique stratégique de suivre le Chemin d’encerclement des villes par les campagnes ; de 1969 à 1976, il guida le Parti avec la ligne politique stratégique de : Reconstitution du Parti par la guerre populaire et de 1976 à 1979, avec la ligne politique stratégique d’Achever la reconstitution et jeter les bases" pour le début de la lutte armée.

Durant la première phase politique stratégique de suivre le Chemin d’encerclement des villes par les campagnes, les communistes du Pérou furent profondément ébranlés par la lutte entre marxisme et révisionnisme et les positions marxistes pénètrent dans l’organisation.

Dans les années 60 aura lieu un grand mouvement paysan de 300 à 500.000 paysans qui luttèrent pour la terre, mais cela ne se transforma pas en lutte armée par la faute de la direction révisionniste.

De grands mouvements de grève se produisirent dans la classe ouvrière, et la lutte universitaire se développa elle aussi à un niveau plus élevé.

Tout cela devait se répercuter dans le Parti et le Président Gonzalo allait forger la fraction rouge d’Ayacucho avec la vision très claire que le Parti est fait pour prendre le Pouvoir et qu’il doit se baser sur la théorie marxiste.

Il déchaîne alors une lutte ouverte contre le révisionnisme, qui avait son centre en Union Soviétique, et il adhère fermement aux positions du Parti communiste de la Chine et, principalement, à celles du Président Mao ; il établit que : « la campagne est un puissant ferment révolutionnaire », « il faut prêter une attention toute spéciale aux campagnes et aux paysans pauvres », « notre révolution sera de la campagne à la ville » et il coïncide avec les différentes bases du Parti pour expulser le révisionnisme et ses représentants endurcis, Jorge del Prado, Acosta, Juan Barrio, au cours de la IVe Conférence Nationale, en janvier 1964.

Ainsi, notre Parti allait être l’un des premiers à rompre avec le révisionnisme et à l’expulser de ses rangs.

Le Président Gonzalo se voua à la consolidation du Parti dans le Comité Régional d’Ayacucho ; il situa le centre du travail du Parti dans les campagnes.

Dans la ville, il organisa les masses pauvres en Fédération de quartiers, il réorganisa le Front des étudiants révolutionnaires.

Mais le fait transcendant est que, malgré l’opposition de la nouvelle direction centrale, il monta, en appliquant un accord du Parti, le "Travail spécial" c’est-à-dire le travail militaire du Comité Régional et il le dota de trois fonctions : politique militaire, et logistique.

Postérieurement et, en livrant une dure bataille des deux lignes contre les positions de la direction centrale qui prétendait contrôler le travail militaire, il combattit le militarisme, le mercenarisme et le foquisme.

C’est dans ces circonstances qu’allait éclater les guérillas du MIR [50], dont la position exprime la lutte de notre peuple à partir d’un point de vue petit-bourgeois, qui suit une ligne militariste et en esquivant le Parti.

Pourtant, malgré le décalage entre le MIR et la montée de la paysannerie, cela démontrait que la lutte armée comme perspective était réalisable, à condition d’être dirigée par une ligne juste et correcte et sous la direction du Parti.

C’est pour cette raison que le Président Gonzalo s’opposa à ce que le Parti se dissolve et se mette à la traîne du MIR et de l’ELN [51] en formant un soi-disant front.

En septembre 1967, au cours de la réunion du Bureau Politique élargi, le Président Gonzalo allait nous proposer un Plan stratégique où figurait un ensemble de mesures que le Comité Central devait adopter pour construire les trois instruments, la tâche principale étant de former des forces armées, selon une résolution de la Ve Conférence Nationale de 1965.

Cela se déroule au milieu d’une lutte de fractions où, spécialement les fractions "Patria roja" et celle du liquidationisme de droite de Paredes [52], sont en lutte pour accaparer la direction du Parti et Paredes prétend répéter la tactique de se mettre à la traîne d’une faction de la grande bourgeoisie et ceux de "Patria roja" vont se lancer dans un opportunisme de droite.

Durant la deuxième phase politique stratégique de Reconstituer le Parti pour la guerre populaire, le Président Gonzalo établira qu’au sein du parti, le révisionnisme est sous-jacent et qu’il faut reconstituer le Parti sur la base de l’unité du Parti : le marxisme-léninisme-pensée Mao Tsé-toung, la pensée de Mariátegui et la ligne politique générale.

Ces positions furent combattues par les deux autres fractions dont on a fait mention ; et, Paredes, en employant mal la lutte de deux lignes, provoquera l’explosion du Parti.

Le Président Gonzalo comprit qu’il était nécessaire de reconstituer le Parti et que, pour ce faire, il fallait livrer une lutte interne en balayant le révisionnisme, comme le prouvent les éditoriaux de Bandera roja de décembre 1967 : Développer à fond la lutte interne et celui d’avril 1968 : Approfondir et intensifier la lutte interne dans la pratique révolutionnaire.

Le Président Gonzalo travaillera pour concrétiser la violence révolutionnaire en guerre populaire, en suivant le chemin d’encercler les villes par les campagnes et en réalisant la tâche principale que le Parti réclamait, la construction des forces armées révolutionnaires.

Il affirmait que le développement du travail paysan révolutionnaire est la base, qu’elle est irremplaçable ; que sans un bon travail dans les masses paysannes - orienté par le marxisme-léninisme-pensée Mao Tsé-toung, sous la direction du Parti Communiste - il ne peut y avoir de développement de la force armée, ni de guerre populaire.

Ensuite il affirma que, non seulement il fallait reprendre Mariátegui et l’actualité de sa pensée, mais la développer.

Il établit le Programme agraire du Parti, en mai 1969 et, en 1972, il établit le Plan stratégique du Comité Régional d’Ayacucho.

Il vainquit le liquidationisme de droite et alors dans le Parti, il resta deux fractions : la fraction rouge, principalement à Ayacucho, dirigée par le Président Gonzalo et la fraction "bolchevique" qui agissait surtout à Lima.

Ceux qu’on appelait les "bolcheviques" développèrent une ligne de gauche liquidationiste, une forme de révisionnisme qui isolait le Parti des masses ; ils ne concevaient pas qu’il soit possible de lutter sous le fascisme et qu’il suffisait d’avoir une ligne politique ; quant à la question militaire, ils s’opposaient à la guerre populaire. Ils furent écrasés et leurs chefs prirent la fuite en 1975.

Durant la troisième phase politique stratégique d’Achever la reconstitution et de jeter les bases pour le début de la lutte armée, le problème était d’achever, de considérer terminée la Reconstitution du Parti et de jeter les bases pour entreprendre la lutte armée.

Cela allait se définir lors de la VIIe Assemblée Plénière, en avril 1977, quand tout le Parti allait travailler sous la consigne de : Construire en fonction de la lutte armée en luttant contre l’apparition de la ligne opportuniste de droite qui soutenait que Velasco [53] avait fait la réforme agraire, qu’il fallait organiser les paysans autour de la Confédération Paysanne du Pérou [54] et qu’il fallait réaliser la guerre populaire en faveur des "revendications les plus pressantes des masses", oubliant ainsi le problème de la terre et du Pouvoir.

Et, dans les villes, les opportunistes développèrent l’"ouvriérisme, centrant la classe sur le corporatisme et en s’opposant à ce qu’elle joue son rôle de dirigeant. Après avoir écrasé ces positions, le Président Gonzalo mit en marche le Plan national de construction, en juin 1977.

Des dizaines de cadres furent envoyés dans les campagnes en fonction des besoins stratégiques de la guerre populaire et pour construire des Comités Régionaux en tenant compte des futures bases d’appui.

Lors de la VIIIe Assemblée Plénière, en juillet 1978, il établit le Schéma pour la lutte armée.

L’essence de ce Schéma est que la guerre populaire au Pérou doit se dérouler comme une unité, tant dans la campagne que dans la ville - la campagne étant le principal théâtre des actions armées - en suivant le chemin d’encerclement des villes par les campagnes.

Il faut, de plus, tenir compte du processus historico-social du pays, spécialement l’aspect militaire ; tenir compte de l’importance de la Sierra dans notre histoire, principalement de celle du Centre au Sud et de l’importance de la capitale.

Il faut situer le Pérou dans l’ensemble de l’Amérique latine, en Amérique du sud quant à l’aspect particulier, et dans le contexte international et celui de la révolution mondiale.

Tout le Parti entra en réorganisation générale, situant le centre dans la campagne pour développer la forme principale de lutte et la forme principale d’organisation et l’on jeta les bases de la construction des trois instruments de la révolution.

En synthèse, tout ce processus de Reconstitution nous a dotés d’un Parti de type nouveau, préparé pour entreprendre la guerre populaire et la diriger jusqu’à la conquête du Pouvoir dans tout le pays, processus au cours duquel avec l’idéologie prolétaire et sous la direction du Président Gonzalo, se forgea le contingent historique prêt à assumer la conquête du Pouvoir à travers la guerre populaire.
Durant le troisième moment du Parti, à partir de 1980, le Parti commence à diriger la guerre populaire et, quant à la ligne militaire, on concrétise l’Application et développement du Chemin. Ce troisième moment a quatre buts : 1) Définition ; 2) Préparation ; 3) Début ; 4) Développement de la guerre de guérillas.

1. Définition
En substance, le Parti prit la décision historique et transcendante d’entreprendre la guerre populaire au Pérou ; ce fut défini lors de la IXe Assemblée Plénière Elargie en juin 1979.

Cet accord fut pris au cours de trois intenses luttes : la première contre la ligne opportuniste de droite qui s’opposait à entreprendre la lutte armée, niant la situation révolutionnaire et affirmant que les conditions n’existaient pas et qu’il y avait "stabilité". On les expulsa et le Parti décida de passer à une nouvelle étape avec un nouvel objectif. La deuxième lutte s’engagea contre une nouvelle ligne de droite qui considérait qu’il était impossible d’entreprendre la lutte armée, que c’était "un rêve" et qu’il n’était pas nécessaire de prendre cette décision, car c’était une question de principe. La troisième lutte porta sur les divergences de la gauche qui mirent en évidence les nuances quant à la façon de développer la guerre populaire ; il fut établi que la nuance prolétaire étant celle du Président Gonzalo c’était, par conséquent, celle qui devait s’imposer. Le Parti tout entier prit l’engagement de s’orienter sur la direction du Président Gonzalo. Quant à la construction des forces armées, on décida de former des cadres militaires, des groupes préparés pour l’action et de miner les forces réactionnaires en visant les soldats. Quant à la stratégie et à la tactique on reprit le système organique.

2. Préparation
Arrivés à ce point on sanctionne le Programme du Parti, la ligne politique générale de la révolution péruvienne et les statuts du Parti. L’on résout les problèmes de la stratégie politique quant à la violence révolutionnaire, la guerre populaire et le Parti, l’Armée et le Front unique et l’on prend la décision suivante :

« Forger dans les faits la 1ère Compagnie ! Que fleurisse la violence concrétisée dans le début et le développement de la lutte armée ; ouvrons avec du plomb et offrons notre sang pour écrire le nouveau chapitre de l’histoire du parti et de notre peuple, et forgeons, dans les faits, la Ière Compagnie. Pérou le 3 décembre 1979 ».

Le Parti prépara la lutte armée en traitant deux questions :

1) problèmes de stratégie politique qui comprennent le contenu, les objectifs de la guerre populaire en perspective et dans l’immédiat, ainsi que les directives que doit recevoir la guerre populaire, les plans militaires et la construction des trois instruments, ainsi que leur lien avec le Pouvoir nouveau ;

2) Le début de la lutte armée. Ce problème capital, décisif, retint tout spécialement l’attention du Président Gonzalo qui établit le Plan du déclenchement guidé par la consigne : Déclencher la lutte armée ! qui, représentait le condensé de la politique principale qui devait se concrétiser militairement et dont le contenu comprenait : premièrement, les tâches politiques à accomplir, c’est-à-dire entreprendre la lutte armée, boycotter les élections, propulsion armée de la lutte armée pour la terre et jeter les bases du nouveau, en particulier du Pouvoir ; deuxièmement, formes de lutte : guérilla, sabotage, propagande et agitation armées, élimination sélective ; troisièmement, formes organiques et militaires : détachements armés, avec ou sans armes modernes ; quatrièmement, calendrier, jour du commencement et durée du Plan, actions simultanées à des dates spécifiques ; cinquièmement, les consignes : "Lutte armée !" "Gouvernement d’ouvriers et de paysans !" et "A bas le nouveau gouvernement réactionnaire !".

La Préparation se réalisa au cours d’une lutte contre les positions de droite qui niaient l’existence de conditions et qui affirmaient que le Parti n’était pas préparé, ou que les masses n’allaient pas nous appuyer ; le chef de ces positions déserta et ses thèses furent écrasées.

3. Le début.
La guerre populaire au Pérou commença le 17 mai 1980 [55]. Ce fut un coup politique de grande transcendance, un défi qui proclamait, en déployant les rouges drapeaux rebelles, et en élevant faucilles et marteaux : « On a raison de se révolter ! » et « Le pouvoir est au bout du fusil ! ». On convoquait ainsi le peuple, la paysannerie pauvre - principalement - à se lever en armes, à allumer le brasier et à ébranler les Andes pour écrire l’histoire nouvelle dans les campagnes et les méandres de notre tumultueuse géographie, pour abattre les murs putrides de l’ordre oppresseur, pour conquérir les cimes, donner l’assaut aux cieux avec des fusils et ouvrir la nouvelle aurore.

Les débuts furent modestes, presque sans armes modernes ; on combattit on avança et on construisit du petit au grand ; et du feu initial matériel réduit, surgit l’incendie violent et rugissant qui se répand, semant la révolution, explosant en la plus impétueuse des guerres populaires. Ce troisième jalon se prolongea de mai à décembre 1980 ; l’on résolut le problème de comment entreprendre la lutte armée et passer des effectifs de paix aux effectifs de guerre. La clé fut la militarisation du Parti qui se réalisa à travers des actions et du magistral Plan du déclenchement.

Ainsi naquit le nouveau : la forme principale de la lutte, la lutte armée, et la forme principale de l’organisation, les détachements et les pelotons. Dans la campagne les actions les plus remarquables furent celles des guérillas à Ayrabamba et Aysarca, et dans la ville l’incendie de l’Hôtel de ville de San Martin [56]. Le boycottage des élections dans le village de Chuschi avait marqué le début de la guerre populaire. Ce Plan se réalisa en triomphant des position de droite qui prétendaient que le Plan était "hoxhista" et que les actions se centraient dans la ville, mettant ainsi l’accent sur l’apparence et embrouillant l’essence, car la réaction mettait à la une les sabotages dans les villes et minimisait les actions dans la campagne. C’est une spécificité de la guerre populaire au Pérou de faire de la campagne le principal théâtre des actions et des villes le complément nécessaire.

4. Développement de la guerre de guérillas.
Il s’est effectué à travers trois plans militaires : Déployer la guerre de guérilla ; Conquérir des bases et Développer les bases.

Déployer la guerre de guérilla se réalisa avec un plan qui dura de mai 1981 à décembre 1982, et une période préalable durant le mois de janvier 1981 qui était : Ouvrir des zones de guérillas en fonction de bases d’appui.

Cela impliqua un saut qualitatif idéologico-politique par le fait de mettre à la base de l’unité du Parti, le marxisme-léninisme-maoïsme, pensée guide du Président Gonzalo.

Au niveau militaire les guérillas s’ouvrirent en éventail dans tout le pays. "En conquérant des armes et des moyens, commotionnant la campagne par des actions armées et frapper pour avancer vers l’"installation des bases d’appui" ; plans partiels qui furent accomplis ; le dernier, "frapper" étant le chaînon qui les relient au plan suivant.

On avança dans la destruction des relations féodales de production, visant le gamonalisme [57] qui en est le fer de lance et en combattant les opérations policières conjointes.

On réalisa une multitude d’assauts contre des postes de police et des éliminations sélectives au sein du pouvoir gamonal, suscitant ainsi une grande mobilisation des masses paysannes qui s’incorporaient aux milices, ce qui créa un vide du pouvoir de la réaction.

Ainsi surgissent et se multiplient les Comités Populaires et surgissent, et se spécifient, les bases d’appui.

Il faut relever des actions comme l’assaut de la prison de la ville d’Ayacucho où, pour la première fois, la Compagnie entra en action ; on mit en échec la ville et l’on arracha de la prison des dizaines de prisonniers de guerre.

Les assauts donnés aux postes de police de Vilcashuaman, de Totos, de San José de Secce ; les sabotages du réseau électrique et des voies de communication ; des destructions comme à Pincos, Toxama, Allpachaca, Huayllapampa, entre autres.
Dans les villes les sabotages du capitalisme bureaucratique et de l’impérialisme, ainsi que le soutien aux grèves par des actions armées.

Les positions de droite que l’on combattit alors furent celles du pouvoir personnel et du fief, et aussi le recul dans les faits.

Déployer la guerre de guérilla nous valut la conquête la plus importante : Le Pouvoir Nouveau, les Comités Populaires clandestins qui sont le support des bases d’appui.

Face à l’avance de la guerre populaire, le gouvernement réactionnaire de Belaúnde déchaîna, dès le début, la persécution, la répression, la torture, la prison et la mort sur les militants, les combattants et les masses.

On monta des opérations policières indépendantes et conjointes des forces de police, Garde civile, Garde républicaine, Police secrète, en plus des corps spécialisés, anti-subversifs, comme les Sinchis.

Le gouvernement promulgua le Décret-loi N°46, véritable loi terroriste qui viole les plus élémentaires principes du Droit pénal bourgeois.

Mais toutes ces mesures ont connu un échec total ; les masses résistèrent et repoussèrent l’agression.

Arrestations en masse de présumés maoïstes

Face à l’apparition du Pouvoir nouveau les réticences du gouvernement de Belaúnde cédèrent ; au début il avait minimisé le problème pour conserver sa fausse image démocratique, mais la nécessité de classe s’imposa, celle des exploiteurs, des grands bourgeois et des propriétaires terriens, sous la protection de l’impérialisme yankee - principalement - et l’on confia aux forces armées (Armée de terre, Marine de guerre et Force de l’air), cette colonne vertébrale de l’Etat, le rétablissement de l’ordre public avec l’appui des forces de police ; l’on décréta l’état d’urgence et mit sous contrôle politico-militaire la région d’Ayacucho, Apurimac et Huancavelica, à partir de décembre 1982 jusqu’à maintenant.

Le Président Gonzalo, en vue du développement de la guerre populaire et de la réponse contre-révolutionnaire qui impliquait un bond qualitatif, proposa le Grand plan de Conquête des bases, au cours de la réunion élargie du Comité Central de janvier-mars 1983, au cours de laquelle il définit les quatre tâches politiques : réorganisation générale du Parti, création de l’Armée Populaire de Guérillas, du Front Révolutionnaire de Défense du Peuple et sa concrétisation en Comités populaires dans la campagne, et en Mouvement Révolutionnaire de Défense du Peuple dans les villes, et le Plan militaire de conquête des bases.

Base d’appui : Comité populaire de Santa Rosa

Rafle anti-maoïste à l’université

Politiquement la contradiction Etat nouveau-ancien Etat se frayait un chemin et, sous la consigne de Défendre, développer et construire les bases d’appui, se déroulait une dure bataille armée dans laquelle la réaction luttait pour rétablir l’ancien pouvoir et la révolution pour contre-rétablir le Pouvoir nouveau.

C’est cela que nous appelons lutte entre rétablissement et contre-rétablissement et qui couvre 1983 et 1984. On spécifia des Plans militaires pour les organismes de zones en appliquant la tactique de contourner l’ennemi et de frapper son point le plus faible.

On réalisa deux campagnes avec succès ; le Pouvoir nouveau en sortit fortifié ayant passé par sa première épreuve du feu. Le parti s’aguerrit et l’Armée Populaire de Guérilla se développa.

Les forces armées réactionnaires menèrent leur guerre contre-révolutionnaires suivant les conceptions de leur maître, l’impérialisme yankee, selon la théorie de la guerre contre-révolutionnaire qu’il avait élaborée en se basant sur ses expériences, principalement celle du Vietnam et, en particulier les expériences des combats contre la lutte armée an Amérique latine, spécialement en Amérique centrale.

C’est la source théorique de base à laquelle il faut ajouter l’expérience "antiterroriste" d’Israël et de ses pareils d’Argentine, ainsi que les assesseurs de l’Allemagne Fédérale, de Taiwan, de l’Espagne etc.

Et puis, l’expérience des quelques mois de lutte anti-guérilla de 1965 et de la plus circonscrite d’entre elles à La Convencion.

Les opérations qui se réalisent maintenant sont placées sous la direction du Commandement Conjoint des forces armées, qui agit selon les dispositions du Conseil de défense nationale avec à sa tête, l’actuel Président de la République, Alan García [58], ce qui engage sa responsabilité directe et inéluctable.

Cette stratégie contre-révolutionnaire a été vaincue constamment, écrasée et complètement défaite par la guerre populaire qui démontra ainsi au monde, de façon réitérée, la supériorité de la stratégie du prolétariat sur celle de l’impérialisme.
Les politiques spécifiques que la réaction appliqua : masses contre masses ; génocide ; charniers ; disparitions de villages entiers.

En résumé on déchaîna la terreur blanche dans la campagne, spécialement à Ayacucho, Huancavelica et Apurimac.

Le résultat de ce génocide : 8.700 Péruviens morts, dont 4.700 assassinés parmi les plus pauvres et les plus exploités de la paysannerie - principalement - et des quartiers pauvres et bidonvilles des villes, plus de 4.000 disparus.

Ce génocide n’a pas donné les résultats attendus, car il n’arriva pas à écraser la guerre populaire, mais au contraire : « la guerre populaire fait rage frappant fort et se développant » prouvant ainsi ce que le Président Mao nous enseigne, que la répression ne fait qu’attiser la révolution.

C’est dans le Plan de conquête des bases que se situe le Plan du grand bond lequel, suivant la stratégie politique spécifique de "deux Républiques s’expriment, deux chemins, deux axes" et la stratégie militaire de "généraliser la guerre de guérilla", a réalisé quatre campagnes couronnées de succès, guidées par la politique de : Nous ouvrir un espace politique, Contre les élections générales de 1985, les entraver, les perturber et les empêcher là où nous le pourrons, Contre l’avènement du nouveau gouvernement apriste et Miner le montage fasciste et corporatif apriste.

La guerre populaire se déroula dans la région de Ayacucho, Huancavelica et Apurimac et s’étendit à Pasco, Huanuco et San Martin, couvrant un territoire qui va du département de Cajamarca à la frontière de l’Equateur au nord-est, jusqu’à Puno à la frontière de la Bolivie au sud-est, frappant et ébranlant les villes, spécialement la capitale.

Ainsi la guerre populaire couvre principalement la sierra, c’est-à-dire l’axe historique de la société péruvienne et sa partie la plus arriérée et pauvre, pour la transformer en grand théâtre de la guerre révolutionnaire qui pénètre la forêt amazonienne et la côte.

Ainsi donc, la guerre populaire ne fut pas conçue pour une seule région, mais pour différentes régions pour s’y développer simultanément, mais d’une façon inégale, avec une région principale qui peut varier si c’est nécessaire, et tout cela dans le cadre d’un plan stratégiquement centralisé et tactiquement décentralisé.

Parmi les actions les plus marquantes figurent les coups portés aux bases de combat anti-guérilla dans le département d’Ayacucho ; la destruction des regroupements forcés ; les retards provoqués à la mise en place des micro-régions.
A Huancavelica destruction des pylônes de haute tension du réseau électrique et destruction du réseau routier ; destruction des associations agraires de Cinto et Vichincha avec distribution de bétail et appropriation de terres ; pénétration à Apurimac.

Dans le centre de la sierra, des embuscades comme celle de Michivilca ; sabotage de la sous-station de Centromin, sabotage de la SAIS Túpac Amaru ; invasions de terres au nord avec la consigne de : Conquérir la terre ! qui mobilisa 160.000 paysans avec confiscation de 320.000 hectares, dont la plupart des pâturages, et de 12.000 vaches ; sabotage de l’oléoduc nord péruvien, ainsi que du local central de l’APRA, à Trujillo.

Au sud on a agité le problème de la terre en mobilisant plus de 10.000 paysans ; au Huallaga assaut au poste de police de Aucayacu ; destruction de la grande entreprise de production de thé, embuscade à la Garde républicaine.

A Lima, sabotages d’ambassades telle que celle du social-impérialisme russe, de dizaines de locaux politiques de l’APRA, de banques et de fabriques, ce qui mena le gouvernement à décréter l’état de siège et le couvre-feu dans la capitale en février 1986, sous la responsabilité des forces armées.

Alan García poursuivant la politique contre-révolutionnaire de son prédécesseur tente d’écraser la guerre populaire par le génocide, comme à Accomarca, Llocllapampa, Bellavista, Umaru dans la campagne.

Dans la capitale il a déchaîné deux génocides contre les prisonniers de guerre, le premier le 4 octobre 1985, au cours duquel on tua 30 militants et combattants dans la lumineuse tranchée de combat de Lurigancho, mais sans arriver à briser l’héroïque résistance des prisonniers de guerre qui, avec leur sang, écrivirent le Jour du Prisonnier de Guerre.

Et puis il y eut le deuxième massacre, le 19 juin 1986 [59], le plus vil et exécrable des crimes, prémédité traîtreusement dans le but d’écraser la guerre populaire et d’exterminer les prisonniers de guerre.

Manifestation des prisonnières du PCP à Lurigancho

Massacre des prisonniers du PCP à El Fronton (1986)

Mais eux, en résistant férocement, infligèrent la plus grave défaite politique, militaire et morale du gouvernement apriste assassin, faisant ainsi éclater son dilemme et définir sa position de serviteur de la grande bourgeoisie et de sa faction bureaucratique, pour développer le fascisme et le corporatisme.

L’assassin García et le parti apriste resteront à jamais couverts de sang. Le jour de l’Héroïsme s’inscrivit avec la monumentale trilogie des deux cent cinquante morts dans les lumineuses tranchées de combat d’El Fronton, Lurigancho et El Callao.

Nous condamnons et démasquons l’opportunisme et le révisionnisme avec ses différentes variantes : pro-russe, pro-chinois, les faux mariáteguistes, tous ceux qui ont agi, ou agissent, en délateurs en servant de wagon de queue à la contre-révolution, ceux qui nient et combattent la guerre populaire et la qualifient de "terroriste", répétant ainsi ce que Reagan et la réaction péruvienne et mondiale disent sans jamais pouvoir prouver leurs imputations.

Ils lancent simplement des adjectifs et condamnent la violence "d’où qu’elle vienne", et ils maintiennent leurs vieilles positions électorales pour tenter d’enfermer le peuple dans le crétinisme parlementaire.

Ainsi, ils s’enfoncent chaque jour davantage dans la sauvegarde de vieil ordre, de son parlement putride, ses farces électorales, sa constitution et ses lois.

Ces opportunistes de tous poils vivent en tremblant d’une crainte révérencielle devant les forces armées et le coup d’Etat. Nous condamnons l’attitude rampante de Barrantes Lingán [60] et sa capitulation, ainsi que celle de ses acolytes et de ses compères.

La stratégie politique du Grand plan de conquête des bases, qui s’est réalisée depuis 1983, à travers des deux campagnes : Défendre, développer et construire I et II ainsi que celle du Plan du grand bond avec ses quatre campagnes jusqu’à décembre 1986, nous démontrent l’avance de la guerre populaire et la solidité de notre lien avec les masses, malgré tout ce que l’on peut dire contre cela, car les faits les démentent irréfutablement.

La guerre populaire a gagné le pays en s’étendant dans la sierra, la forêt amazonienne et la côte ; elle marche vigoureuse et enthousiaste, construisant le nouveau, ouvrant l’avenir ; et l’on a conquis les bases d’appui, qui représentent l’essentiel du chemin d’encercler les villes par la campagne.

Quant au Grand plan de développement des bases, il occupe une place spéciale dans la guerre populaire car, l’essence même de la guerre populaire, c’est le développement des bases d’appui ; c’est pour cela que le Grand plan de développement des bases a à voir avec la construction du Pouvoir nouveau et son développement.

Il a à voir avec la perspective qui s’ouvre de conquérir le pouvoir dans tout le pays.
C’est ainsi que la stratégie politique est Développer des bases et la stratégie militaire est Développer la guerre populaire en servant la révolution mondiale, plan qui se réalise au moyen d’un plan pilote.

Pour triompher, la révolution engendre et puis écrase une puissante contre-révolution.

Nous entrons donc dans des années décisives sans que l’APRA ait un plan stratégique ; il parle de "nouvelle stratégie", mais il n’y a rien de semblable ; la seule chose que l’APRA puisse faire c’est de promulguer des lois politiques, économiques et sociales, doter de plus de moyens et renforcer les militaires pour aider les forces armées à nous combattre au moyen d’un nouveau génocide dans de nouvelles conditions, tant pour nous que pour eux.

Pour nous, le génocide qui se prépare se présente en de nouvelles circonstances.
Nous avons déjà vécu le génocide de 1983 et de 1984 qui démontra comment la population les répudia et comment la révolution s’était renforcée.

La réaction ne peut rien faire d’autre que massacrer, mais cela renforcera la guerre populaire ; il pourra y avoir, au début, des replis, des inflexions, mais nous vaincrons, avec le marxisme-léninisme-maoïsme, pensée Gonzalo, en persistant dans notre politique des cinq développements, certains que la guerre populaire est invincible, que le peuple nous appuie et que c’est lui qui fait et fera l’histoire, toujours sous la direction du Parti Communiste.

Au sujet des situations concrètes et des possibilités qui se présentent avec le nouveau Grand plan de développement des bases, il faut tenir compte de ce qui suit :

1) Des groupes armés apparaissent, comme le MRTA [61] et le CRP [62] qui se sont refondus mais qui n’ont pas une conception marxiste définie, ce qui les mènera à servir l’impérialisme, le social-impérialisme et le soi-disant dialogue que propose le fascisme, auquel ils ont déjà donné des trêves unilatérales.

Conférence de presse clandestine du MRTA

2) L’APRA a déjà commencé à développer le fascisme et le corporatisme et il affronte de sérieuses et croissantes difficultés dues à sa croissante et sinueuse collusion et lutte avec la bourgeoisie compradore, entre autres contradictions encore plus importantes.

3) La lutte de classes s’exacerbe de plus en plus, les masses se défendent et résistent ; si des explosions sociales urbaines se produisaient, elles pourraient être mises à profit par le social-impérialisme et la réaction en général, à travers ses représentants.

4) Il pourrait y avoir un coup d’Etat et, de plus García Pérez lui-même pourrait organiser un auto-coup afin de se réserver pour l’avenir.

5) Comme perspective, on peut considérer que la réaction pourrait aussi jouer la carte d’un gouvernement genre Allende, en se servant de l’apriste Barrantes, ou d’un autre semblable à lui. Dans cette éventualité il faut considérer le rôle sinistre de la Gauche Unie [63].

6) L’Etat péruvien a des problèmes de frontières que l’on peut attiser à n’importe quel moment, comme le démontre l’expérience d’autres pays latino-américains. Il faut considérer sérieusement ce problème.

7) L’envoi de troupes yankees est déjà un fait réel et pas une simple possibilité ; leur présence est liée dans d’autres pays aux mêmes problèmes spécialement limitrophes, et doit être considérée en relation directe avec les mesures militaires adoptées par le Brésil.

8) Les guerres impérialistes et leurs agressions continuent à augmenter et la guerre mondiale entre les USA et l’URSS, pour l’hégémonie mondiale, continue à se préparer à travers de collusion et de lutte aux dimensions globales, par conséquent, la guerre populaire est de nécessité péremptoire et la guerre populaire mondiale une perspective inévitable...

Il faut tenir compte sérieusement de toutes ces possibilités pour diriger la guerre populaire, avec la politique aux commandes et, en particulier, avec la perspective de la conquête du Pouvoir dans tout le pays ce qui peut se présenter et qu’il faut assumer.

Par conséquent il faut être fermement préparés et organisés au point de vue idéologique et politique.

La 1re Campagne du plan pilote du Grand plan de développement des bases a signifié la plus profonde des commotions avec d’énormes répercussions au niveau national et international. L’ancien Etat s’effrite, personne ne l’avait ébranlé jusqu’à ce point au Pérou.

Maintenant nous devons couvrir la nécessité politique et historique de "Couronner brillamment en posant un jalon historique !" avec la IIème Campagne ; étant entendu que le plan pilote est comme la bataille initiale de tout le Grand plan de développement des bases.

En conclusion, en huit années de guerre populaire nous avons accompli plus de 45.000 actions qui révèlent une qualité élevée.

Le parti militarisé s’est trempé ; l’Armée Populaire de Guérilla s’est développée et son bellicisme s’est accru ; nous avons des centaines d’organismes du Pouvoir nouveau et les masses les plus pauvres nous appuient toujours davantage.

La guerre populaire a élevé la lutte de classes de notre peuple à son niveau le plus haut et cela se répercute dans la lutte même des masses, les poussant à s’incorporer par bonds et progressivement à la guerre populaire.

Ainsi la « guerre populaire retourne le pays, la ’vieille taupe’ creuse profondément les entrailles de l’ancienne société, rien ne pourra l’arrêter, le futur habite déjà parmi nous, l’ancienne société putride naufrage irrémédiablement, la révolution prévaudra.

Vive la guerre populaire ! » Notre tâche : développer la guerre populaire en servant la révolution mondiale sous les drapeaux du marxisme-léninisme-maoïsme, pensée Gonzalo.

2 Le chemin d’encercler les villes par les campagnes et la base d’appui révolutionnaire

Le Président Mao a établi le chemin d’encercler les villes par les campagnes et sa substance les bases d’appui, en tenant compte de ce que les puissants impérialistes et leurs alliés réactionnaires chinois étaient retranchés dans les villes principales et que si la révolution refusait de capituler et persistait dans la lutte, elle devait transformer les zones rurales arriérées et de solides bases d’appui d’avancée, en de grands bastions militaires, politiques, économiques et culturels de la révolution, à partir desquels on lutterait contre le féroce ennemi qui attaquait les zones rurales en se servant des villes, et mener pas à pas la révolution jusqu’à la victoire complète à travers une guerre prolongée.

En se basant sur cette thèse maoïste le Président Gonzalo a établi qu’il fallait mener une guerre populaire unitaire dans laquelle la compagne serait le théâtre principal des actions armées car, dans notre pays, nous avons une immense majorité de masses paysannes et c’est donc là que nous devons construire les bases d’appui.
Le Président Mao l’a dit :

« La lutte révolutionnaire prolongée qui est soutenue par ces bases révolutionnaires d’appui est, fondamentalement, une guerre de guérillas des paysans dirigée par le Parti Communiste de la Chine. Il est donc erroné de méconnaître la nécessité d’employer les zones rurales comme bases d’appui révolutionnaires, de laisser de côté le l’ardu travail parmi les paysans, et de négliger la guerre de guérillas » [64].

Mais, de plus, le Président Gonzalo spécifie que, dans les villes, comme complément, on doit réaliser des actions armées car, comme le démontre l’expérience internationale ainsi que la nôtre, c’est réalisable.

Il tire par exemple, une leçon de ce qui arriva à la guérilla des Philippines qui s’enfonça dans la campagne et laissa de côté les villes, en particulier la capitale, isolant ainsi les guérillas.

Au Brésil également, les révolutionnaires effectuèrent des actions armées dans la campagne et dans les villes, mais sans spécifier quel secteur était le principal [65].

Au Vietnam on réalisa d’importantes actions armées, également dans les villes.

Il faut tenir compte des particularités de l’Amérique latine, où le pourcentage du prolétariat et des masses pauvres dans les villes est élevé, et où les masses sont prêtes à réaliser des actions complémentaires de celles de la campagne.

Mais, dans les villes, on ne construit pas le pouvoir nouveau, ni des bases d’appui, mais un Front concrétisé dans le Mouvement Révolutionnaire de Défense du Peuple, avec des centres de Résistance qui font la guerre populaire et préparent la future insurrection qui se réalisera quand les forces de la campagne donneront l’assaut aux villes en coordination avec l’insurrection intérieure.

Les bases d’appui sont les bases stratégiques sur lesquelles s’appuyaient les forces de la guérilla pour accomplir leurs tâches stratégiques et couvrir l’objectif qui est de conserver et d’augmenter leurs forces, ainsi que d’exterminer et rejeter l’ennemi.

Sans ces bases stratégiques il n’existerait rien sur quoi nous appuyer pour pouvoir exécuter n’importe laquelle de nos tâches stratégiques et atteindre l’objectif de la guerre.

Le Président Mao conçoit trois conditions pour la création des bases d’appui : avoir des forces armées, vaincre l’ennemi et mobiliser les masses.

Ces trois conditions furent spécifiées dans notre guerre populaire quand, en 1982, en appliquant le Plan de déploiement de la guerre de guérilla dans la partie : Abattre l’ennemi, on visa les relations féodales de production pour les détruire ; on donna l’assaut à des postes de police, on réalisa des éliminations sélectives du pouvoir gamonal et, ainsi, les forces de police abandonnèrent la campagne et se replièrent sur les chefs-lieux.

Les autorités de l’ancien pouvoir démissionnèrent massivement, créant ainsi un vide du pouvoir et des dizaines de milliers d’hommes, appartenant aux masses, furent mobilisés. C’est dans ces conditions qu’apparurent les bases d’appui qui sont spécifiées en Comités Populaires clandestins.

Il est donc erroné de suivre dogmatiquement l’expérience chinoise, car si les conditions existaient et les principes étaient en vigueur, il fallait construire les bases d’appui.

Décider cela impliqua d’entrer en lutte contre le "droitisme" qui prétendait que l’on n’avait pas vaincu de grandes forces ennemies, alors que le problème résidait dans le fait que les forces ennemies avaient abandonné la campagne, comme conséquence de la défaite de leurs plans politiques et militaires.

Le Président Gonzalo a établi un système de bases d’appui, entourées de zones de guérillas, de zones d’opération et de points d’action, en tenant compte des conditions politiques et sociales, de la tradition de lutte, des caractères géographiques, du développement du Parti, de l’Armée et des masses.

Il est essentiel de soutenir la validité du chemin d’encerclement des villes par les campagnes et son essence la base d’appui car, avec des guérillas d’insurgés errants l’Armée Populaire de Guérilla n’aurait pas la base d’appui qui représente l’arrière-garde qui le soutient et on ne pourrait non plus pas construire le Pouvoir nouveau.

Nous sommes totalement opposés au foquisme.

3. La guerre prolongée

La guerre populaire est prolongée parce qu’elle dérive de la corrélation entre les facteurs de l’ennemi et les nôtres qui sont déterminés par les quatre caractéristiques fondamentales suivantes : la première, que le Pérou est une société semi-féodale et semi-coloniale sur laquelle s’élève un capitalisme bureaucratique ; la deuxième, que l’ennemi est fort ; la troisième, que l’Armée Populaire de Guérilla est faible ; et la Quatrième, que le parti Communiste dirige la Guerre populaire.

De la première et de la quatrième caractéristiques, il découle que l’Armée Populaire de Guérilla peut croître et vaincre, de la deuxième et de la troisième caractéristiques il en découle que l’Armée Populaire de Guérilla ne peut croître très rapidement ni vaincre bientôt son ennemi.

Ces particularités déterminent le caractère prolongé de la guerre.

L’ennemi est fort et nous sommes faibles ; là réside le danger d’être vaincus, mais l’ennemi n’a qu’un seul avantage, l’importance de ses effectifs et les armes dont il dispose ; par contre tous les autres aspects constituent pour lui des points faibles car il a pour objectif de défendre l’ancien pouvoir putride de l’Etat propriétaire terrien-bureaucratique ; il a une ligne militaire bourgeoise ; c’est une armée de mercenaires ; il ne possède pas une discipline consciente et son moral est bas ; il existe de fortes contradictions entre officiers et soldats et il s’est discrédité dans les masses.

Et puis, la base même de l’armée réactionnaire est d’origine ouvrière et paysanne et peut donc se désintégrer face à une guerre injuste.

Par ailleurs, au Pérou, jamais les forces armées n’ont gagné de guerres et elles sont expertes en défaites. De plus, elles ont reçu, et reçoivent, l’appui de la réaction internationale mais nous, nous comptons sur l’appui des nations opprimées, des peuples du monde et du prolétariat international qui sont les forces nouvelles.

L’Armée Populaire de Guérillas a un seul point faible, un développement insuffisant ; mais les autres aspects constituent des avantages de poids : cette Armée mène une guerre populaire pour créer un pouvoir nouveau ; elle a une ligne militaire prolétaire, elle est dirigée absolument par le Parti Communiste ; elle se base sur le courage de la classe et l’héroïsme révolutionnaire, par conséquent elle possède une discipline consciente, son moral est haut et il existe une étroite union entre officiers et soldats ; c’est une armée intégrée par le peuple lui-même, par les ouvriers et les paysans, principalement les pauvres.

Mais le fait objectif est qu’il existe une grande disparité entre les forces de l’ennemi et les nôtres et que pour passer de la faiblesse à la force, nous avons besoin d’un certain temps au cours duquel les défauts de l’ennemi se manifesteront et nos avantages se développeront.

C’est pour cela que nous disons que notre Armée est, apparemment, faible mais forte en essence et que l’armée ennemie est, apparemment, forte mais faible en essence.

Ainsi, pour passer de l’état de faiblesse à celui de force, nous devons mener une guerre prolongée.

Celle-ci a trois étapes : la première, c’est la période de l’offensive stratégique de l’ennemi et de notre défense stratégique.

La deuxième sera celle de la consolidation stratégique de l’ennemi et de notre préparation pour la contre-offensive. La troisième sera la période de notre contre-offensive stratégique et de la retraite stratégique de l’ennemi.
Ainsi le Président Gonzalo nous enseigne que la guerre populaire est prolongée, longue, cruelle mais victorieuse et il nous dit que sa durée s’étendra, ou se raccourcira en conservant son caractère prolongé, dans la mesure où nous combattrons en suivant plus étroitement la ligne militaire prolétaire, car le principal danger est celui du "droitisme" qui peut dresser de sérieuses embûches à la guerre.
Actuellement nous nous trouvons dans la période de l’offensive stratégique de l’ennemi et de notre défensive stratégique et nous devons renforcer la guerre populaire, en appliquant la guerre de guérillas généralisée, en jetant les bases pour la l’étape suivante et en payant le prix nécessaire, tout en luttant afin qu’il soit le moins élevé possible.

II. Construction de l’Armée Populaire de Guérilla

Pour livrer la guerre populaire il faut compter sur la forme principale de l’organisation qui est l’Armée Populaire de Guérilla, car la colonne vertébrale de l’ancien Etat est la force armée réactionnaire et pour détruire l’ancien Etat, il faut détruire ses forces armées réactionnaires et le Parti doit compter sur une puissante armée : « Sans armée populaire le peuple n’a rien », disait le Président Mao [66].

La construction de l’Armée se voit dans la ligne de construction basée sur le marxisme-léninisme-maoïsme, pensée Gonzalo.

En synthétisant, l’incorporation des milices à l’Armée Populaire de Guérillas est un apport du Président Gonzalo ; sa création, en tant que telle, représente un pas en avant vers la mer armée des masses et la solution pour passer de l’état de masses désorganisées à celui de masses militairement organisées.

III. Stratégie et tactique

Le Président Gonzalo souligne sept points sur la stratégie et la tactique de Président Mao, en spécifiant quelques uns d’entre eux auxquels il faut prêter la plus grande attention pour diriger la guerre populaire.

1. Sur la stratégie et la tactique.

Il part de la thèse du Président Mao que la tâche de la stratégie, comme science, consiste à étudier les lois de la direction des opérations militaires qui influencent la situation de la guerre dans son ensemble.

La tâche de la science des campagnes et de la tactique, consiste à étudier les lois de la direction des opérations militaires de caractère partiel.

Et il opère un développement stratégique de la façon dont il faut conduire la guerre dans l’ensemble du pays et dans chaque zone, en tenant compte de sa relation avec la situation internationale.

Il expose la question des axes, des sous-axes, les directions de mouvement et les lignes de mouvement qui nous permettent de garder l’orientation stratégique de la guerre en toutes circonstances et d’affronter toute espèce d’opérations politiques et militaires que monte la contre-révolution.

Sur cette base, Le Président Gonzalo établit le Plan militaire national stratégiquement centralisé et tactiquement décentralisé, en partant du principe que tout plan est une idéologie, qu’il doit refléter la réalité et les méandres qu’elle montrera.

En se référant à Staline, il relie stratégie avec tactique et établit les plans stratégico-opératifs qui, concrètement, sont la façon selon laquelle la stratégie se relie aux opérations tactiques.

Ainsi, chaque Comité doit élaborer ses plans stratégico-opératifs dans le contexte du Plan stratégique général et, spécifiquement, dans le plan stratégico-opératif commun à tout le Parti.

La disposition correcte émane de la justesse des décisions du commandement.
Tout plan militaire doit se baser sur une reconnaissance indispensable et une étude poussée de la situation de l’ennemi, de sa propre situation et des relations entre les deux c’est-à-dire, avoir toujours à l’esprit "les deux collines" ; on doit se diriger selon une stratégie politique et une stratégie militaire.

Quand nous élaborons des plans nous tenons toujours compte des lignes générales suivantes :

1) la lutte de classes internationale entre révolution et contre-révolution ; l’idéologie ; le mouvement communiste international ; le MRI.

2) La lutte de classes dans le pays ; la contre-révolution ; la conjoncture politique ; la guerre anti-subversive.

3) Le développement de la guerre populaire ; évaluation ; lois et leçons.

4) Nécessité de l’investigation.

5) La guerre populaire et la construction.

6) La guerre populaire et les masses.

7) La lutte des deux lignes.

8) Programmation et calendrier.

9) Attitude et consignes. Etre supérieurs aux difficultés et conquérir des victoires plus élevées !

En près de huit années de guerre populaire, nous avons quatre plans : Plan de Déclenchement ; Plan du déploiement ; Plan de conquête des bases ; et Plan du développement des bases.

2. Principe fondamental de la guerre.

Tous les principes qui orientent les opérations militaires proviennent d’un seul principe fondamental : mettre tout en jeu pour conserver ses propres forces et anéantir celles de l’ennemi.

Toute guerre se paie, son prix est parfois extrêmement élevé et, pour conserver nos forces, nous devons anéantir celles de l’ennemi, mais pour le faire nous devons en payer le prix afin de préserver l’ensemble.

Le Président Gonzalo nous enseigne qu’il faut être disposés à payer le prix de la guerre le plus élevé, mais que nous devons nous efforcer afin qu’il soit le moins élevé possible.

C’est une contradiction et le problème réside dans l’attitude et la bonne planification ce qui est, principalement, une question de commandement.

Cela nous forge dans "le défi lancé à la mort", l’"héroïsme révolutionnaire" et "arracher des lauriers sur la mort". Dans la guerre nous voyons toujours les deux principes : le destructif et le constructif, et le principal c’est le second.

3. La tactique de guérilla, ou tactique fondamentale.

"Quand l’ennemi avance, nous reculons ; quand l’ennemi s’arrête, nous le harcelons ; quand il se fatigue, nous l’attaquons ; quand il se retire, nous le poursuivons".

Cette tactique fondamentale il faut l’incarner et l’appliquer, en tournant autour de l’ennemi et en cherchant son point faible pour lui porter des coups.

4. Campagnes d’"encerclement et d’anéantissement" et les contre-campagnes, forme principale de la guerre populaire.

C’est une loi que la contre-révolution - pour écraser la révolution - déchaîne des campagnes d’"encerclement et d’anéantissement" contre chaque unité de l’Armée Populaire de Guérillas, ou contre les bases d’appui.

Les opérations de L’Armée Populaire de Guérilla prennent la forme de contre-campagnes et le Président Mao établit neuf mesures pour écraser une compagne d’encerclement et d’anéantissement : 1) La défense active ; 2) la préparation d’une contre-campagne ; 3) la retraite stratégique ; 4) la contre-offensive stratégique ; 5) le début de la contre-offensive ; 6) la concentration des forces ; 7) la guerre de mouvement ; 8) la guerre de décision rapide ; et 9) la guerre d’anéantissement.

Le Président Gonzalo, appliquant cette loi aux conditions de notre guerre populaire, nous a présenté les cinq parties de la campagne qui nous permettent de triompher des plans politiques et militaires de la réaction.

Chaque campagne a un objectif politique et un objectif militaire spécifiques ; ils se réalisent par surprise ; nous frappons ainsi quand nous voulons, où nous voulons et comme nous voulons.

Le Président Gonzalo a spécifié, également, les cinq mesures qui doivent suivre chacune des actions militaires, en servant toujours l’objectif politique et en combattant les critères de l’action pour l’action.

Il souligne l’importance de différencier l’essence de l’apparence des mouvements de l’ennemi ; il a aussi établi les quatre formes de lutte de la guerre populaire : 1) l’action de la guérilla sous ses deux formes : l’assaut et l’embuscade ; 2) le sabotage ; 3) l’élimination sélective ; et 4) propagande et agitation armées ; ainsi que les divers procédés.

5. Rôle stratégique de la guerre de guérilla.

C’est le président Mao qui éleva la guerre de guérillas au niveau de stratégie car, avant lui, on ne la considérait que comme un aspect tactique qui ne pouvait pas décider du dénouement de la guerre.

Mais, s’il est vrai que la guerre de guérillas ne décide pas de la guerre - car celle-ci requiert une guerre régulière - la guerre de guérillas réalise une série de tâches stratégiques qui conduisent au dénouement favorable de la guerre.

Nous concevons la guerre de guérillas sur une grande échelle, guerre de guérillas généralisée qui doit soutenir une guerre prolongée et acharnée ; de là que nous appliquons les six problèmes stratégiques de la guerre de guérilla :

1) Initiative, flexibilité et planification pour réaliser des opérations offensives dans la guerre défensive, batailles aux décisions rapides à l’intérieur de la guerre prolongé et opérations sur les lignes extérieures à l’intérieur de la guerre sur les lignes intérieures.

2) Coordination avec la guerre régulière.

3) Création de bases d’appui.

4) Défense stratégique et attaques stratégiques dans la guerre de guérillas.

5) Transformation de la guerre de guérillas en guerre de mouvement.

6) Relations de commandement.

La guérilla attaque les pylônes de télécom

6. Les dix principes militaires.

En décembre 1947, le Président Mao synthétisa magistralement, en dix principes militaires, la ligne stratégique juste et correcte suivie durant plus de vingt années de guerre populaire, comme on peut le lire dans la troisième partie de son travail : La situation actuelle et nos tâches. Nous appliquons ces principes et il est très important de les concrétiser tout en les approfondissant.

7. Brillant résumé de stratégie et tactique.

Le Président Mao a brillamment résumé la stratégie et la tactique de la guerre populaire avec la phrase suivante :

« Vous autres, vous combattez à votre manière et nous, à la nôtre. Nous combattons quand nous pouvons vaincre et nous nous en allons quand nous ne le pouvons pas".

"Autrement dit, vous vous appuyez sur l’armement moderne et nous sur les masses populaires dotées d’une conscience révolutionnaire élevée.

Vous mettez en jeu toute votre supériorité et nous, la nôtre. Vous avez vos propres méthodes de combat et nous les nôtres.

Quand vous voulez nous attaquer, nous ne vous le permettons pas et vous ne pouvez même pas nous trouver. Mais quand nous vous attaquons, nous mettons dans le mille nous vous assenons des coups qui portent et nous vous anéantissons.

Quand nous pouvons vous anéantir, nous le faisons, pleinement décidés ; quand nous ne le pouvons pas, nous ne nous laissons pas non plus anéantir par vous.
Ne pas combattre quand il y a des possibilités de vaincre, c’est de l’opportunisme.

S’obstiner à combattre quand il n’y a pas de possibilité de vaincre c’est le propre des aventuriers. Toute notre orientation stratégique et tactique est basée sur notre volonté de combattre.

Notre reconnaissance de la nécessité de nous en aller se base, avant tout, sur notre reconnaissance de la nécessité de combattre.

Quand nous nous en allons, nous le faisons toujours, dans le but de combatte et d’anéantir l’ennemi complètement et définitivement.

Ce n’est qu’en nous appuyant sur les larges masses populaires, que nous pouvons réaliser cette stratégie et cette tactique, et c’est en les appliquant que nous pouvons mettre pleinement en évidence la supériorité de la guerre populaire et acculer l’ennemi à la position passive de devoir supporter nos coups même s’il possède un équipement supérieur et quel que soient les moyens qu’il emploie ; nous conservons toujours l’initiative ». (Cité dans Vive le triomphe de la guerre populaire ! Septembre 1965.)

L’application de ce principe nous permet de démontrer l’invincibilité de la stratégie supérieure de la guerre populaire, car le prolétariat, en tant que classe ultime de l’histoire, a créé sa propre forme supérieure de guerre et aucune des autres classes, entre elles la bourgeoisie, malgré ses stratèges politiques et militaires les plus capables, ne peut en triompher.

Que la réaction continue à rêver de l’élaboration de "stratégies supérieures" à la guerre populaire, elles sont condamnées à l’échec car elles vont à l’encontre du courant de l’histoire. Depuis près de huit ans, notre guerre populaire flambe victorieusement démontrant l’invincibilité de la guerre populaire.

Nous les militants du Parti Communiste du Pérou, assumons totalement la ligne militaire du Parti établie par le Président Gonzalo qui, en se basant sur la plus haute création du prolétariat international, le marxisme-léninisme-maoïsme, a spécifié avec la pensée Gonzalo, notre ligne militaire, nous dotant d’une arme invincible : la guerre populaire unitaire, la campagne le principal la ville le complément, forme principale de la lutte que nous menons, torche qui flambe dans le monde, proclamant la validité universelle du toujours vivant marxisme-léninisme-maoïsme.

Vive la ligne militaire du parti !

La guerre populaire est invincible !

Interview du Président Gonzalo sur la GPP − (Troisième partie de l’interview au « Diario », juillet 1988)

Cliquez pour lire la troisième partie de l’interview du Président Gonzalo


[1Cette différence est fondamentale, elle invalide la thèse du (n)PCI pour qui la Révolution d’Octobre a été une forme particulière de GPP. Nous reviendrons sur cette question.

[2Lin Piao Vive la victorieuse guerre du peuple ! — Pour le 20e anniversaire de la fin victorieuse de la Guerre de résistance du peuple chinois contre le Japon. Editions en langues étrangères Pékin 1967, page 50.

[3Lin Piao Vive la victorieuse guerre du peuple ! — Pour le 20e anniversaire de la fin victorieuse de la Guerre de résistance du peuple chinois contre le Japon. Editions en langues étrangères Pékin 1967, page 51.

[4Prisonniers de la Fraction Armée Rouge, interview au Spiegel, 20 janvier 1975.

[5Interview donnée par Barbara Kistler à la revue Yeni Demokrasi entre sa première arrestation en Turquie (de mai à novembre 1991) et sa mort au combat dans les rangs de la guérilla du TIKKO (février 1993)

[6Président Gonzalo : interview a El Diario

[7En réalité, pour Ibrahim Kaypakkaya, le mouvement kemaliste est même historiquement inférieur au kuo min tang en ce que la bourgeoisie moyenne nationale n’y joue aucun rôle : « ’est-à-dire que les chefs de la révolution [kemaliste] sont les classes de la grande bourgeoisie compradore turque et les propriétaires terriens. La bourgeoisie moyenne avec un caractère national n’a pas participé à la révolution en tant que force guide. » A propos du kemalisme.

[8Nous reviendrons sur la question des conditions politiques dans notre prochaine contribution

[9Œuvres choisies de Mao Zedong, en 5 volumes, Pékin, Édition en langue étrangère, 1967-68, tome I page 22

[10CR PCE : 6 juin, le maoïsme libérera l’Equateur.

[11Chaque fois, c’est nous qui soulignons.

[12Président Gonzalo, interview au Diario

[13Dans son exposé, parfois Mao se réjouit de tel avantage, parfois déplore tel inconvénient. Pour la facilité de l’exposé, nous rassemblons tout sous une forme positive. Ainsi quand à la page 93 Mao déplore l’inconvénient de région peu peuplées aux récoltes insuffisantes, nous parlerons de l’avantage de région peuplées aux récoltes suffisantes.

[14Proposée en décembre 2009, par Lucienne Bui Trong, cette échelle a été plusieurs fois reprise depuis.

[15Les pylônes porteurs de relais téléphoniques sont une cible constante d’attaques de la guérilla maoïste en Inde.

[16Autrement dit : Iniciar la Lucha Armada (déclencher la lutte armée). Toutes les notes qui suivent sont les nôtres.

[17Apparemment paradoxal, ce mot d’ordre est concret : ainsi à Lima, le 13 juin 1980, un groupe d’environ 60 jeunes attaque au cocktail Molotov la mairie de San Martin de Porres.

[18Nous n’avons pu retrouver la citation originale avant la deathline de la parution de la revue. Nous en donnerons les références dans le prochain n° de Clarté rouge.

[19Mao Zedong : Intervention à la Conférence nationale du Parti communiste chinois sur le Travail de Propagande (12 mars 1957). Œuvres choisies en 6 volumes, Pékin 1967-68, tome V, page 466.

[20José Carlos Mariátegui (1894-1930) : théoricien et militant marxiste péruvien. Fondateur en 1928 du Parti Socialiste (futur parti Communiste) et de la Confédération Générale des Travailleurs du Pérou.

[21Mao Zedong : Du gouvernement de coalitions (24 avril 1945). Œuvres choisies en 6 volumes, Pékin 1967-68, tome III, page 217.

[22Acción Popular, (Action Populaire), parti du président Belaùnde.

[23Guardia Civil (G.C.), Guardia Republicana (G.R.) Policía de Investigaciones del Perú (PIP). Ces différents corps de police péruviens ont fusionné en 1988 pour former la Police Nationale Péruvienne..

[24Fernando Belaùnde Terry (1912-2002, fondateur du parti Acción Popular président du Pérou de 1963 à 1968 et de 1980 à 1985.

[25Le bataillon "Sinchi" (du nom d’un guerrier de l’antiquité péruvienne) des forces spéciales de la police était en première ligne de la contre-guérilla jusqu’à ce que cette lutte soit confiée à l’armée, en décembre 1982. Formé par des instructeurs US, ce bataillon a été réputé pour ses exactions et ses atrocités.

[26Dirección Contra el Terrorismo, service "anti-terroriste" de la police péruvienne.

[27Jorge Del Prado Chàvez (1913-1999), secrétaire général du Parti Communiste du Pérou révisionniste pro-soviétique.

[28PCP-Patria Roja est un issu en 1970 d’une scission d’avec le PCP-Bandera Roja (lui-même scission pro-chinoise de 1964 du PCP pro-soviétique)

[29Mao Zedong, Etre attaqué par l’ennemi est une bonne et non une mauvaise chose : pour le 3e anniversaire de l’Ecole militaire et politique antijaponaise du peuple chinois (26 mai 1939).

[30Le MIR (Mouvement de la gauche révolutionnaire) est né en 1962 et avait, suite au coup d’état de 1963, initié une lutte armée en créant cinq "foyers " de guérilla en 1965. Ces guérillas furent écrasées en six mois. Ses principaux dirigeants ont été abattus.

[31Mao Zedong : Problèmes de la guerre et de la stratégie (6 novembre 1938). Œuvres choisies en 5 volumes, Pékin 1967-68, tome II, page 235.

[32Idem, page 237.

[33Chávez Jorge Del Prado (1910-1999) : ancien dirigeant du PCP, révisionniste pro-soviétique.

[34Tenue à Lima les 18 et 19 janvier 1964, cette Conférence historique du PCP se solda par la dénonciation du révisionnisme khrouchtchévien. Deux organisations se revendiquent du PCP de Mariátegui que l’on désigne par le nom de leur journal : le PCP-Bandera Roja (marxiste-léniniste, majoritaire) et le PCP-Unidad (révisionniste pro-soviétique).

[35Le M.R.D.P. est une organisation de masse, de front réunissant ouvriers, paysans, petits bourgeois, habitants des bidonvilles dans la résistance révolutionnaire. Le M.R.D.P. a joué un rôle central dans l’organisation des grèves armées.

[36La bataille de Yahuar Pampa a eu lieu en 1438.

[37De 1536 à 1545, Manco Inca ne fut jamais vaincu par les conquistadores, il fut assassiné par traîtrise.

[38Juan Santos Atahualpa, "El Levantado", (c. 1710 - c. 1756) fut le dirigeant quechua d’une importante rébellion quechua.

[39Túpac Amaru (?-1572) fut le dernier inca quechua de la dynastie de Manco Inca. Les Espagnols le capturèrent et le tuèrent, lui, ses partisans, son épouse, ses enfants et sa postérité jusqu’au quatrième degré…

[40Le 28 juillet 1821, le général argentin San Martin, à la tête d’une armée libératrice venue du Chili, proclame à Lima l’indépendance du Pérou. Vaincue par Simon Bolivar, l’armée royaliste capitulera définitivement en 1824. La capitulation royaliste entraîna la chute définitive de la vice-royauté du Pérou.

[41Une des sept provinces de la région d’Ayacucho.

[42Une des neuf provinces de la région de Lima.

[43En 1885, Pedro Pablo Atusparia dirigea l’insurrection de Huaraz, et Pedro Cochachin, (surnommé Uchcu Pedro) celle de Carhuaz.

[44Il s’agit de la "guerre du Pacifique" (aussi appelée "Guerre du salpêtre" qui opposa le Chili au Pérou et à la Bolivie entre 1879 et 1884. Le Pérou y perdit la région de Tarapacá.

[45Andrés Avelino Cáceres Dorregaray (1833- 1923), général, figure de proue de la résistance péruvienne à l’occupation chilienne durant la guerre du Pacifique, puis président du Pérou de 1886 à 1890 puis de 1894 à 1895.

[46Eudocio Ravines, dirigeant du PCP (il fit accepter les conditions du Komintern qui transformèrent le PSP en PCP) avant d’en être expulsé et de devenir un célèbre publiciste anti-communiste émargeant directement à la CIA.

[47Earl Russell Browder (1891-1973), qui dirigeait le PC des USA, eut une influence sur la direction du PCP en 1944-46. Suite à la dissolution du Komintern en 1944, Browder fit abandonner le principe de la lutte des classes, adopter le principe de la coexistence pacifique et transformer le PCUSA en une "association".

[48Le coup d’état de Manuel Arturo Odría Amoretti eu lieu en 1948. Odria resta au pouvoir jusqu’en 1956.

[49Créé par la direction révisionniste pour contourner l’interdiction faite au PCP de participer à des élections, le Frente de Liberación Nacional subira un échec électoral cuisant en 1962.

[50Le MIR allait lancer la guérilla en 1965. Plusieurs de ses combattants avaient reçu une formation militaire à Cuba.

[51Les guérillas du MIR et de l’ELN (Armée de libération Nationale) seront actives jusqu’à 1966.

[52Saturnino Paredes (1920-1996). Dirigeant historique du PCP. Puis, après la scission de 1964, du PCP-bandera roja. Suite aux luttes de lignes dans le PCP-BR, Paredes se retrouvera dans le PCPML pro-albanais, avant de devenir la figure de proue du Frente Democráctico Popular en 1978.

[53Juan Velasco Alvarado (1910- 1977) dirigea la Junte militaire qui renverse le président Belaúnde en octobre 1968. Fasciste et corporatiste, il lance une réforme agraire et nationalise les secteurs clé de l’économie. Les pêcheries, les mines, les télécommunications, l’énergie, le pétrole. Il sera renversé par un autre coup d’Etat militaire, en août 1975.

[54La Confédération paysanne du Pérou était liée au gouvernement militaire.

[55Le 17 mai 1980, la veille des élections, des combattants du PCP brûlent des urnes dans le village de Chuschi, dans la province d’Ayacucho. Cette action est la première de la GPP.

[56Cf. note 17

[57Le gamonalisme est le système de toute-puissance séculaire des propriétaires terriens blancs ou métis sur les paysans indigènes.

[58Alan García Pérez, dirigeant du parti APRA (social-démocrate), président du Pérou de 1985 à 1990 puis de nouveau de 2006 à 2011.

[59Avec le massacre de plus de 250 prisonniers du PCP dans les prisons d’El Fronton, de Lurigancho et de Callao.

[60Alfonso Barrantes Lingán a été maire de Lima de 1984 à 86 et candidat à la présidence aux élections de 1985 pour la Gauche Unie (Izquierda Unida).

[61Le Movimiento Revolucionario Tupac Amaru (MRTA) est né de la fusion en 1982 du MIR-El Militante (MIR EM), une des organisations héritières du MIR, révolutionnaire, et du Partido Socialista Revolucionario Marxista-Leninista. Le MRTA pratiqua la lutte armée de 1984 à 1997.

[62Les Comandos Revolucionarios del Pueblo étaient la branche armée du MIR-Voz Rebelde (MIR-VR) un autre des héritiers direct du MIR

[63Coalition électorale unissant les social-démocrates de gauche, les trotskistes et les révisionnistes de l’Unidad Democrático Popular, l’Unión de Izquierda Revolucionaria, le Partido Comunista Peruano, le Partido Socialista Revolucionario, le Partido Comunista Revolucionario et le Frente Obrero Campesino Estudiantil y Popular

[64Nous n’avons pu retrouver la citation originale avant la deathline de la parution de la revue. Nous en donnerons les références dans le prochain n° de Clarté rouge.

[65Il s’agit essentiellement de l’Action de libération nationale (Ação Libertadora Nacional, ALN) issue du PCB, mais aussi d’autres organisations comme Comando de Libertação Nacional Commandement de Libération Nationale), le Mouvement Communiste Révolutionnaire (Movimento Comunista Revolucionar), le Mouvement pour l’émancipation du prolétariat (Movimento pela Emancipação do Proletariado) le Mouvement de Libération Nationale (Mouvement de Libertação National), le Mouvement Révolutionnaire 8 octobre (Movimento Revolucionário 8 de Outubro), le Parti Communiste Brésilien Révolutionnaire (Partido Communista Brasileiro Revolutionar), le Parti ouvrier communiste (Partido Operário Comunista), l’Avant-garde populaire révolutionnaire (Vanguarda Popular Revolucionária) ou l’Avant-garde armée révolutionnaire Palmares (Vanguarda Armada Revolucionária Palmares).

[66Mao Zedong : Du gouvernement de coalition (24 avril 1945). Œuvres choisies en 6 volumes, Pékin 1967-68, tome III, page 261.