Centre MLM de belgique

Bulletin Marxiste-Léniniste n°5 : Annexe 1

ANNEXE I

TEXTE DU COMITÉ DES TROIS (3 septembre 1972)

Camarades du NDN,

La critique qui suit n’est pas une petite remarque. Elle aura répercussion profonde et salutaire dans toute l’organisation ; conscient de sa nécessité, le NDN l’étendra au cadre de la lutte idéologique dans l’UC (ML) B.

Ce qui nous garantit la justesse de la critique, c’est qu’elle est un produit des aspirations et des revendications de l’ensemble des militants de l’organisation, confrontés à la pratique de masse, et donc une aspiration (non-consciente) de la classe ouvrière et des masses.

Pour construire cette critique, nous avons appliqué le centralisme démocratique, qui est un des aspects dominants de la critique même, Nous avons traduit et transformé les revendications et critiques des militants à la lumière de la théorie marxiste-léniniste, pleinement conscients de la responsabilité dont le NDN nous a chargés. Il ne fait pas de doute que le NDN comprendra le principal et le secondaire dans cette critique.

Introduction

Les conceptions du NDN ne s’appuient pas sur la contradiction principale dans l’UC(ML)B à l’heure actuelle : la contradiction principale est, selon le NDN, la mauvaise idéologie de la base qui l’empêche de pratiquer la ligne politique du centralisme fort.

Nous nions cette contradiction principale et expliquons notre conception : la ligne politique de l’UC(ML)B n’est pas liée au travail pratique dans la classe et vers les masses et il est exclu que le centralisme démocratique ait pu fonctionner, surtout dans sa forme actuelle de centralisme fort.

Le NDN a pris en mains toutes les tâches théoriques de construction de la ligne. Il est l’architecte de la conscience de l’organisation sur chaque partie de la ligne politique. Le NDN a rejeté la structure communiste de l’organisation, en n’édifiant pas la conscience des militants sur le centralisme démocratique par une pratique correcte, le NDN s’est ôté la possibilité de diriger correctement la pratique de l’organisation.

Non conscient de cette erreur, le NDN, poussé à répondre aux exigences de la pratique qui est pour le moins mauvaise, doit faire une critique de cette pratique... et tombe à cent lieues du but envisagé. Le NDN déploie subjectivisme et opportunisme dans cette question, en diluant dans toute l’organisation la responsabilité centrale de l’inorganisation de fait. Le NDN rabaisse ses tâches de centralisation et de démocratie en déclinant sa responsabilité de l’anarchie actuelle. Il nie objectivement la prépondérance de la CONSCIENCE dans l’organisation pratique de la ligne, tout en défendant la prépondérance de la conscience dans la création de la ligne politique dans l’étape actuelle, ce qui est juste.

Pour couvrir cette hurlante métaphysique, le NDN tombe dans le sophisme : « Notre conception du monde, telle qu’elle apparaît dans les structures et le fonctionnement de l’organisation et de notre style de travail, est encore pour une large part marquée par les idées et les pratiques petites-bourgeoises. »

Comment le NDN explique que des aspects fondamentaux importants de la construction organisationnelle de l’UC(ML)B ont été très gravement négligés ?

Qui est responsable des erreurs ? Pourquoi ont-elles été commises ? Serait-ce parce que le NDN a insisté à juste titre sur les positions politiques ? Ou encore parce que des « circonstances passagères, et trompeuses, auraient été un prétexte au relâchement idéologique et organisationnel » ?

Pourquoi le NDN, qui, dans la question des vacances, s’attribue les responsabilités, rejete-t-il sur la base les principales responsabilités des erreurs ? Pourquoi le NDN s’attribue-t-il tous les mérites des progrès de l’UC(ML)B et rejette-t-il tout le négatif sur la base et les cadres ? « Le bilan de la rectification ... est positif. Cependant... »

Pourquoi le NDN se dilue-t-il dans toute l’organisation quand il « s’attribue » la responsabilité d’une erreur ?

« Le NDN, conscient de son retard (...) et constatant, avec un grand nombre de militants... »

« Cependant l’’UC(ML)B a dû pousser ce centralisme trop loin. »

« Mépris des règles de sécurité. Non préparation de la clandestinité. » « Notre pratique d’organisation a jusqu’à présent été rudimentaire. « Des erreurs graves ont été commises. »

Elles ont nécessairement comme point de départ des conceptions fausses, Est-ce un point de vue marxiste ou un point de vue bourgeois que de rejeter sur la base la responsabilité des erreurs ? Nous demandons au NDN de réfléchir sérieusement au point de vue qu’il a adopté pour juger des responsabilités.

Quelle lutte y a-t-il eu sur les tâches importantes dans la construction organisationnelle de l’UC(ML)B ?

« Le NDN, conscient de son retard dans l’accomplissement de ses tâches internes d’organisation, et constatant, avec un grand nombre de militants, les résultats négatifs de ce retard... »

Non, camarades, vous ne pouvez pas réduire la lutte entre les deux lignes sur les questions d’organisation et d’application de la ligne, à une « constatation, avec un grand nombre de militants, des résultats négatifs de ce retard ».

Il y a eu, dans l’UC(ML)B, plusieurs luttes et tentatives de lutte sur ces questions, en particulier la critique scissionniste des cadres, le texte « centralisme démocratique » d’une unité, les critiques et questions sur la nature et les structures de l’organisation et sur le travail pratique (faites par un cadre). Sans compter les initiatives de la base dont nous commençons à comprendre la cause profonde. Les erreurs, souvent graves, dont étaient entachées certaines critiques, ne sont pas une justification : les marxistes-léninistes, et surtout la direction, doivent savoir dégager une idée juste qui a pour base un problème vrai (c’est-à-dire révolutionnaire), même si elle est noyée dans un flot d’idées fausses. Nous ne pouvons pas accepter que le NDN « tire son épingle du jeu », et nie la lutte de classes, en se mêlant au « grand nombre de militants », qui « constate » les retards en matière d’organisation. La classe ouvrière et les militants ont été opprimés par les retards de l’UC(ML)B en matière d’organisation, de l’absence de directives pour le travail pratique ; ils ne se sont pas bornés à « constater » ce fait, ils l’ont critiqué, et le NDN n’a pas systématisé ces critiques, dégagé les aspects juste set remédié au retard en matière d’organisation.

La pratique « erronée » de la base et la « justification théorique » de la direction.

« La situation actuelle de l’organisation est caractérisée par l’ultra-démocratisme dans les structures et le fonctionnement et l’ultra-centralisme dans la construction de la ligne »

De quelle question le NDN est-il parti ? De quelle réalité objective examinée en fonction des tâches de l’UC(ML)B ? S’en tient-il à la contradiction principale dans l’UC(ML)B ? Non, à aucun moment, le NDN ne tient fermement en mains la contradiction principale juste, elle lui échappe. La première partie du texte, consacrée aux insuffisances graves (« Cependant., en insistant, à juste titre... »), est une diversion des bases réelles de la rectification dans la construction organisationnelle et idéologique de l’UC(ML)B. Le NDN traite de tout, et noie le problème principal, la responsabilité de la direction dans les erreurs, par des déclarations ronflantes (« cette tâche immense exige de nous..., nous formerons avec les ouvriers avancés le noyau communiste ») et des menaces vis-à-vis de la base (« nous ne devons pas permettre... ce serait de l’opportunisme... »).

Ces déclarations sont par elles-mêmes justes dans l’absolu, mais produisent l’effet contraire de celui visé : au lieu d’élever la perspective historique et l’idéologie des militants, elles masquent les véritables problèmes importants de l’heure et jettent la fusion.

Le fond du problème, nous le rappelons, c’est que le NDN n’a pas pris conscience de ses erreurs et qu’il ne les caractérise correctement et complètement.

Le NDN saisit certains aspects de la situation, mais ne les voit pas dans leur ensemble, il ne tient pas fermement la contradiction principale. Ainsi, le NDN affirme très justement que « ce n’est pas tout d’avoir des positions correctes, il importe surtout de les mettre en pratique », mais tout montre qu’il ne comprend pas cette affirmation et qu’il ne sait pas l’appliquer.

- Dans la pratique, le NDN s’est surtout attaché à construire la ligne de l’UC(ML)B et a négligé de l’appliquer dans deux secteurs essentiels qui sont la structuration interne de l’UC(ML)B (centralisme démocratique) et la pratique dans la classe ouvrière, ce qui a conduit l’UC(ML)B à des défaillances graves.

- Dans la théorie, les conceptions théoriques fausses du NDN apparaissent dans deux textes :

1. « Base de la critique du texte « Rapport d’établissement du GU »

Le GU est, selon le NDN, un « organisme intermédiaire aux attributions floues et aux responsabilités mal définies ». Cela veut dire que le GU fonctionnait sans directives ni contrôle. Dans une telle situation, où il n’y a aucun centralisme, il ne peut y avoir de démocratie. C’est-à-dire que, ou bien il n’y a pas d’initiatives (ce dont se plaint le NDN), ou bien ces initiatives sont « révélatrices de l’idéologie des camarades » et doivent être « sérieusement réfutées » (texte GU).

Autrement dit, le GU est condamné à marcher à l’aveuglette et il n’a devant lui que deux possibilités : soit il avance et alors nécessairement il s’écrase sur des obstacles que l’absence de directives justes ne lui permet pas d’éviter et que ses faiblesses propres ne lui signalent pas (« idéologie révisionniste »), soit il reste sur place et piétine (« attentisme » et « passivité »).

Le NDN a une connaissance des effets de l’absence de centralisme démocratique dans l’UC(ML)B : « Le centralisme démocratique est réduit à une apparence fantomatique de lui-même » et « il existe une coupure entre le NDN et l’organisation ». De même, le NDN « constate » un certain nombre de manquements graves et d’erreurs politiques (vacances, GU, autocritique-bidon de G) et décide de faire front en organisant la campagne de bolchévisation, mais il est tout à fait dépourvu de moyens pour centraliser la riposte aux erreurs.

Cette absence de moyens du NDN pour corriger les erreurs est exprimée dans le texte et correspond sur ce point à la réalité.

2. « Base pour la campagne de bolchévisation »

« Il est correct que dans la première étape de la construction du Parti, l’accent soit mis sur le centralisme. (...) Ces deux facteurs réclament une stricte centralisation de toute l’activité et du fonctionnement de l’organisation. »

Cela est parfaitement juste et nous devons nous tenir fermement à cette position de principe. Nous tenons immédiatement à déclarer que nous soutenons résolument cet aspect de la ligne qui réclame le centralisme strict à l’étape actuelle.

Pour nous la question est : le NDN s’en est-il tenu en pratique à cette exigence ? Le centralisme qu’il a appliqué est-il réellement un strict centralisme, ou au contraire, a-t-il seulement affirmé la nécessité du centralisme strict et mis en pratique son contraire, le centralisme bureaucratique ?

Le NDN nous donne lui-même involontairement la réponse : « le NDN n’est pas en mesure de centraliser toute l’information » et « il existe une coupure entre le NDN et l’ensemble de l’organisation ». Le centralisme strict nécessaire à cette étape n’a jamais été pratiqué par l’organisation ; il s’ensuit que le NDN n’a pas pu centraliser les informations relatives à la mise en pratique de la ligne et en particulier du centralisme strict lui-même. Nous le répétons, le NDN a une connaissance des effets de l’absence de centralisme démocratique.

Nous allons examiner comment il « théorise » cette erreur grave.

Dans l’attribution des responsabilités de cette erreur, il y a deux voies : la voie spontanée, bourgeoise qui consiste à charger les fautes sur le dos des militants, dont l’idéologie est « bourgeoise » et qui ne savent pas mettre en pratique la juste ligne politique, et la voie marxiste, qui exige qu’on fasse des efforts, qu’on analyse les erreurs sans subjectivisme, avec une rigueur totale. Quelle est la voie empruntée par le NDN ?

Pour le NDN, les structures et le fonctionnement de l’UC(ML)B reposent sur deux déviations : l’ultra-démocratisme et l’ultra-centralisme. Elles sont toutes deux le fait de la base.

- l’ultra-centralisme

Les « manquements » dans le domaine du centralisme sont le fait de la base (« Cependant, l’UC(ML)B a dû pousser ce centralisme trop loin ») ; le NDN s’attribue le centralisme (« Il est correct que... »), tout en reconnaissant qu’il est coupé de la base. De plus, les militants et les cadres ont une confiance tout court, c’est-à-dire une confiance aveugle (« suivisme ») dans la direction et une attitude passive dans la construction de la ligne.

L’ultra-centralisme est donc une déviation étrangère à la direction. Pour nous, l’ultra-centralisme est une appellation trafiquée et il faut avoir l’honnêteté révolutionnaire de l’identifier avec le centralisme bureaucratique.

- l’ultra-démocratisme

L’idéologie dominante de la base est une idéologie pourrie, déclare le NDN, montant dans le train du subjectivisme qui se dirige vers la responsabilité totale de toute la base. Toutes les stations du voyage de l’ultra-démocratisme où s’arrête l’omnibus sont pures fictions, sophisme et montage de cause à effet : 3 pages d’inventaire des déviations bourgeoises et petites-bourgeoises qui corrompent la base : la carence de la lutte idéologique laisse subsister l’opportunisme, l’idéologie ultra-démocrate et libérale se maintient dans l’égoïsme, l’indiscipline, l’individualisme, la paresse, etc.

Le lien entre toutes les stations (pratique de masse empiriste, faiblesse de la lutte idéologique, idéologie ultra-démocratique et libérale, mentalité petite-bourgeoise) est qualifié de « nécessaire » et « inévitable », mais ce lien n’est pas éclairci. Bien au contraire, au fur et à mesure que progresse l’inventaire, les responsabilités de la base sont plus lourdes et l’origine des erreurs est de plus en plus perdue dans le brouillard de la mentalité petite-bourgeoise des militants.

A propos de l’idéologie de la base, le comité des trois rejette en bloc l’appréciation qui est portée par le NDN sur les camarades de l’organisation. Le NDN « parle » de l’attitude erronée de trois camarades au maximum et il se sert de leurs erreurs pour dépeindre l’organisation sous un jour des plus sombres. Le président Mao nous enseigne qu’il faut surtout dépeindre les aspects lumineux du prolétariat et secondairement les insuffisances dans le travail, des types négatifs, et qu’il faut le faire uniquement dans le but de faire ressortir la lumière dans l’ensemble du tableau (t.3, p.91).

Le NDN fait exactement le contraire : il tire à boulets rouges sur l’organisation, la chargeant de fautes exceptionnelles, mais qui sont présentées comme étant la règle et qui sont de la même nature que celles commises par les dirigeants d’autres organisations (« Il y a des organisations qui...de même, il y a des militants qui... ») !

Où conduit le mot d’ordre proposé par le NDN pour la campagne :

« FEU SUR L’IDEOLOGIE PETITE-BOURGEOISE » ? Ce mot d’ordre conduit à une impasse, au mépris de la base, au mépris de la politique.

Nous ne pouvons exclure l’idéologie du processus pratique-théorie-pratique, La coupure entre NDN et base n’a pas permis le contrôle du processus. Dès lors, le NDN n’a pu estimer la valeur ni la qualité idéologique de l’ensemble des cadres et encore moins de la base ; il a dû se rabattre sur des domaines où réellement l’idéologie petite-bourgeoise était dominante (vacances, G) mais qui étaient détachés de l’application et du contrôle de la ligne politique (exemple d’idéologie coupée des tâches politiques : G : on découvre ses graves erreurs politiques à travers sa position réactionnaire vis-à-vis des femmes !).

Dans l’analyse des erreurs, le NDN a pris la voie bourgeoise et a construit une « théorie » qui fait porter tout le poids des erreurs sur la base... Cela a conduit le NDN à des positions défaitistes et extrêmement méprisantes, qui ne correspondent pas à la réalité. Nous sommes persuadés que ces positions ne correspondent absolument pas à l’idéologie des camarades du NDN ; au contraire, nous pensons qu’une erreur théorique grave les a conduit − parce qu’elle n’a pas été corrigée − à formuler de telles positions.

Il est donc de la plus haute importance que le NDN prenne conscience de son erreur et critique résolument son opportunisme et son subjectivisme en matière d’organisation. Ainsi, la campagne pourra démarrer sur ses bases véritables et une mauvaise chose deviendra une bonne chose.

dimanche 3 septembre 1972


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