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Boleslaw Bierut : la lutte pour la paix est inséparable de la lutte pour la réalisation du plan de six ans − 1951

Boleslaw Bierut-6En Pologne, la lutte pour la paix est inséparable de la lutte pour la réalisation du plan de six ans

Discours de clôture prononcé à à la VIe Session Plénière du C.C. du Parti Ouvrier Unifié, 1951

Pourquoi posons nous dans la situation internationale actuelle la question du Front National au premier plan de la lutte pour la paix et pour le Plan de six ans ? Nous le faisons pour les raisons suivantes :

Premièrement : la situation internationale actuelle — alors que l’impérialisme mobilise toutes ses forces pour une nouvelle agression nous impose de nouvelles tâches importantes et exige la plus grande concentration de tous nos efforts et la mobilisation de toutes nos réserves.

Deuxièmement : l’agression impérialiste menace les conquêtes et les acquisitions des masses laborieuses, l’existence même de la nation polonaise et son indépendance.

Troisièmement : la situation nous fait un devoir de renforcer notre Parti politiquement, afin d’augmenter considérablement son activité et ses capacités de mobilisation.

Quatrièmement : trempée par les luttes des dernières dizaines d’années, notre classe ouvrière par l’exercice de la dictature du prolétariat, transforme la physionomie de la nation et peut l’entraîner à sa suite dans la lutte pour la paix et pour le Plan de six ans.

Voilà pourquoi notre Parti représentant les aspirations historiques et la lutte de la classe ouvrière, et qui est devenu aujourd’hui la force principale de la nation, fait appel à la nation tout entière, lui demandant d’intensifier la lutte pour la paix et le Plan de six ans et d’élever le niveau de cette lutte.

On pourrait demander pourquoi nous ne limitons pas le mot d’ordre de Front National uniquement à la lutte pour la paix.

Pourquoi l’appel au Front National s’unit pour nous non seulement à la lutte pour la paix, mais aussi à la réalisation du Plan de six ans ?

La lutte pour la paix est, en effet, une lutte pour la défense de l’indépendance de la Pologne, car l’impérialisme américain fait marcher de pair ses projets d’agression en Europe avec la reconstitution de l’armée hitlérienne et, par des plans d’une nouvelle attaque dirigée contre la Pologne, s’efforce d’encourager les Allemands de l’Ouest à participer à une guerre.

Dans ces conditions, le Front National de lutte pour la défense de la paix et de l’indépendance est nécessaire et justifié.

Mais pourquoi lier le mot d’ordre de Front National avec celui de la réalisation du Plan de six ans, base de notre édification du socialisme ?

En effet, n’y a-t-il pas chez nous des gens, et même toute une classe — les koulaks, qui ne veulent pas du socialisme ? Des hésitations de ce genre ne seraient pas justes.

On ne peut séparer la lutte pour la paix de la lutte pour la réalisation du Plan de six ans,dans nos conditions, la lutte pour la paix, séparée et isolée du Plan de six ans, serait abstraite et vide de sens ou bien se réduirait tout au plus à des déclarations de propagande et au verbalisme.

Il est évident que dans nos conditions, une action se limitant uniquement à des déclarations, à des paroles, serait sans fondement, et ce fait me semble-t-il n’a même pas besoin d’être démontré.

Nous pouvons et nous devons associer le plus étroitement possible le mot d’ordre de Front National avec la lutte pour la paix — comprise d’une manière réaliste et non comme une déclaration verbale.

Nous devons l’associer avec la lutte pour la paix et l’indépendance nationale dont notre Plan de six ans est la garantie la plus sûre.

Le mot d’ordre de Front National, dans son sens le plus général, c’est à dire, dans le sens de la lutte de la nation pour la paix et le Plan de six ans, nous pouvons et nous devons le mettre en avant pour les raisons suivantes :

1. les changements sociaux qui ont déjà été accomplis et qui s’accomplissent actuellement sous l’égide de la classe ouvrière, le rôle, l’importance et l’autorité de la classe ouvrière dans l’Etat et dans la nation ont fait d’elle non seulement la force principale, mais aussi une force reconnue par l’énorme majorité de la nation, une force qui décide du sort de la nation et qui est responsable du sort de cette nation ;

2. notre nation, édifiant le socialisme, c’est-à-dire réalisant les tâches historiques de la classe ouvrière, a changé — grâce à ces transformations historiques profondes — son contenu social est en train de devenir une nation socialiste.

Au cours de la discussion, des camarades ont formulé des craintes que le fait de mettre en avant le mot d’ordre de Front National ne provoque dans certains des rouages les plus faibles de notre Parti des déformations opportunistes lors de l’application pratique et de la réalisation de ce mot d’ordre, surtout dans les campagnes où par exemple l’action pour l’achat du blé a permis de constater par endroits une attitude conciliante vis-à-vis des koulaks.

Evidemment, le danger d’une déformation opportuniste des mots d’ordre et des directives du Parti existe et ceci non seulement dans les organisations rurales.

Mais il n’en résulte nullement que nous ne dussions mettre en avant des mots d’ordre justes, ni entreprendre des tâches importantes – bien que difficiles – ni élever le niveau de notre travail politique.

Ceci nous impose une lutte encore plus énergique et plus approfondie contre les déviations opportunistes et sectaires.

En luttant pour la paix, nous devons combattre plus fermement encore tous les symptômes de ces déviations, toutes les tentatives de simplifier la ligne de notre Parti ou de la faire dévier.

Il faut intensifier nos efforts pour faire comprendre à tous les militants de notre Parti que le mot d’ordre de Front National n’est en aucun cas synonyme « d’entente nationale » et ne signifie ni abandon, ni même atténuation de la lutte de classes.

Le mot d’ordre de Front National signifie que le niveau de la lutte de classes sera plus élevé, qu’elle sera menée dans des conditions plus favorables pour nous ; il marque aussi le changement des méthodes de lutte politique appliquées jusqu’à présent, mais non des objectifs et des tâches fondamentales de cette lutte, qui doit permettre de réaliser la mission historique de la classe ouvrière, c’est-à-dire la victoire du socialisme.

Staline et Boleslaw Bierut

Pour cette raison, il me semble, qu’il faut éviter des formules telles que « mot d’ordre stratégique », le changement stratégique signifiant, en effet, le changement des objectifs et des buts de la lutte. Au cours de la discussion des camarades ont critiqué à juste titre l’attitude sectaire de certains militants de notre Parti et des jeunesses, qui omettent fort souvent le mot « nation », habitués qu’ils sont à utiliser seulement le mot « prolétariat ».

Ils évitent le mot « patrie », alors qu’ils sont au service de cette patrie. Il faut faire prendre l’air à ces sectaires et aérer les têtes dans lesquelles se développent les microbes du sectarisme.

Il faut démontrer qu’ils sont restés en arrière, qu’ils ne parviennent pas à suivre les changements profonds qui s’accomplissent au sein de notre nation, et que ces soi-disant révolutionnaires, par suite de leurs dispositions psychiques, vivent encore à l’époque du capitalisme et de la bourgeoisie, et sont incapables de se rendre compte que cette époque est bien révolue.

C’est justement au cours d’une polémique avec de semblables « révolutionnaires », que le camarade Staline a écrit :

« Est-ce est difficile de comprendre qu’à la disparition du capitalisme les nations bourgeoises qu’il a engendrées devront disparaître ?

Penseriez-vous que les vieilles nations, les nations bourgeoises, pourraient subsister et se développer en régime soviétique, sous la dictature du prolétariat ? Il ne manquerait plus que cela encore... »

Et plus loin :

« Votre erreur réside justement en ce que vous ne voyez pas d’autres nations que les nations bourgeoises, et que, par suite, vous perdez entièrement de vue la période de création en Union soviétique de nations socialistes, nées sur les ruines des vieilles nations, des nations bourgeoises. »

Il faut toutefois éviter d’amoindrir le mot d’ordre du Front National, de le réduire aux seules formes extérieures, c’est-à-dire à l’emploi des mots : « nation », « patrie », « tradition nationale ». etc., sans associer ce mot d’ordre aux tâches concrètes et aux acquisitions ce des masses laborieuses.

Notre travail d’aujourd’hui, nos réalisations, ainsi que les tâches politiques, économiques et culturelles qui nous attendent élèvent le niveau des masses populaires et en même temps celui de toute la nation.

Faut-il souligner combien s’est développée notre classe ouvrière pendant les six dernières années, combien se sont élevées au-dessus de leur ancien niveau de vie nos masses paysannes, quels horizons nouveaux se sont ouverts à l’initiative créatrice de notre intelligentsia, de notre jeunesse, de nos femmes !

Ce sont eux qui représentent cette nation polonaise régénérée, en train de se transformer en nation socialiste, et non la poignée de koulaks, de spéculateurs et de débris de la bourgeoisie, récalcitrants au changements sociaux ; l’évolution de notre vie sociale et notre lutte politique incessante les tiendront à l’écart, jusqu’au moment, où ils ne seront plus qu’un souvenir historique.

Nous n’avons aucun besoin de nous entendre avec eux, de les neutraliser ou d’affaiblir la lutte contre leurs tendances â l’exploitation.

Nous devons les com-battre jusqu’ â les contraindre à renoncer d’eux-mêmes non seulement à toute résistance, mais aussi à leur manière de vivre basée sur la spéculation et l’exploitation.

L’affaiblissement de la lutte contre eux signifierait, précisément, que nous retardons notre évolution, ce dont nous a prévenus le camarade Staline — ses paroles ont été citées pendant la discussion par le camarade Cyrankiewicz.

Il ne nous est pas permis de ralentir notre rythme. Certains de nos camarades s’inquiètent et pensent : que fera le koulak lorsqu’il s’agira de lutter pour le Front National, sur quel rayon devrons-nous le ranger, pourrons-nous le tirer par les pans de sa veste vers le Front National ?

Eh bien, il faut se le dire en toute clarté : la consolidation du Front National s’effectue dans les conditions de lutte contre les koulaks en tant classe.

Boleslaw Bierut-7

Qu’obtenons-nous dans ce secteur en proclamant le mot d’ordre du Front National ? Nous rendons plus difficile la situation politique des koulaks, nous pouvons les isoler davantage, nous sommes à même de briser plus efficacement leur résistance.

Par une pression morale et politique plus forte nous briserons leur résistance ou bien nous les obligerons à se soumettre et à exécuter loyalement les devoirs imposés par l’Etat.

Poursuivant notre offensive politique, nous restons maîtres de son rythme et de sa forme. Souvenons nous que le but du Front National consiste avant tout à renforcer notre union, à accroître nos forces, à gagner nos réserves sociales, c’est-à-dire les paysans travailleurs, l’intelligentsia et les petits bourgeois des villes.

Notre passé nous fournit de nombreuses raisons de fierté nationale. Nous devons savoir sortir de l’ombre de l’histoire ces acquisitions, ces hommes dont les talents, les efforts pleins d’abnégation et d’héroïsme doivent nous servir d’exemple à nous et à notre jeunesse car les classes qui étaient autrefois au pouvoir, ne montraient pas, le plus souvent, à la nation, ce qu’elle possédait de plus précieux, de plus valeureux, de plus progressif et de plus créateur.

Nous avons aussi toutes les raisons d’être fiers des changements actuels, des actions et des réalisations auxquelles participent des masses toujours plus grandes du peuple polonais, intensifiant et élevant les forces et les valeurs matérielles et spirituelles de notre nation, faisant surgir de nouveaux talents et de nouveaux héros, formant les meilleurs fils et les meilleurs patriotes de notre Patrie Populaire.

Nous ne devons pas oublier un seul instant que ce sont là les acquisitions de notre nation, en voie de devenir une nation socialiste.

Le mot d’ordre du Front National n’est pas pour ainsi dire un mot d’ordre, c’est plutôt un élargisse-ment et un enrichissement des moyens de notre travail politique, rendus possibles dans les conditions nouvelles de notre développement et de l’édification socialiste. Par conséquent ce mot d’ordre du Front National exige un niveau d’autant plus élevé du travail du Parti, de notre ’travail social, et de notre travail pour l’Etat, en général.

Or, un niveau plus élevé du travail du Parti ne peut être concilié avec un relâchement quelconque, ni dans la lutte de classes, ni dans la discipline du Parti.

Le camarade Lénine a dit en 1921 :

« Etre sentimental n’est pas un délit moins grave que de penser en temps de guerre uniquement à sauver sa peau. Qui s’écarte actuellement des règles de la discipline, permet aux ennemis de s’introduire dans son milieu. »

Nous devons donc élever le niveau de la discipline dans notre Parti et renforcer cette discipline, surtout en contrôlant plus efficacement la mise en oeuvre des décisions et des directives du Parti. Combien d’actualité sont aujourd’hui pour nous les paroles de Lénine, qui enseignait aux militants chargés de la propagande et de l’éducation dans l’esprit du Parti, que l’ennemi numéros est la vanité communiste.

« La vanité communiste — disait Lénine — consiste à croire qu’étant membre du parti communiste et avant d’en être exclu on s’imagine pouvoir accomplir toutes les tâches par des décrets communistes.

Apprendre à avoir une conscience politique — voilà ce dont il s’agit, et nous n’avons pas encore réussi à l’apprendre et nous n’abordons pas encore cette question comme il conviendrait de le faire. »

La méthode fondamentale de notre travail de parti consiste à rendre les gens conscients de leur tâches et à les convaincre.

La force, l’autorité, l’influence idéologique et politique de notre Parti sont fondées sur l’union la plus étroite, l’union de tous les jours avec les masses laborieuses.

Seule une telle union permet aux mots d’ordre et directives du Parti de pénétrer dans les larges masses du peuple.

Les problèmes politiques et économiques, soulevés à cette session du Comité Central, exigent une liaison encore plus étroite avec les masses laborieuses, un effort encore plus énergique pour faire comprendre aux masses la ligne politique du Parti.

Ces tâches nécessitent un niveau plus élevé de notre travail du Parti en général.

Voici ce que la « Pravda » a écrit récemment au sujet des méthodes de travail du Parti et que l’on pourrait appliquer à tous nos militants :

« Le travail du Parti est une oeuvre vivante, créatrice qui ne supporte ni la bureaucratie sans âme ni le formalisme.

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Les méthodes administratives de commandement que l’on ne peut concilier avec l’esprit même de notre Parti, lui sont étrangères.

Notre Parti est une organisation de combat, sachant penser, pleine d’initiative, vivant d’une vie réelle et créant du nouveau.

Un militant du Parti est un dirigeant politique, actif et soucieux de mettre en pratique la politique du Parti.

C’est un organisateur et un éducateur d’hommes.

Son devoir, sa vocation est de travailler avec les hommes, avec les cadres, de les former selon les idées du Parti de Lénine et de Staline. »

Pour éduquer les hommes, les instruire, les rendre conscients de leurs tâches, il faut élever son propre niveau, il faut s’instruire auprès des masses, vivre avec elles en les aidant à résoudre les difficultés de leur travail, partager leurs soucis et leurs préoccupations de tous les jours.

Si nos militants comprennent et adoptent cette méthode de travail de Parti, le niveau de ce travail s’élèvera certainement et en même temps grandira l’autorité du Parti parmi les larges masses.

Alors seulement notre Parti saura réaliser ce mot d’ordre fort difficile et comportant une grande responsabilité qu’est le Front National de lutte pour la paix et le Plan de six ans.

Notre nation se développe de même que grandit le rôle de notre Parti et que ses tâches augmentent.

Mais nous ne sommes pas seuls ; en tant que nation, nous sommes un chaînon important du grand camp mondial de la paix ; nous sommes un Parti créé par le mouvement ouvrier guidé par une idéologie d’avant-garde et l’un de ses créateurs — le génial Staline.

Aussi aucun de nous ne saurait douter que notre Parti fera face aux tâches nouvelles qui l’attendent.

Certes, nous n’épargnons pas les critiques quand il s’agit de nos propres lacunes, de nos erreurs.

Mais n’oublions pas, que notre Parti grandit, que la plupart de ses organisations sont des organisations de combat, travaillant courageusement et se développant sans cesse, qu’elles ont su former des hommes admirables, donnant l’exemple du dévouement, de l’esprit de sacrifice, du patriotisme et de l’internationalisme. Un tel Parti saura garantir à notre nation l’indépendance et un succès total dans sa transformation en une des grandes nations socialistes.

samedi 23 mai 2015


Démocraties populaires