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Baroque et contre-réforme - 1re partie : introduction

Le terme de « baroque » permet de désigner un mouvement intellectuel, culturel et artistique qui s’est imposé dans de nombreux pays d’Europe au XVIIe siècle. Sa vigueur a été exceptionnelle, et son impact a été si grand qu’il a profondément marqué de nombreuses cultures nationales apparaissant justement précisément en cette période.

Au sens strict, le mot « baroque » vient du portugais « barrocco » et désigne une perle irrégulière. S’arrêter cependant à une question de forme serait profondément erroné. En effet, le baroque est la forme historique qu’a prise la contre-réforme, c’est-à-dire la réaction s’opposant à l’humanisme et à la Réforme protestante du XVIe siècle, dans le cadre de la bataille pour l’opinion publique.

C’est une loi historique qu’à l’élan révolutionnaire s’oppose d’abord un élan contre-révolutionnaire ; l’ancien tente de se maintenir face au nouveau, quitte à en assumer même l’apparence s’il le faut. Le baroque a ainsi consisté en une vague utilisant la culture et la violence pour ramener la société dans le cadre étroit, borné, féodal, de la religion catholique.

Celle-ci avait été profondément ébranlée. C’est le mouvement hussite qui a le premier porté l’assaut contre la domination de l’Église, à un point tel que pour la première fois de son histoire, cette dernière avait dû négocier avec les partisans d’une hérésie.

Par la suite, la tempête hussite avait provoqué des soulèvements paysans, comme celui mené par Thomas Müntzer, et des théoriciens assumant la rupture, au nom de la Réforme, apparurent : Martin Luther en Allemagne, Jean Calvin en France, chacun faisant se lever en masse des partisans.

Des monarchies procédèrent alors à la « nationalisation » de la religion, formant l’anglicanisme en Angleterre, les églises luthériennes en Scandinavie, etc., tandis qu’au nom de la Réforme l’aristocratie comptait saper le pouvoir royal, comme en France.

Ce sont les particularités françaises qui ont fait que le baroque n’a pas nécessairement été compris pour ce qu’il était : une immense vague réactionnaire. La monarchie française a, en effet, hésité à réaliser un « gallicanisme », équivalent français de l’anglicanisme. Elle s’est finalement alliée au Vatican, qui a dû cédé sur de nombreux points en termes de prérogatives.

C’est cet espace qui a permis l’affirmation de la monarchie absolue, empêchant non seulement l’hégémonie, mais même l’affirmation réelle du baroque en France. Les forces du baroque ont été directement happées par la monarchie absolue pour réaliser le classicisme, le style idéologique et culturel de la monarchie absolue.

Tel ne fut pas le cas dans d’autres pays, où les forces du baroque l’emportèrent et façonnèrent des pays entiers selon leurs exigences. Ces forces consistaient alors principalement en l’Eglise elle-même, basée au Vatican, puis en les monarchies espagnole et autrichienne, qui tentaient de constituer un empire et s’appuyaient dans ce cadre sur une étroite alliance avec le clergé.

Le baroque a, par conséquent, trois aspects. Le premier aspect, c’est qu’il consiste en une « reconquête » religieuse, visant à exterminer les traditions non conformes au catholicisme et à regagner les masses populaires au moyen d’un nouvel élan du culte.

Le baroque, c’est avant tout le culte de la peur de la mort, la célébration de la soumission comme moyen d’aller au paradis après la mort, l’engagement permanent des masses au moyen des processions, des reliques, des églises nouvellement construites, etc.

Le second aspect du baroque est son aspect relevant du maniérisme. Lié à des monarchies et au Vatican, ses moyens artistiques sont gigantesques et reflètent les exigences raffinées d’un pouvoir disposant de vastes possibilités économiques, militaires, culturelles. Seule la monarchie française sera capable d’affirmer un style indépendant du clergé.

Le troisième aspect du baroque, c’est sa dimension nationale. C’est sans nul doute l’aspect le plus difficile, non pas pour un pays comme la France où la rupture avec la religion a été nette dans l’affirmation nationale, mais pour des pays où la nation s’est formée précisément à travers les aléas de l’influence du baroque, comme l’Autriche ou la Belgique. Pour ces pays où la nation s’est affirmée alors que les masses paysannes étaient profondément marquées par le catholicisme, le développement national connut paradoxalement des troubles anti-démocratiques.

La connaissance du baroque reste cependant d’un grand intérêt pour la compréhension de la France. Réduisant le baroque à un simple mouvement artistique traitant de la « forme », les historiens bourgeois en ont nié le fond. Cela a été le tour de passe-passe nécessaire pour nier les différences profondes, fondamentales, entre l’humanisme lié au nord et à l’est de l’Europe, au protestantisme et au matérialisme, et la Renaissance, en fait catholique et italienne.

La France de l’époque de la monarchie de François Ier a puisé dans l’humanisme et dans la Renaissance, réalisant une synthèse semi-humaniste semi-catholique, permettant l’avènement de la monarchie absolue mais pavant la voie aux contradictions républicaines des XIXe et XXe siècles : l’Etat se prétend laïc, mais les forces catholiques sont d’une très grande puissance, le pays s’imagine rationaliste alors qu’il est profondément marqué par la démarche catholique.

C’est cela qui explique l’émergence, entre autres, d’un courant comme l’existentialisme, sorte d’athéisme non athée et de catholicisme sans Dieu ; c’est cela qui explique les illusions radicales des discours « sociaux » qui ne sont en fait que démocrates-chrétiens, et dont le quotidien Le Monde, appartenant à des réseaux catholiques, est le plus grand symbole.