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Baroque et contre-réforme - 11e partie : le concile de Trente

Trente est une ville au nord de l’Italie, très connue pour son « concile », réunion des évêques de l’Église catholique romaine. Ce concile s’est tenu alors que le protestantisme s’affirmait, et le Vatican disposait de deux options principales :

- « mettre de l’eau dans son vin », en s’adaptant au protestantisme : ce sera la ligne du jansénisme, théorisé dans des zones marquées par la pression protestante ;

- aller à l’affrontement : ce sera la ligne des jésuites.

C’est la ligne des jésuites qui va triompher, et qui ne sera modifiée qu’avec le concile dit de « Vatican II » (1962-1965). Entre le concile de Trente et « Vatican II », il n’y aura eu qu’un autre concile : Vatican I (1869-1870), interrompu et non repris. L’adjectif de la ville de Trente est « tridentin » et ce terme sera largement employé pour parler du concile de Trente.

Cependant, la ligne jésuite ne pouvait triompher unilatéralement : les rois français et espagnol comptaient conserver leurs prérogatives, voire les agrandir. Aussi, en 1773, le pape Clément XIV procédera à la dissolution de la Compagnie de Jésus, devant céder devant les monarchies, alors que la bourgeoisie devient de plus en plus volontaire : ainsi le parlement de Paris avait pris l’initiative, en 6 août 1762, d’affirmer que la Compagnie de Jésus « nuit à l’ordre civil, viole la loi naturelle, détruit la religion et la moralité, corrompt la jeunesse ».

La période du baroque est néanmoins celle du triomphe des jésuites. Ces derniers développent le thème éminemment catholique comme quoi la soumission au Vatican permet d’être sauvé, et non pas un comportement moral tourné vers Dieu (comme le formule le jansénisme). Est ainsi rejetée la conception protestante selon laquelle l’être humain est par définition un pêcheur avec Dieu seul choisissant qui il veut sauver.

La messe reste par conséquent en latin, toute étude des textes sacrés contrôlée, supervisée par l’Église. L’Église catholique romaine se pose comme intermédiaire mystique, ou magique, entre le monde et Dieu. C’est pourquoi la Vierge Marie fut tellement valorisée, et pourquoi elle ne peut que l’être de plus en plus, l’Église se confondant avec Marie, puisque celle-ci est la plus « pure » des femmes, des êtres humains donc, et une « porte » vers le divin.

L’Église catholique réfute, en fait, le protestantisme, car pour elle le protestantisme ne peut que basculer dans l’aristotélisme, avec un Dieu indépendant, ayant envoyé un messager, mais sans être lui-même présent.

Inversement, dans le catholicisme romain, Dieu « traverse » le monde ; le concile de Trente dit ainsi :

« § VI. — PROVIDENCE.

Mais en reconnaissant que Dieu est l’Auteur et le Créateur de toutes choses, n’allons pas croire que son œuvre une fois achevée et terminée par Lui, ait pu subsister sans sa Puissance infinie. De même en effet que pour exister, tout a eu besoin de la souveraine Puissance, de la Sagesse et de la Bonté du Créateur, de même il est nécessaire que l’action de la Providence s’étende constamment sur tout ce qu’Il a créé. Et s’Il ne conservait son œuvre avec cette même force qu’Il a employée pour la former au commencement, elle rentrerait aussitôt dans le néant. L’Ecriture nous le déclare en termes formels, lorsqu’elle dit à Dieu [Sap., 11, 26.] Comment quelque chose pourrait-il subsister, si Vous ne le vouliez ainsi ? Ce que Vous n’avez pas appelé, comment se conserverait-il ?

Et non seulement Dieu, par sa Providence, soutient et gouverne toute la création ; mais c’est Lui qui en réalité communique le mouvement et l’action à tout ce qui se meut et à tout ce qui agit ; et de telle sorte qu’Il prévient, sans l’empêcher, l’influence des causes secondes. C’est une vertu cachée, mais qui s’étend à tout, et comme dit le Sage, [Sap., 8, 1.] qui agit fortement depuis une extrémité jusqu’à l’autre et qui dispose tout avec la douceur convenable. Ce qui a fait dire à l’Apôtre en prêchant aux Athéniens le Dieu qu’ils adoraient sans Le connaître : [Act., 17, 27, 28.] Il n’est pas éloigné de chacun de nous ; c’est en Lui que nous avons la vie, le mouvement et l’être. »

L’un des symboles théologiques les plus connus concernant cette question est la « transsubstantiation ». Lors du dernier repas de Jésus, appelé la « Cène », celui-ci prononce des paroles racontées de la manière suivante par Matthieu (26, 26-28) :

« Pendant le repas, Jésus prit du pain et, après avoir prononcé la bénédiction, il le rompit ; puis, le donnant aux disciples, il dit : « Prenez, mangez, ceci est mon corps ». Puis il prit une coupe et, après avoir rendu grâce, il la leur donna en disant : « Buvez-en tous, car ceci est mon sang, le sang de l’Alliance, versé pour la multitude, pour le pardon des péchés. »

Le concile de Trente explique ainsi :

« Parce que le Christ notre Rédempteur a dit qu’était vraiment son corps ce qu’il offrait sous l’espèce du pain, on a toujours été persuadé dans l’Église de Dieu - et c’est ce que déclare de nouveau aujourd’hui ce saint concile - que par la consécration du pain et du vin se fait un changement de toute la substance du pain en la substance du corps du Christ notre Seigneur et de toute la substance du vin en la substance de son sang. Ce changement a été justement et proprement appelé, par la sainte Église catholique, transsubstantiation (…).

1. Si quelqu’un dit que dans le très Saint-Sacrement de l’Eucharistie ne sont pas contenus vraiment, réellement et substantiellement le corps et le sang en même temps que l’âme et la divinité de notre Seigneur Jésus Christ et, en conséquence, le Christ tout entier, mais dit qu’ils n’y sont qu’en tant que dans un signe ou en figure ou virtuellement : qu’il soit anathème.

2. Si quelqu’un dit que, dans le très Saint-Sacrement de l’Eucharistie, la substance du pain et du vin demeure avec le corps et le sang de notre Seigneur Jésus Christ, et s’il nie ce changement admirable et unique de toute la substance du pain en son corps et toute la substance du vin en son sang, alors que demeurent les espèces du pain et du vin, que l’Église catholique appelle d’une manière très appropriée transsubstantiation qu’il soit anathème (…).

8. Si quelqu’un dit que le Christ présenté dans l’Eucharistie est mangé seulement spirituellement et non pas aussi sacramentellement et réellement : qu’il soit anathème. »

Les protestants parlent eux de « consubstantiation » : le pain et le vin restent du pain et du vin, même si le corps et le sang de Jésus y sont « présents ».

Comme on le voit la différence est fondamentale, et le concile de Trente rappelle en pratique la thèse catholique romaine selon laquelle Jésus est « présent » sur Terre par l’intermédiaire de l’Église, spirituel et matériel se combinant totalement.

mardi 26 décembre 2017


Baroque et Contre-Réforme