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Avicenne et Averroès - 16e partie : Joachim du Bellay et l’averroïsme

Le matérialisme dialectique permet seul de comprendre véritablement la culture française ; l’histoire telle qu’elle est racontée par la bourgeoisie n’est que racontars et idéalisme.

Ainsi, le grand poète Joachim du Bellay (1522 – 1560) est absolument incompris : la bourgeoisie remarque qu’historiquement il a joué un grand rôle, mais elle est incapable de comprendre sa nature, sa portée.

Ce qui manque à la bourgeoisie, c’est la compréhension de l’averroïsme, que seul le matérialisme dialectique saisit la valeur et la portée. Si une analyse approfondie de Joachim du Bellay doit encore être faite, il est nécessaire de présenter déjà son point de vue pour saisir l’importance de l’averroïsme en France et en Europe, et pour comprendre que la culture, pour se développer, s’appuie forcément sur une conception idéologique plus élevée que précédemment.

En effet, on considère habituellement que Joachim du Bellay est simplement un « mélancolique », quelqu’un qui a des regrets. C’est passer totalement à côté du principe du « néo-platonisme » qui considère que l’âme doit retourner à sa source, tout en considérant la réalité matérielle à la fois comme belle et comme imparfaite.

Il y a là des formidables possibilités de découvrir les fondements de la culture française, de la faire avancer, s’auto-dépasser !

Voici déjà un poème magistral, où de manière masquée, c’est l’averroïsme qui est mis en avant. Il s’agit du poème XXXII (32) des Regrets.

En apparence, Joachim du Bellay explique qu’il est allé à Rome, mais n’en a rien tiré et revient déçu. En pratique, c’est une éloge de l’averroïsme.

Voici le poème :

Je me ferai savant en la philosophie,
En la mathématique et médecine aussi :
Je me ferai légiste, et d’un plus haut souci
Apprendrai les secrets de la théologie :
 
Du luth et du pinceau j’ébatterai ma vie,
De l’escrime et du bal. Je discourais ainsi,
Et me vantais en moi d’apprendre tout ceci,
Quand je changeai la France au séjour d’Italie.
 
Ô beaux discours humains ! Je suis venu si loin,
Pour m’enrichir d’ennui, de vieillesse et de soin,
Et perdre en voyageant le meilleur de mon aage.
 
Ainsi le marinier souvent pour tout trésor
Rapporte des harengs en lieu de lingots d’or,
Ayant fait, comme moi, un malheureux voyage.

La première strophe a une importance capitale. Déjà, on retrouve le principe de la falsafa arabo-musulmane selon lequel un véritable philosophe doit avoir une connaissance approfondie en plusieurs domaines.

En l’occurrence, on a l’affirmation selon laquelle il faut être savant :

- en philosophie
- en mathématique
- en médecine
- en droit (légiste).

Mais il faut noter l’expression : « d’un plus haut souci » qui montre qu’à ses yeux le plus important est le fait d’apprendre « les secrets de la théologie. »

Il s’agit là d’une allusion à la Métaphysique d’Aristote, la science du « moteur premier », que justement Averroès a expliqué. C’est une allusion masquée à l’averroïsme, masquée car justement l’averroïsme ne pouvait avancer ouvertement en raison de la répression.

A l’époque de Joachim du Bellay, la pensée d’Aristote était également assimilée à celle de Platon. Dans le poème intitulé L’idéal, on a une représentation directe du « néo-platonisme », qui d’un côté considère que l’âme doit retourner à sa « source », mais de l’autre considère l’univers comme éternel et fait du bien et de l’amour le « souverain bien » de la réalité matérielle (conformément à Aristote).

On a un mélange de « l’idéal » selon Platon, avec les « idées » pures, et la conception de la beauté et du bien matériels selon Aristote.

Voici le poème :

Si nostre vie est moins qu’une journée
En l’eternel, si l’an qui fait le tour
Chasse nos jours sans espoir de retour,
Si perissable est toute chose née,
 
Que songes-tu, mon ame emprisonnée ?
Pourquoy te plaist l’obscur de nostre jour,
Si pour voler en un plus clair sejour,
Tu as au dos l’aile bien empennée ?
 
Là est le bien que tout esprit desire,
Là le repos où tout le monde aspire,
Là est l’amour, là le plaisir encore.
 
Là, ô mon ame, au plus haut ciel guidée,
Tu y pourras recognoistre l’idée
De la beauté qu’en ce monde j’adore.

De la même manière, dans « hymne chrétien », on a des notions éminemment conformes à la pensée d’Aristote, et ce malgré que le poème s’adresse à un Dieu créateur.

Joachim du Bellay s’adresse ainsi à Dieu, en parlant de Dieu comme source de lumière – conception néo-platonicienne – dans un éternel séjour (un équivalent de Dieu comme « moteur premier » d’Aristote) :

« Car ta main seule inviciblement forte
Peult des enfers briser l’avare porte,
Et me tirer aux rayons du beau jour
Qui luyt au ciel, ton eternel sejour. »

De la même manière, Aristote reprend le thème de la création, mais en présentant le créateur véritablement selon une démarche propre à Platon, avec Dieu comme « artisan », et où l’âme est ajoutée à la matière qui n’est formée que pour être un lieu pour l’âme – ce qui est exactement la conception d’Aristote.

Voici ce que dit Joachim du Bellay :

« N’est-ce pas toy, dont la divine main
De vil bourbier forma le corps humain,
Pour y enter l’ame, que tu as feinte
Sur le protraict de ton image saincte ?
N’est-ce pas toy, qui formas la rondeur
De l’univers, tesmoing de ta grandeur ? »

De plus, en parlant de la rondeur de l’univers, Joachim du Bellay fait nécessairement allusion au moins en partie au principe de « l’éternel retour » chez Aristote, Aristote pour qui le cercle était la pure représentation du moteur premier et de l’éternité (car n’ayant ni début ni fin).

Analyser les œuvres de Joachim du Bellay est un travail important et difficile, mais il devra nécessairement être fait afin de véritablement saisir toute une époque historique de notre pays.