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Avicenne et Averroès - 15e partie : Commentaire de l’explication de Karl Marx sur Aristote et contre la « création » du monde

C’est en une longue citation de Marx que consistait l’article « Avicenne et Averroès : Karl Marx sur Aristote et contre la "création" du monde. »

Faisons ici des précisions, afin de rendre plus claire la pensée de Karl Marx ; les Manuscrits de 1844 n’ont en effet pas été élaborés pour être directement « lisibles », ce sont des notes de synthèse, trouvées et publiées grâce à l’URSS de Staline.

Que veut dire Karl Marx ? En fait, il met en avant le matérialisme tel qu’il a été permis par Averroès, mais sans connaître Averroès, sans doute.

En effet :

- Averroès est un pré-matérialiste, et Karl Marx a directement puisé dans les matérialistes français et anglais qui ont suivi.

- Karl Marx considère tout de même Aristote comme posant un embryon de matérialisme.

Or, entre les deux, il y a Averroès, mais Karl Marx n’en parle pas (et ce, a priori, nulle part). Les marxistes ont toujours considéré Averroès selon cet angle, mais Karl Marx et Friedrich Engels n’en ont jamais parlé en tant que tel.

Cependant, les acquis d’Averroès sont là, et justement la citation correspond à un aspect essentiel : le refus du principe de création du monde.

Ce que dit Karl Marx, c’est que le prolétariat n’existe que « grâce » à la bourgeoisie ; on ne peut pas vivre en tant que prolétaire sans vendre sa force de travail.

Ainsi, on ne peut pas exister « par soi-même. » La position anarchiste, petite-bourgeoise, consiste justement à prôner l’artisanat, voire la libre-entreprise autogérée, etc.

Mais Karl Marx est un communiste et affirme donc la nécessité pour l’humanité de se re-saisir, donc d’acquérir la conscience de son unité, sans prolétaires ni bourgeois. Les individus cesseront ainsi de se considérer comme « dépendants » et ils s’éloigneront du principe de dépendance, et donc de « création » extérieure.

C’est cela que Karl Marx veut dire dans les phrases suivantes, la dernière phrase soulignant la dignité du réel ; les masses opprimées n’ont pas l’expérience de l’autonomie :

Mais je vis entièrement de la grâce d’un autre, si non seulement je lui dois l’entretien de ma vie, mais encore si en outre il a amené ma vie à exister, s’il est la source de ma vie, et ma vie a nécessairement un semblable fondement en dehors d’elle si elle n’est pas ma propre création.

C’est pourquoi la création est une conception très difficile à chasser de la conscience populaire.

Le fait que la nature et l’être humain soient par eux-mêmes est incompréhensible au peuple, parce que cela contredit toutes les évidences sous la main de la vie pratique.

Chaque jour, le masses font l’expérience de leur dépendance ; elles ne connaissent pas le principe d’indépendance.

A ce moment-là, Karl Marx sort Aristote de son chapeau.

Aristote, en effet, est le premier à avoir considéré la réalité comme un « éternel retour », comme un cercle où tout se répète.

Karl Marx sait que l’argument du tout se répète est mis en avant par les personnes croyant en Dieu – c’est en fait le fruit d’une version d’Aristote passée par l’interprétation de Thomas d’Aquin, principal théologien chrétien.

Ces personnes sont d’accord avec Aristote, la vie appelle la vie, mais disent qu’à la base il y a une « création », et donc un Dieu.

Karl Marx fait donc dire à ces personnes leur objection à Karl Marx : qui donc a créé le monde ? Et Karl Marx renverse la phrase en disant : poser la question est absurde.

Car poser la question ce serait être soi-même Dieu – car en dehors de ce qui aurait été créé.

Ce que veut dire Karl Marx, c’est que l’être humain ne peut pas de « concevoir » en dehors de la nature. Il lui appartient. Il ne peut pas dire : je n’ai rien à voir avec rien et je regarde les choses de l’extérieur. Il n’y pas d’extérieur.

C’est là une thèse fondamentale du matérialisme dialectique et la raison pour laquelle le PCMLM parle de Biosphère.

Voici donc ce que dit Karl Marx :

Mais tu répondras : si je t’accorde ce mouvement cyclique, accorde-moi la progression qui me fait remonter de plus en plus haut jusqu’à ce que je pose la question : qui a engendré le premier être humain et la nature en général ?

Je ne puis que te répondre : ta question est elle-même un produit de l’abstraction.

Demande-toi comment tu en arrives à cette question ; demande-toi si ta question n’est pas posée en partant d’un point de vue auquel je ne puis répondre parce qu’il est absurde ? Demande-toi si cette progression existe en tant que telle pour une pensée raisonnable ?

Si tu poses la question de la création de la nature et de l’être humain, tu fais donc abstraction de l’être humain et de la nature.

Tu les poses comme n’existant pas et tu veux pourtant que je te démontre qu’ils sont existants.

Je te dis alors : abandonne ton abstraction et tu abandonneras aussi ta question.

Karl Marx pense alors à une parade que pourrait sortir quelqu’un de religieux. Ce dernier pourrait dire : « moi je veux juste savoir comment. »

Karl Marx dit ainsi :

Tu peux me répliquer : je ne veux pas poser le néant de la nature, etc. ; je te pose la question de l’acte de sa naissance comme j’interroge l’anatomiste sur les formations osseuses, etc.

Karl Marx sort alors l’artillerie lourde, au-delà du simple matérialisme.

Il explique en effet que l’être humain et la nature, cela revient au même ; il y a une double raison : l’être humain appartient à la nature, ses sens témoignent de cela, et ensuite par le travail l’être humain modifie la nature.

En fait, si l’on comprend bien, l’être humain est l’outil de la nature pour se modifier elle-même.

D’où la thèse du PCMLM qui est que l’être humain nouveau se conçoit comme au service de la Biosphère.

Karl Marx dit ainsi :

Dans la mesure où sont devenus visibles pratiquement, par les sens, la réalité essentielle de l’être humain et de la nature, l’être humain pour l’être humain comme existence immédiate de la nature, et la nature pour l’être humain comme existence immédiate de l’être humain, la question d’un être étranger, d’une essence placée au-dessus de la nature et de l’être humain, est devenue pratiquement impossible - cette question impliquant l’aveu de l’inessentialité de la nature et de l’homme.

L’athéisme, dans la mesure où il nie cette inessentialité, n’a plus de sens, car l’athéisme est une négation de Dieu et par cette négation il pose l’existence immédiate de l’être humain ; mais le socialisme en tant que socialisme n’a plus besoin de ce moyen terme.

Il part de la conscience théoriquement et pratiquement sensible de l’être humain et de la nature comme de l’essence.

L’être humain a une « essence » : la nature, et cette nature est en retour « travaillée » par l’être humain...

Voilà la perspective dialectique admirablement comprise par Karl Marx dans les Manuscrits de 1844.