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Augustin – 6e partie : la grâce, en croyant et non en comprenant

Le soutien à participation au régime impérial, le refus des courants populaires (comme le donatisme) et d’une religion rationaliste (comme le pélagianisme l’exigeait), tout cela imposait à Augustin de renforcer toujours plus une vision du monde où l’Humanité a un statut inférieur, relevant de quelque chose de mauvais.

C’était nécessaire, afin d’empêcher justement que prime une perspective rationaliste de la religion. Augustin se tourne de manière violente vers une intériorisation de la religion, dans une démarche résolument anti-rationaliste.

C’est de là que provient sa conception de la grâce, d’une très grande brutalité, puisque l’Humanité serait déchue depuis Adam et si le Christ s’est sacrifié pour rattraper cela, il n’en reste pas moins qu’on reste dépendant du bon vouloir de Dieu libre ou non de donner sa grâce.

Cela bloque conception systématique d’une démarche humaine, au profit de la foi et de la foi seule.

Augustin résume bien sa conception de la grâce dans De la nature et de la grâce, réfutation de Pélage. Voici comment il formule sa conception :

« L’homme fut créé sans tache et sans souillure ; mais Adam se rendit coupable, et toute sa postérité a besoin d’être guérie, parce qu’elle n’est plus saine.

Malgré sa chute, il lui reste des biens qui font partie de sa constitution, de sa vie, de ses sens, de son intelligence, et ces biens, il les a reçus de la main de son Créateur.

Le vice est survenu, plongeant dans les ténèbres et affaiblissant ces biens naturels et rendant nécessaires la diffusion de la lumière et l’application du remède ; mais ce vice n’est point l’œuvre de Dieu ; car ce vice de la part d’Adam, fut le résultat du dérèglement de son libre arbitre, et, de la part de hommes, il est la conséquence du péché originel.

Par conséquent notre nature viciée n’a plus droit qu’à un châtiment légitime. Sans doute, nous sommes devenus une nouvelle créature en Jésus-Christ, mais. « nous étions par la corruption de notre nature, enfant de colère aussi bien que les autres hommes.

Dieu, qui est riche en miséricorde, poussé par l’amour extrême dont il nous a aimés lorsque nous étions morts par nos péchés, nous a rendu la vie en Jésus-Christ, par la grâce duquel nous sommes sauvés (Ephés. II, 3-5.).

Or, cette grâce de Jésus-Christ, sans laquelle ni les enfants ni les adultes ne peuvent être sauvés, ne nous est point donnée à raison de nos mérites, mais d’une manière absolument gratuite ; de là son nom de grâce. « Nous avons été justifiés gratuitement par son sang », dit l’Apôtre.

D’où il suit que ceux qui n’ont pas été délivrés par cette grâce, soit parce qu’ils n’ont pas pu en entendre parler, soit parce qu’ils n’ont pas voulu obéir, soit que leur âge ne leur permette pas de comprendre, soit enfin parce qu’ils n’ont pas reçu le sacrement de la régénération, qu’ils auraient pu recevoir ci qui les aurait sauvés, tous ceux-là, dis-je, sont privés du bonheur du ciel, et cette condamnation n’est que justice ; car ils ne sont pas sans péché, soit qu’il s’agisse du péché originel, soit qu’il s’agisse des péchés actuels.

« Car tous ont péché », soit en Adam, soit en eux-mêmes, et « tous ont besoin de la gloire de Dieu ».

Ainsi donc, par le fait de leur origine, tous les hommes sont soumis au châtiment, et lors même que tous subiraient en réalité le supplice de la damnation, ce ne serait que rigoureuse justice. Voilà pourquoi ceux qui sont délivrés par la grâce ne sont pas appelés des vases de leurs propres mérites, mais des vases de miséricorde (Rom. IX, 23.).

Et de qui cette miséricorde, si ce n’est de celui qui a envoyé Jésus-Christ en ce monde pour sauver les pécheurs (I Tim. I, 15.), c’est-à-dire ceux qu’il a connus par sa prescience, qu’il a prédestinés, qu’il a appelés, qu’il a justifiés et qu’il a glorifiés (Rom. VIII, 29, 30.) ? »

À partir du moment où le péché domine, alors non seulement l’Église reste le seul vecteur pouvant sauver, mais qui plus est il faut une soumission totale de son esprit.

Voici comment, dans Du combat chrétien, Augustin enseigne qu’il faut « se soumettre à Dieu en toutes choses » :

« Soumettons notre âme à Dieu, si nous voulons tenir notre corps en servitude et triompher de Satan.

C’est la foi d’abord qui attache notre âme à Dieu ; ensuite la morale, dont la pratique fortifie notre foi, nourrit la charité, et donne un vif éclat à ce qui n’était auparavant qu’une simple croyance. En effet, dès que la connaissance et l’action rendent l’homme heureux, il faut d’un côté se garder de l’erreur ; de l’autre, éviter toute souillure. C’est une erreur grave de croire qu’on puisse connaître la vérité, tout en vivant dans le désordre.

Or, c’est un désordre que d’aimer le monde, d’en estimer tous les biens passagers et périssables, de les désirer, de faire des efforts pour les acquérir, de mettre sa joie dans leur abondance, de craindre qu’on ne les perde, et de se désoler, quand ils nous sont enlevés.

L’homme qui vit ainsi ne peut ni contempler la vérité pure et immuable, ni s’attacher à elle, ni prendre son essor pour l’éternité. Aussi , pour purifier notre esprit, nous devons croire d’abord ce que nous ne sommes pas encore capables de comprendre.

Car le prophète a dit avec vérité : « Si vous ne croyez pas, vous ne comprendrez point ».

L’Église enseigne en peu de mots ce qu’on doit croire : elle parle des choses éternelles que ne peuvent comprendre encore les âmes charnelles ; des choses temporelles accomplies ou à accomplir, de tout ce que l’éternelle Providence a fait et fera pour le salut des hommes.

Croyons donc au Père, au Fils et au Saint-Esprit : voilà lesbiens éternels et immuables, c’est un seul Dieu, l’éternelle Trinité en une seule substance ; Dieu, de qui tout est sorti , par qui tout a été fait, en qui tout réside. »

Il faut croire, et non pas raisonner. Il faut espérer la grâce, bien agir ne suffit pas. Avec Augustin, on a une vision de la réalité particulièrement mauvaise, indéniablement empruntée au manichéisme qui opposait un monde spirituel bon et une monde matériel mauvais.