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Augustin – 3e partie : l’Empire romain se tourne vers le christianisme

Il faut saisir ici le contexte historique, pour comprendre la portée politique du fanatisme d’Augustin, qui formule en fait une nouvelle idéologie pour un nouveau régime, né des décombres de l’Empire romain.

Augustin est né en 354 et à cette époque, le régime impérial n’en finit pas de s’effondrer. Il est cependant déjà largement christianisé.

À la fin du IIIe siècle, l’Empire avait tenté le tout pour le tout avec la tentative d’une division administrative avec quatre responsables – la tétrarchie –, qui toutefois n’empêcha pas une bataille générale au sommet de l’État, avec une coexistence temporaire de plusieurs dirigeants, une lutte de factions, etc.

C’était bien entendu un contexte où les différentes forces sociales appuyaient soit des religions différentes (paganisme ou christianisme), soit des interprétations différentes du christianisme.

Cette période se termina avec l’avènement de l’empereur Constantin Ier, qui régna de 306 à 337. Celui-ci fit en effet en sorte, par l’édit de Milan, que le christianisme soit autorisé dans l’Empire et il organisa la tenue du concile de Nicée en 325, le premier grand concile général des évêques chrétiens.

Cela servait sa volonté d’unification, alors qu’il avait réussi à réunifier l’Empire lui-même ; il fit d’ailleurs en sorte qu’à partir de ce moment ses légions romaines utilisaient le symbole « Chi-Rho » dans leur bannière, le labarum : il s’agit des deux premières lettres du nom du Christ en grec, Χριστός.

C’était ce que les courants religieux anti-catholiques romains appellent le « tournant de Constantin », qui fut la première étape fut l’Imperium Romanum Christianum.

Constantin Ier toléra les cultes païens, dont lui-même était encore le « Grand Pontife », la monnaie exaltant le dieu soleil, mais il reconnut les tribunaux épiscopaux. Il est également à l’origine de la construction de bâtiments aussi important que la Basilique Saint-Jean-de-Latran, de Saint-Pierre de Rome, Sainte-Sophie de Constantinople ou le Saint-Sépulcre de Jérusalem.

À ce titre, cet empereur romain est un Saint aux yeux de l’Église Orthodoxe, un « égal aux apôtres » et dans les faits, cette logique de christianisation institutionnalisée par l’Empire se prolongea de manière systématique après Constantin Ier.

Ainsi, en 380, les principaux dirigeants établirent le christianisme comme religion officielle par l’édit de Thessalonique, ce qui signifiait la persécution de tous les cultes païens (et donc également les Jeux Olympiques), mais également des courants philosophiques (stoïcisme, épicurisme, néo-platonisme, etc.).

Voici le texte de l’Édit :

« Édit des empereurs Gratien, Valentinien II et Théodose Auguste, au peuple de la ville de Constantinople. Nous voulons que tous les peuples que régit la modération de Notre Clémence s’engagent dans cette religion que le divin Pierre Apôtre a donné aux Romains - ainsi que l’affirme une tradition qui depuis lui est parvenue jusqu’à maintenant - et qu’il est clair que suivent le pontife Damase Ier et l’évêque d’Alexandrie, Pierre, homme d’une sainteté apostolique : c’est-à-dire que, en accord avec la discipline apostolique et la doctrine évangélique, nous croyons en l’unique Divinité du Père et du Fils et du Saint-Esprit, dans une égale Majesté et une pieuse Trinité.

Nous ordonnons que ceux qui suivent cette loi prennent le nom de Chrétiens Catholiques et que les autres, que nous jugeons déments et insensés, assument l’infamie de l’hérésie. Leurs assemblées ne pourront pas recevoir le nom d’églises et ils seront l’objet, d’abord de la vengeance divine, ensuite seront châtiés à notre propre initiative que nous avons adopté suivant la volonté céleste.

Donné le troisième jour des calendes de mars à Thessalonique, Gratien Auguste étant consul pour la cinquième fois et Théodose Auguste pour la première fois. »

En 392, Théodose Ier fut en mesure de réunifier l’Empire, avec un rapport à la religion déjà très net. Ainsi, l’évêque de Milan Ambroise fit marcher celui-ci pieds nus dans la cendre, dans le cadre d’une pénitence suite au massacre de dix mille personnes suite à une révolte en 390 à Thessalonique.

Le christianisme s’était imposé et l’Empire le reconnaissait, et inversement le christianisme reconnaissait l’existence d’un pouvoir civil centralisé et disposant des armes. C’est ce que va théoriser Augustin.