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Au Secours du Peuple Russe − 1921

Appel du Comité Exécutif de l’Internationale Communiste aux Ouvriers et Ouvrières de tous les Pays

La Russie des Soviets vient d’être frappée comme en l’année 1891, par une catastrophe due à des phénomènes naturels.

Une grande sécheresse, qui a persisté du mois de mars au mois de juin, a provoqué la famine et la détresse dans les gouvernements de la Volga qui, jusqu’ici, produisaient 30 % de toute la récolte russe. On craint même de manquer de semences, pour les prochaines semailles. VINGT MILLIONS D’ÊTRES HUMAINS SONT MENACÉS DE MOURIR D’INANITION.

A la faim vont s’ajouter les maladies contagieuses qui décimeront les masses populaires affaiblies.

Ce coup cruel frappe la Russie à un moment où elle est encore ébranlée et affaiblie par sept années de guerre impérialiste et civile, et où elle n’est pas pas en état de rendre à la vie économique les nouvelles forces nécessaires que de réparer toutes ses ruines.

La Russie des Soviets a lutté et souffert pour tout le prolétariat international. Les blessures dont elle saigne lui ont été infligées dans la lutte que le capital mondial livre non seulement au prolétariat révolutionnaire russe, mais encore au prolétariat du monde entier.

Les capitalistes de tous les pays ont aidé la bourgeoisie russe à semer le désastre et la destruction en Russie, non seulement pour tâcher d’arracher au peuple russe des avantages matériels, mais pour détruire l’Etat qui, le premier, fit flotter le drapeau de la Révolution prolétarienne, devenue le flambeau lumineux qui guide les masses prolétariennes de tous les pays.

Aujourd’hui, les Etats capitalistes et les gouvernements capitalistes, vaincus par l’armée rouge et par la lutte des prolétaires européens contre leurs offensives en Russie, essayent de tirer profit de la famine pour renouveler leur invasion en se couvrant du manteau de la charité. Une partie de la presse capitaliste déclare ouvertement et cyniquement qu’il faut abandonner les masses aux affres de la famine, afin qu’elles se révoltent contre le gouvernement des Soviets.

Le gouvernement impérialiste de France envoie des troupes et des munitions en Pologne, d’où il entend diriger une nouvelle attaque contre la Russie des Soviets, au moment où la détresse aura atteint son point culminant.

La diplomatie française essaie de rallier la Roumanie, la Petite-Entente et les Etats de la Baltique à ce projet criminel. Les gouvernements des Etats-Unis et de l’Angleterre, si prolixes d’ordinaire en phrases humanitaires, font à présent comme s’ils n’étaient pas informés de la misère du peuple russe. Ils promettent cependant, de façon détournée, leur aide à la Russie des Soviets, tout en insinuant que leurs promesses se changeront en actes, le jour où la Russie des Soviets laissera à leurs diplomates ainsi qu’à la bourgeoisie contre-révolutionnaire russe une complète liberté d’action. Cela signifie tout simplement qu’ils mettent la classe ouvrière russe dans l’alternative, ou bien de permettre au capitalisme mondial d’organiser, la contre-révolution en Russie, ou bien de refuser les conditions qu’on lui présente. Dans ce cas, si elle renonce au pain qu’on lui offre, on espère que les masses affamées se tourneront contre elle.

OUVRIERS ET OUVRIÈRES DU MONDE ENTIER

N’oubliez pas que le sang des ouvriers et paysans russes a coulé pour vous. N’oubliez pas que, pendant trois ans, les masses ouvrières russes ont souffert de la faim et de mille privations pour la cause commune. N’oubliez pas que les attaques contre-révolutionnaires contre la Russie des Soviets sont aussi dirigées contre vous. Contrecarrez les plans du capitalisme mondial. Détruisez-en le germe.

L’Internationale communiste demande que non seulement tous les partis communistes, les syndicats, les organisations ouvrières rouges, mais aussi tous les prolétaires honnêtes lassent comprendre à leurs gouvernements respectifs qu’ils n’assisteront pas sans broncher aux nouveaux préparatifs de guerre des gouvernements capitalistes contre la Russie des Soviets, et qu’ils ne toléreront pas que les gouvernements, en offrant leur aide à la Russie, lui posent quelque condition que ce soit.

Le gouvernement des Soviets a déjà rallié à l’œuvre de secours certaine cercles de bourgeois honnêtes chez lesquels la conscience et les sentiments humanitaires ont prédominé sur les questions de parti.

Par là, le gouvernement des Soviets a prouvé qu’il voulait aider indistinctement tous ceux qui souffraient et qu’il voulait coopérer avec tous les éléments honnêtes contre la famine.

Mais il ne s’agit pas seulement d’empêcher les manœuvres de la Contre-révolution. Il s’agit de l’aide positive que le prolétariat mondial doit apporter aux masses populaires russes.

Nous savons que nos réserves de pain ne sont pas abondantes, mais nous savons aussi que lorsque le malheur sévit sur la famille ouvrière, le plus pauvre d’entre nous sait apporter une aide meilleure et plus efficace que celle des riches, qui font de la philanthropie aux dépens des masses populaires.

Nous en appelons à tous les partis communistes, à tous les syndicats rouges, à toutes les organisations ouvrières et partis ouvriers qui veulent venir en aide à la Russie des Soviets. Qu’ils se mettent immédiatement au travail pour organiser l’œuvre de secours !

Les temps sont venus où le triage se fera entre ceux pour lesquels la solidarité prolétarienne universelle n’est qu’un vain mot et ceux pour lesquels elle est synonyme d’action et de vérité.

Nous demandons aux partis communistes de tous les pays de se mettre en relations avec toutes les organisations ouvrières pour former en commun des comités de secours ayant pour tâche de faire de la propagande dans toutes les masses populaires afin de rassembler des fonds pour l’achat de céréales et de médicaments.

Chaque wagon de céréales que les organisations ouvrières enverront aux ouvriers russes pour les aider à combattre la famine, prouvera aux masses souffrantes qu’elles ne sont pas seules à lutter corps à corps avec le monde capitaliste cherchant à tirer profit rie leur détresse, mais qu’il y a une grande famille ouvrière solidaire prête à partager son dernier morceau de pain avec le frère qui souffre.

A l’œuvre, ouvriers et ouvrières de tous les pays ! Prouvez votre solidarité prolétarienne internationale ! ! !

VIVE LA RUSSIE DES SOVIETS !

Moscou, 30 juillet 1921.