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Art contemporain et post-modernisme - 8e partie : l’existentialisme de Jean-Paul Sartre

L’existentialisme est la source directe de Michel Foucault, et c’est la véritable idéologie de la bourgeoisie dans les années 1950, portée par Jean-Paul Sartre, Albert Camus, Samuel Beckett.

L’existentialisme affirme le caractère irréductible de l’individu, qui ne pourrait être touché par aucun phénomène social ou naturel, aucune « essence ». L’être humain serait, selon Jean-Paul Sartre, « condamné à être libre », et donc à agir pour choisir l’essence qu’il veut.

L’existentialisme est un christianisme sans Dieu : l’être humain se retrouve seul, face à un monde à la fois trop grand et trop petit : cette conception est semblable à celle du religieux baroque Blaise Pascal dans ses Pensées, mais sans plus aucune dimension religieuse.

Ne reste alors plus qu’à remplir sa vie, en connaissance de cause. Les romans et les pièces de théâtre d’Albert Camus illustrent parfaitement cette problématique : on est ce qu’on choisit de faire, la question étant de savoir si l’on choisit d’être, selon le mot de Jean-Paul Sartre, un salaud ou pas.

Voici comment ce dernier fait l’éloge de la subjectivité, à la fin de sa célèbre conférence de 1945, L’existentialisme est un humanisme :

« L’homme est constamment hors de lui-même, c’est en se projetant et en se perdant hors de lui qu’il fait exister l’homme et, d’autre part, c’est en poursuivant des buts transcendants qu’il peut exister ; l’homme étant ce dépassement et ne saisissant les objets que par rapport à ce dépassement, est au coeur, au centre de ce dépassement.

Il n’y a pas d’autre univers qu’un univers humain, l’univers de la subjectivité humaine.
Cette liaison de la transcendance, comme constitutive de l’homme — non pas au sens où Dieu est transcendant, mais au sens de dépassement — et de la subjectivité, au sens où l’homme n’est pas enfermé en lui-même mais présent toujours dans un univers humain, c’est ce que nous appelons l’humanisme existentialiste.

Humanisme, parce que nous rappelons à l’homme qu’il n’y a d’autre législateur que lui-même, et que c’est dans le délaissement qu’il décidera de lui-même ; et parce que nous montrons que ça n’est pas en se retournant vers lui, mais toujours en cherchant hors de lui un but qui est telle libération, telle réalisation particulière, que l’homme se réalisera précisément comme humain ».

Cette affirmation de la subjectivité humaine est en opposition frontale avec la conception matérialiste dialectique de la conscience comme matière grise, reflet du mouvement général de la matière.

L’originalité de l’existentialisme tient à l’affirmation de « l’angoisse » comme caractéristique de l’être humain prenant conscience de la possibilité de réaliser des libertés et de la nécessité de mourir.

En ce sens, l’existentialisme est une philosophie de la subjectivité complète sur la base de la décadence approfondie de la bourgeoisie : l’individu bourgeois est en panique et n’arrive plus à se concevoir, autrement que comme subjectivité radicale, coupée de la nature et de la société.

Le pessimisme et le désarroi sont au cœur de l’existentialisme, comme en témoignant les œuvres littéraires de ce courant (à ce titre, les penseurs bourgeois placent couramment Franz Kafka dans cette tradition, c’est absolument faux : son écriture est réaliste, ses personnages pas du tout en désarroi à part dans La métamorphose, œuvre pas du tout représentative de l’expression de la sensibilité par Franz Kafka).

Il n’est guère étonnant que le fondamentalisme islamique, né dans des pays semi-coloniaux, ait puisé dans cette conception pessimiste et subjectiviste.

vendredi 31 janvier 2014


Art contemporain et post-modernisme