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Art contemporain et post-modernisme - 13e partie : le nouveau roman

Roland Barthes (1915-1980), très proche de Michel Foucault, a formulé la thèse centrale du post-modernisme sur le plan du rapport à l’art.

Selon lui, « la naissance du lecteur doit se payer de la mort de l’auteur », c’est-à-dire que le lecteur prend un écrit de manière totalement individuelle, sans aucun rapport ni avec la société, ni avec l’auteur, ni l’époque, ni quoi que ce soit.

Tous les romans bourgeois se sont précipités dans cette brèche, avec même une théorisation dans le texte Pour un Nouveau Roman, publié par Alain Robbe-Grillet en 1963.

A côté de cet auteur, naturellement proche de Samuel Beckett, on retrouve des gens comme Nathalie Sarraute, Claude Simon, Michel Butor, Jean-Marie Gustave Le Clézio ou encore Marguerite Duras.

Le principe du « nouveau roman » est de nier l’importance de l’intrigue, voire même des personnages. Le lecteur peut prendre comme bon lui semble le roman. Toute prétention au réalisme serait fausse.

Pour que l’individu-lecteur existe, l’individu-personnage doit mourir, comme l’explique Alain Robbe-Grillet, dans sa charge contre le réalisme :

« Aucune des grandes œuvres contemporaines ne correspond en effet sur ce point aux normes de la critique. Combien de lecteurs se rappellent le nom du narrateur dans La Nausée ou dans L’Étranger ? Y a-t-il là des types humains ? Ne serait-ce pas au contraire la pire absurdité que de considérer ces livres comme des études de caractère ?

Et Le Voyage au bout de la nuit, décrit-il un personnage ? Croit-on d’ailleurs que c’est par hasard que ces trois romans sont écrits à la première personne ? Beckett change le nom et la forme de son héros dans le cours d’un même récit. Faulkner donne exprès le même nom à deux personnes différentes. Quant au K. du Château, il se contente d’une initiale, il ne possède rien, il n’a pas de famille, pas de visage ; probablement même n’est-il pas du tout arpenteur.

On pourrait multiplier les exemples. En fait, les créateurs de personnages, au sens traditionnel, ne réussissent plus à nous proposer que des fantoches auxquels eux-mêmes ont cessé de croire. Le roman de personnages appartient bel et bien au passé, il caractérise une époque : celle qui marqua l’apogée de l’individu. »

Naturellement, ce que dit Alain Robbe-Grillet sur Franz Kafka est naturellement faux, mais il n’y a guère de choses à attendre de quelqu’un qui n’a pas hésité à expliquer que « Depuis l’âge de douze ans, j’aime les petites filles et les adolescentes » et pour qui « Ces histoires autour de la pédophilie, cela devient grotesque (...) Ce qui importe, c’est le consentement spontané » (son roman Un Roman sentimental raconte même des scènes de viols et de tortures d’enfants).

On est là dans le subjectivisme le plus complet, dans le roman se résumant aux banalités jetées par le bourgeois sur du papier ou un écran d’ordinateur, sans aucun souci de cohérence. Tous les romans publiés par la bourgeoisie sont conformes à cet esprit.

Ce qui compte, c’est au mieux l’expérimentation, la tentation de mettre les mots ensemble de manière alambiquée, comme par exemple dans cet extrait du roman La modification de Michel Butor :

« Puis, saisissant avec violence la poignée chromée dont le noyau de fer plus sombre apparaît déjà dans une mince déchirure de son placage, vous vous efforcez de fermer la porte coulissante, qui, après quelques soubresauts, refuse d’avancer plus loin, au moment même où apparaît dans le carreau à votre droite un petit homme au teint très rose, couvert d’un imperméable noir et coiffé d’un chapeau melon, qui se glisse dans l’embrasure comme vous tout à l’heure, sans chercher le moins du monde à l’élargir, comme s’il n’était que trop certain que cette serrure, que cette glissière ne fonctionneraient pas convenablement, s’excusant silencieusement, avec un mouvement de lèvres et de paupières à peine perceptible, de vous déranger tandis que vous repliez vos jambes, un Anglais vraisemblablement, le propriétaire sûrement de ce parapluie noir et soyeux qui raie la moleskine verte, qu’il prend en effet, qu’il dépose, non point sur le filet mais au-dessous, sur la mince étagère faite de tringles, ainsi que son couvre-chef, le seul dans ce compartiment pour l’instant, un peu plus âgé que vous sans doute, son crâne bien plus dégarni que le vôtre. »

Le point culminant de cette tendance subjectiviste va être le situationnisme, qui prétend faire la révolution par la littérature.

dimanche 9 février 2014


Art contemporain et post-modernisme