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Aristote et la philosophie première – 1re partie : l’ouvrage « La métaphysique »

Il n’existe pas d’ouvrage d’Aristote s’intitulant « La métaphysique » et d’ailleurs lui-même n’emploie pas ce terme : c’est l’un des grands paradoxes concernant un ouvrage assemblé de bric et de broc dont l’impact fut extrêmement important sur le plan des idées.

Aussi tortueuse cependant que soit sa formulation et inappropriée que soit sa construction, « La métaphysique » est un véritable manifeste où est affirmée la possibilité de comprendre le sens et la nature de l’univers. Malgré ses faiblesses, c’est donc un appel matérialiste, une sorte d’équivalent inversé de la Torah, de la Bible, de l’Avesta, des Upanishads ou encore du Coran.

Ce qu’on appelle « La métaphysique » est concrètement un bric-à-brac de textes attribués à Aristote, qui vécut dans les années 300 avant notre ère ; il y en a quatorze, formant des « livres ».

Ces livres de « La métaphysique » sont historiquement désignés par des lettres grecques ou des chiffres romains : I. Alpha (Α) ; II. Petit alpha (α) ; III. Bêta (Β) ; IV. Gamma (Γ) ; V. Delta (Δ) ; VI. Epsilon (Ε) ; VII. Zêta (Ζ) ; VIII. Êta (Η) ; IX. Thêta (Θ) ; X. Iota (Ι) ; XI. Kappa (Κ) ; XII. Lambda (Λ) ; XIII. Mu (Μ) ; XIV. Nu (Ν).

L’histoire de ces livres est raconté comme suit si l’on en croit Strabon et Plutarque ; c’est un aspect important, car « La métaphysique » n’a nullement les traits d’un ouvrage terminé par son auteur.

A la base, le disciple d’Aristote dénommé Théophraste, et également son successeur à la tête de son école (appelée le Lycée), aurait confié ses propres manuscrits, ainsi que ceux d’Aristote, à Néleus. Lui-même voyagea et les laissa à ses héritiers qui, refusant de les remettre aux rois de Pergame, les cachèrent dans une cave sans s’en soucier davantage.

Le lieutenant du gouverneur d’Athènes, Appellicon de Téos, découvrit leur existence et les acquit ; leur état était déjà très mauvais. Les copies qui en furent faites furent par ailleurs défectueuses, et plus tard celles-ci arrivèrent à Rome, car la bibliothèque d’Apellicon fut emmenée comme prise de guerre. On a alors Tyrannion, précepteur des fils de Cicéron, qui y a accès et les copia, les remettant ensuite à Andronicos de Rhodes, au premier siècle avant notre ère.

Ce dernier était le chef de ce qui restait du Lycée ; c’était le onzième successeur à Aristote, ce qui témoigne de l’énorme distance existante entre ces textes et leurs redécouvertes. C’est lui qui organisa « La métaphysique » comme ouvrage en tant que tel.

Est-ce là la vérité, on ne le sait pas trop, mais cela sous-tend si c’est le cas que d’importants documents d’Aristote étaient inconnus de son école. La question du fait que l’ensemble des textes de « La métaphysique » soit réellement d’Aristote se pose également, même si l’ensemble des professionnels de la question pense que c’est grosso modo bien le cas, malgré qu’il y ait certainement quelques retouches, ajouts, passages intercalés peut-être, provenant de ses propres autres textes sans doute.

Dans tous les cas, le corpus de textes attribués à Aristote relève de son courant de pensée.

En ce qui concerne « La métaphysique », le vrai souci est qu’il n’y a en tout cas aucune cohérence générale dans les textes composant cet ouvrage, et ce n’est au mieux qu’une ébauche d’un document général, voire même des notes, voire encore des notes de cours.

En fait, à dire vrai, les propos ne sont pas ordonnés et cette œuvre a des caractéristiques terribles la rendant très ardue dans son étude : l’expression est hyper technique, l’esprit très synthétique, il n’y a aucune continuité dans le propos, il y a sans cesse des redites ou bien des références à des choses non expliquées, et cela au point que « La métaphysique » est, à proprement parler, littéralement illisible.

Asclépios de Tralles raconte à ce sujet que :

« Le présent ouvrage n’a pas l’unité des autres écrits d’Aristote, et manque d’ordre et d’enchaînement. Il laisse à désirer sous le rapport de la continuité du discours ; on y trouve des passages empruntés à des traités sur d’autres matières ; souvent la même chose y est redite plusieurs fois.

On allègue avec raison, pour justifier l’auteur, qu’après avoir écrit ce livre, il l’envoya à Eudème de Rhodes, son disciple, et que celui-ci ne crut pas qu’il fût à propos de livrer au public, dans l’état où elle était, une œuvre si importante ; cependant Eudème vint à mourir, et le livre souffrit en plusieurs endroits.

Ceux qui vinrent ensuite, n’osant y ajouter de leur chef, puisèrent pour combler les lacunes, dans d’autres ouvrages, et raccordèrent le tout du mieux qu’ils purent ».

Cela n’empêcha pas « La métaphysique » d’avoir une importance historique essentielle dans l’Histoire, de par ce qu’elle posait comme problématique et comme affirmation matérialiste.