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André Marty : Pour la Paix ! Pour la défense de l’U.R.S.S. – 1935

Discours prononcé au VIIe congrès mondial de l’Internationale communiste, le 14 août 1935

 I. − Les deux pôles de la guerre et de la Paix en Europe

Je rappellerai d’abord, qu’à la veille de la dernière guerre impérialiste, nous avions l’habitude en France de comparer l’Europe, suivant l’image de Jaurès, à une poudrière dans laquelle se promèneraient des fous, des torches à la main.

Aujourd’hui, la poudrière couvre le monde entier et ceux qui promènent les torches ce sont les criminels fascistes.

Quatre éléments essentiels caractérisent à l’heure actuelle, d’après nous, la situation internationale :

Crise économique sans précédent qui, depuis sept ans, saisit au collet les impérialismes et les oblige par cela même à multiplier les efforts pour conquérir de nouveaux débouchés.

Arrivée au pouvoir du fascisme en Allemagne, avec tout ce que cet avènement comporte d’excitations chauvines et de préparation accentuée à la guerre.

Développement de la révolution soviétique en Chine et, parallèlement, guerre de brigandage du Japon en Chine et visant l’Union soviétique.

Victoire définitive et sans retour possible du socialisme en Union soviétique. D’où contradiction sans cesse plus grande entre les deux systèmes : socialiste et capitaliste.

Et c’est ainsi que dans le monde impérialiste, en plein déclin, apparaissent partout des foyers de guerre dont certains flambent déjà.

En effet, on peut les caractériser ainsi :

En Europe, c’est l’impérialisme allemand qui, de toute évidence, est, à l’heure actuelle, le fauteur essentiel de guerre.

En Afrique, c’est l’impérialisme italien contre l’Abyssinie. Les compétitions autour de ce pays jouent actuellement le même rôle que celles autour du Maroc à la veille de 1914.

En Amérique du Sud et centrale, les impérialistes anglais et nord-américains se livrent une lutte acharnée qui se règle de temps à autre par les canons des petits Etats.

En Asie, où tonnent déjà depuis trois ans les canons de l’impérialisme japonais, fauteur principal de guerre, les grands rapaces impérialistes : Amérique du Nord, Grande-Bretagne, France, Allemagne, Italie auraient déjà dépecé l’immense Chine sans la puissance formidable de paix de l’Union soviétique, sans la puissance de l’Armée rouge chinoise.

Je ne présenterai d’observations que sur un seul point très limité de ces multiples contradictions et menaces de guerre, celui qui concerne l’Europe et plus particulièrement les pays capitalistes les plus évolués d’Europe. Je ne traiterai pas en particulier, par exemple, des problèmes balkaniques.

Le fascisme hitlérien, fauteur essentiel de guerre en Europe.

1° Le traité de Versailles a rassasié, pour un temps, certains impérialismes victorieux, France et Grande-Bretagne particulièrement. Mais, en conséquence, l’impérialisme allemand, ce « rapace jeune et puissant » a été encore plus affamé : il a été en effet amputé de grosses régions industrielles comme l’Alsace-Lorraine, la Haute-Silésie, Danzig, etc., il l’a été de toutes ses colonies.

Le développement monopoliste accentué de l’Allemagne d’après-guerre, les contradictions croissantes entre la capacité de production et la possibilité d’exportation du capital devaient obligatoirement activer ses tendances impérialistes, annexionnistes.

A l’heure actuelle, les énormes moyens de production d’un pays à l’industrie puissante obligent l’impérialisme allemand à mettre tout en œuvre pour reprendre et conquérir les débouchés sans lesquels il étouffe. Et c’est ce qu’il fait.

2° D’autre part, ces mêmes traités de brigandage de 1919, qui ont encore plus accentué les visées impérialistes de l’Allemagne, ont fourni un argument excellent aux fascistes pour soulever un chauvinisme effréné. Toutes les misères et toutes les souffrances effroyables du prolétariat et des travailleurs d’Allemagne, ils les ont mises sur le compte de Versailles et de l’impérialisme français.

Combien il était aisé pour les fascistes d’exciter la haine nationale des masses populaires quand l’Allemagne devait payer des stocks énormes de matières premières et de moyens de production aussi précieux que le bois et le charbon, quand elle livrait des locomotives, des wagons, des navires ; combien il était aisé de soulever la vague chauvine quand les travailleurs allemands affamés, dont les enfants étaient privés du strict nécessaire, voyaient livrer aux vainqueurs les vaches laitières, les arbres fruitiers et les volailles.

Les fascistes hitlériens sont obligés de vouloir la guerre, parce qu’ils sont les agents les plus réactionnaires de l’impérialisme allemand et pour satisfaire justement au courant nationaliste aigu qu’ils ont eux-mêmes provoqué, développé et accentué. La paix, c’est la mort de l’hitlérisme.

C’est pourquoi ils remettent en cause le partage de l’Europe et du monde. C’est pourquoi à l’heure actuelle, ils fêtent insolemment le 65° anniversaire de Krupp.

C’est pourquoi ils glorifient les « mérites » de ce « roi des canons », de ce roi des massacreurs.

C’est pour cela que l’énorme appareil de production de l’Allemagne est, à l’heure actuelle, tout entier tourné vers la préparation frénétique de monstrueux massacres pour lesquels son état-major ne demande que quelques mois de préparation.

C’est pour cela aussi que redouble la terreur contre les prolétaires révolutionnaires d’Allemagne, contre notre héroïque Parti frère, contre toute résistance à la dictature nazie, en vue d’assurer l’arrière.

Contre qui, en premier lieu, sont dirigés les préparatifs hitlériens ?

Certes, l’Autriche reste un des points les plus convoités de l’hitlérisme ; certes, l’Allemagne fasciste n’est pas décidée à laisser l’impérialisme français digérer tranquillement l’Alsace-Lorraine, le Maroc, la Syrie, le Cameroun. Il le dit et il se prépare.

Mais la propagande chauvine fasciste qui crie : « Peuple sans espace » ajoute : « Espace à l’Est », « Vers l’Est », a déclaré Hitler dans Mein Kamp. « Vers l’Est », a déclaré Rosenberg à Londres. L’Est, c’est-à-dire non pas les immenses propriétés foncières des hobereaux prussiens, mais l’Union soviétique. C’est là que le fascisme hitlérien voit avant tout le champ d’expansion le plus aisé. Il compte ainsi faire d’une pierre deux coups : d’une part, gagner de nouveaux débouchés, de nouveaux points d’appui ; de l’autre, frapper et abattre le pays de la révolution prolétarienne, le pays du socialisme, l’Union soviétique. Il espère ainsi, dans cette guerre au socialisme, avoir la possibilité de rassembler plus facilement autour de lui le plus grand nombre de puissances impérialistes.

Le phare socialiste.

Or, que représente l’Union soviétique ? Lénine déclarait en mai 1921 :

« Aujourd’hui, c’est surtout par notre politique économique que nous agissons sur la révolution mondiale... Dans ce domaine, la lutte a été portée sur l’arène mondiale... Ce problème résolu, nous vaincrons à l’échelle internationale sûrement et définitivement. »

C’était en effet la politique d’expropriation des expropriateurs qui attirait déjà en 1919 vers l’Union soviétique la sympathie d’une foule innombrable de travailleurs. Aujourd’hui, le courant est autrement puissant.

Il est impossible d’empêcher les ouvriers, les travailleurs du monde capitaliste, de se demander pour quel motif chez eux c’est la misère et en Union soviétique le bien-être.

Il est impossible de les empêcher de constater que c’est le renversement du régime du Capital qui est à l’origine de la différence des deux systèmes. Il est impossible d’empêcher même les intellectuels, les savants, de se tourner vers l’Union soviétique, car ils constatent l’essor inouï de la science et de la culture au pays des Soviets et leur situation misérable dans les pays capitalistes, sauf pour ceux qui sont occupés aux recherches de guerre.

Enfin, au moment. ou l’oppression devient sans cesse plus féroce sur les peuples coloniaux, la libre fédération de 185 peuples dans l’Union soviétique est l’espoir des millions d’esclaves colonisés.

Ainsi, la construction du socialisme en U.R.S.S. constitue un formidable pôle dont la puissance d’attraction sur les travailleurs du monde entier croît de plus en plus ; elle est bien le plus puissant explosif qu’aient jamais pu rêver les révolutionnaires romantiques d’antan pour faire sauter le régime d’exploitation et de famine.

Encore quelques années et le simple exposé du bien-être et de la joie de vivre dans le nouveau monde socialiste, la simple propagande par l’image et par les délégations des travailleurs venus visiter le pays des Soviets soulèveront des forces qu’aucune digue du vieux monde impérialiste ne pourra plus retenir.

Cela, les impérialistes du monde entier le savent et, plus particulièrement, leurs éléments les plus chauvins et les plus réactionnaires, c’est-à-dire les fascistes.

C’est pour cela que ces affameurs, que ces massacreurs stipendiés du grand Capital sont animés de la haine la plus sauvage contre l’Union soviétique.

C’est pour cela que les plus féroces d’entre eux, les hitlériens, voient dans la destruction de l’Union soviétique à la fois une issue à leur situation économique catastrophique, la satisfaction des besoins de l’impérialisme allemand et la destruction de l’ennemi qui est le plus dangereux pour eux, le pays des Soviets.

Le pays des Soviets, dont la seule existence est un appel constant aux millions de prolétaires écrasés sous leur sanglante et bestiale dictature fasciste.

C’est pour cela qu’actuellement en Europe, l’Allemagne hitlérienne est le principal fauteur de guerre et l’animateur de la lutte armée contre l’Union soviétique.

 II. − L’internationale communiste et l’Union soviétique, forces de paix

Je voudrais établir comment et pourquoi l’Internationale communiste et l’Union soviétique sont de formidables bastions de paix.

L’Internationale communiste lutte pour la paix et entend employer toutes ses forces pour la maintenir.

Pourquoi ?

1. Parce que la guerre apporte aux travailleurs le massacre et des souffrances sans nom, et au capitalisme des profits et des surprofits monstrueux.

De 1914,à 1918, pour les ouvriers et les paysans, 20 millions de morts, 30 millions de mutilés, la ruine et la dévastation dans leurs foyers. Mais pour les Krupp et les Schneider, pour les Bethlehem Steel et les Vickers, des milliards de surprofits jamais encore atteints. Par exemple, aux Etats-Unis, la Dupont C° − explosifs − chiffrait ses bénéfices de guerre en 1918 à 1.246 millions de dollars, soit 1.130 % des bénéfices d’avant-guerre !

De nombreux scandales dans tous les pays du monde, particulièrement en France, en Allemagne et aux Etats-Unis, ont suffisamment établi que, durant la dernière guerre mondiale, tandis qu’étaient fusillés les soldats coupables de fraternisation, les exploiteurs pour les intérêts desquels ils étaient jetés à la boucherie vendaient à l’« ennemi » les matières premières et les machines qui lui manquaient pour continuer la guerre contre leur propre pays.

Et, plus près de nous, la commission d’enquête du Sénat de Washington n’a-t-elle pas établi en 1934 que Skoda, contrôlé par Schneider, a fourni en abondance des armes et des munitions à Hitler pour instaurer sa dictature ? La même commission d’enquête n’a-t-elle pas montré à l’œuvre l’Aircraft C°, la Dupont C°, etc., fournissant abondamment Hitler en avions et en explosifs ?

Ne voit-on pas à l’heure actuelle la Compagnie du canal de Suez calculer cyniquement que le passage de 120.000 soldats italiens pour l’Abyssinie lui a procuré 90.000 livres sterling de bénéfices supplémentaires. D’où l’intérêt des actionnaires à ce qu’il y ait le plus possible de massacrés en Abyssinie pour que passent le plus possible de troupes, donc que montent les dividendes.

2. La guerre, c’est obligatoirement la dictature militaire sur l’ensemble du pays.

Sur l’ensemble du pays et non sur quelques régions feulement comme en 1914-1918. Il est bien établi, en effet, que la guerre de demain sera totale. Par la mise en action des bombardements aériens à gaz sur les grosses agglomérations industrielles, elle abolira l’ancienne distinction entre civils et militaires, entre le front et l’arrière.

La guerre impérialiste serait donc la destruction des restes des libertés démocratiques là où elles existent encore ; elle serait donc la suppression des droits d’association, de réunion, de la liberté de la presse ouvrière, déjà si restreints.

Ce serait la destruction de toutes les organisations ouvrières et le champ libre aux fascistes.

Ce serait donc une aggravation formidable de l’exploitation et de l’oppression de la classe ouvrière, la réquisition aux prix bas, à la campagne ; ce serait un régime de forçat pour les peuples coloniaux ; ce serait, dans des proportions un million de fois plus grandes qu’en 1914-1918, le règne atroce du peloton d’exécution, de la torture et de l’assassinat par les bandes fascistes.

C’est pour cela que nous, communistes, défenseurs acharnés de ce qui reste des libertés démocratiques, ces positions conquises de haute lutte par la classe ouvrière, ces positions qui permettent à la classe ouvrière de mieux défendre ses intérêts, c’est pour cela que nous sommes également les défenseurs acharnés de la paix.

Quant aux pays de dictature fasciste, la guerre y serait pour les travailleurs un véritable esclavage aggravant encore l’épouvantable régime qu’ils y subissent et les épuisant clans la production de guerre jusqu’aux extrêmes limites des forces humaines.

3. Qui a payé et qui paye les frais de la grande guerre impérialiste de 1914-1918 ?

Ceux qui ont été jetés dans le carnage par la bourgeoisie et l’abominable trahison de la social-démocratie ; les travailleurs, vainqueurs ou vaincus, en payent encore actuellement tous les frais avec leurs salaires réduits et les impôts écrasants.

Même ceux que voulait s’attacher la bourgeoisie, les anciens combattants, ces victimes aux corps déchiquetés, aux poumons brûlés, aux yeux éteints, se voient maintenant dans tous les pays capitalistes réduire encore leurs maigres pensions.

Tandis que, au contraire, les capitalistes, « vainqueurs » et « vaincus », dont les dividendes ont monté verticalement pendant les quatre ans de massacre, ont investi dans de nouvelles entreprises modernisées des capitaux gigantesques et en tirent des profits exorbitants, malgré la crise.

En un mot, les pauvres ont tout sacrifié et payent les frais d’une guerre qui n’a servi que les intérêts de leurs exploiteurs ; les riches ont encore formidablement gagné clans cette entreprise gigantesque de destruction.

Les guerres impérialistes ne profitent qu’aux exploiteurs, aux capitalistes, elles saignent, elles écrasent les prolétaires, les masses laborieuses de tous les pays.

Voilà pourquoi les communistes, parce qu’ « ils n’ont pas d’autres intérêts que ceux de la classe ouvrière », sont les lutteurs les plus acharnés pour la défense de la paix.

4. Les communistes peuvent-ils vouloir une guerre impérialiste ?

Pendant de longues années, cependant, les social-démocrates ont porté contre nous l’accusation de vouloir une guerre entre impérialistes ou même contre l’Union soviétique, pour en faire sortir la révolution, disaient-ils. Comme si dans tous les pays du monde les Partis communistes n’avaient pas à leur actif d’ardentes campagnes dans leur lutte contre la guerre impérialiste !

Comme si l’Internationale communiste, issue de la lutte contre la guerre et contre l’intervention antisoviétique, n’avait pas, au cours de son passé glorieux, lutté vigoureusement et avec succès pour la paix !

En particulier en 1923, lorsque l’occupation de la Ruhr mit l’Europe à deux doigts de la guerre et que la IIe Internationale refusa nos propositions de front unique de lutte ! Les social-démocrates ont porté contre nous cette calomnie. Comme si notre Parti communiste français n’avait pas remporté d’éclatants succès dans la lutte contre la guerre impérialiste.

Notre Parti français, qui a dans ses rangs bien de ceux qui, durant le dernier carnage, et en particulier en 1917 et 1919, participaient et dirigeaient les grandes grèves révolutionnaires et les grandioses mutineries militaires de ces années rouges.

Comme si notre Parti français ne comptait pas ses pages les plus glorieuses, justement dans ce domaine de lutte contre la guerre sur les directives de l’I.C. : 1921 et la lutte contre le rappel de la « classe » qui « devait saisir au collet l’Allemagne » ; 1923, contre l’occupation de la Ruhr, pour la fraternisation des soldats français avec les prolétaires allemands ; 1925, avec la grève générale du 12 octobre contre la guerre de brigandage au Maroc et en Syrie et le soutien des peuples de ces pays, dans leur lutte libératrice : 1927-1929, avec la lutte contre les menaces de guerre des réactionnaires français.

Ces faits répondent aux calomnies intéressées de ceux qui, à chacune de ces périodes, soutenaient leur propre impérialisme. Ils répondent aux mensonges qui prétendent que nous voulons la guerre, en rappelant ce qu’a fait notre Parti pour que les soldats français envoyés dans la Ruhr et en Rhénanie fraternisent avec les travailleurs d’Allemagne, contre leurs militaristes et leurs fauteurs de guerre, ce qui a valu l’arrestation de notre Bureau politique, Marcel Cachin en tête, pour « atteinte à la sûreté extérieure de l’Etat ».

Dans cette lutte contre les menaces de guerre impérialiste, les communistes n’ont, dans aucun pays du monde, ménagé ni leurs forces, ni leur liberté, ni leur vie.

L’U.R.S.S., force de paix.

Quelques renégats, au premier rang desquels on trouve le triste Doriot, essayent d’atteindre l’Union soviétique en reprenant contre elle exactement ce que dit Hitler. Ils l’accusent de vouloir la guerre.

Comme si l’Union soviétique pouvait être autre chose qu’une force de paix !

1. Lénine a rappelé cette parole de Clausewitz : « La guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens. » Or, quelle peut être la politique d’un Etat impérialiste ? Evidemment, celle qui est fixée par la seule loi qui le régit, celle de la course au profit, c’est-à-dire. la politique d’expansion impérialiste qui aboutit fatalement aux conflits armés.

Or, la course au profit n’existe pas en Union soviétique parce que pays du socialisme. Qu’un pays capitaliste ait construit la centième partie d’un Magnitogorsk ou d’un Turksib et les spéculateurs eussent raflé des millions ! C’est pour cela que l’U.R.S.S., de par sa structure économique et sociale même, ne peut vouloir aucune expansion, aucune guerre.

En Union soviétique, le capitalisme a disparu. Les buts généraux de sa politique sont fixés d’une manière claire et précise et par le congrès du Parti communiste de l’U.R.S.S., et par les congrès des Soviets. Ils sont publiés, diffusés par radio, imprimés à des millions d’exemplaires.

Et notre grand camarade Staline ne laisse pas passer une occasion de les rappeler. Il veille lui-même à ce qu’ils deviennent la réalité. Ces buts sont l’élévation continue du bien-être de l’ensemble de la population laborieuse, la construction de la société sans classes, la marche au communisme avec comme but suprême notre vieille devise :

« A chacun suivant ses besoins, de chacun suivant ses capacités. »

Voilà pourquoi l’Union soviétique, dont toutes les forces sont concentrées vers ces buts essentiels, ne peut que vouloir la paix qui lui assure la possibilité de continuer son énorme transformation sociale, unique dans l’histoire de l’humanité.

Par son édification socialiste, l’U.R.S.S. aide le prolétariat mondial, les peuples coloniaux. C’est pour cela qu’elle est devenue la patrie des travailleurs du monde entier, la libre fédération vers laquelle tendent tant de peuples opprimés, c’est pour cela qu’elle est si violemment haïe par les impérialistes du monde entier.

Ercoli a, hier, rappelé les étapes décisives de cette politique de paix, partie de l’appel lancé la nuit même de la prise du pouvoir le 7 novembre 1917 : « A tous les peuples et a tous les gouvernements belligérants », par le IIe congrès des Soviets.

D’ailleurs, l’Union soviétique n’a-t-elle pas démontré à maintes reprises sa volonté de paix ? Je me contenterai d’ajouter deux arguments à ceux donnés hier par Ercoli. N’est-ce pas l’Union soviétique qui, la première, a fait en 1927, à Genève, une proposition concrète et précise de désarmement général, simultané et contrôlé ? Celle-ci repoussée, n’a-t-elle pas refait à maintes reprises des propositions de désarmement partiel toujours accueillies par des sarcasmes ?

Les ambassadeurs soviétiques ont été assassinés : Vorovski en Suisse, Voïkov à Varsovie ; d’autres ont été expulsés comme des bandits, même à Paris. Les impérialistes arrêtent les consuls soviétiques, les citoyens soviétiques, comme les cheminots de Mandchourie, par exemple. A maintes reprises on viole à main armée le territoire de l’U.R.S.S.

Quel est le pays qui eût accepté de pareilles provocations ? Il n’en est pas un seul !

Le coup d’éventail du dey d’Alger à la figure d’un envoyé du gouvernement français a suffi comme prétexte pour mettre à feu et à sang l’Algérie pendant cinquante ans. Le prétexte à la déclaration de guerre de la France à l’Allemagne, en juillet 1870, fut trouvé dans le fait que le roi Guillaume avait un soir jugé inutile de recevoir l’ambassadeur français !

Voici donc un fait démontré : l’intérêt du prolétariat au pouvoir en U.R.S.S., c’est la paix ; il ne peut en avoir d’autres. Et parce que c’est aussi l’intérêt des masses laborieuses du monde entier, l’Union soviétique a fait à la cause de la paix des sacrifices énormes, jusqu’à ceux de la vie des meilleurs de ses enfants.

 III. − Les rapports entre l’Union soviétique et l’impérialisme français

Attitude actuelle de l’impérialisme français.

Ainsi donc, en Europe, le foyer essentiel de guerre est chez les fascistes hitlériens, la force essentielle de paix est en Union soviétique, pays du socialisme.

« Le camarade André Marty définit alors la position de la bourgeoisie française dans la situation actuelle. Son argumentation se résume ainsi :

« La bourgeoisie française n’a pas intérêt, a l’heure actuelle, a la guerre. La victoire qu’elle a remportée en 1918 lui a permis d’accumuler d’immenses richesses, lui a assuré l’hégémonie en Europe capitaliste.

« Or, elle sait bien qu’elle n’a battu son rival allemand qu’après 52 mois de guerre et avec l’appui considérable des plus puissants impérialismes du monde. Elle se rend compte qu’il lui serait difficile de résister avec succès a une Allemagne fasciste puissamment outillée et dont la population est supérieure à la sienne.

« D’autre part, les classes dirigeantes de France constatent qu’il existe une puissance formidable, l’Union soviétique, qui est devenue une des plus industrielles du monde entier, et qui possède donc une force militaire correspondante. Cette puissance veut le maintien de la paix et l’a prouvé. En outre, le prolétariat et les masses populaires de France sympathisent profondément avec le pays des Soviets et voient dans sa politique de paix un rempart de la sécurité générale. Aussi la France se tourne vers l’Union soviétique. »

André Marty développe ensuite :

N’est-il pas, dès lors, logique que l’Union soviétique, qui met la défense de la paix au-dessus de tout, signe aussitôt un pacte d’assistance mutuelle avec la France capitaliste ?

Faut-il utiliser les contradictions impérialistes ?

Certes, l’intérêt qui porte à la paix l’impérialisme français a de tout autres buts que celui de l’Union soviétique. Mais pourquoi celle-ci ne pourrait-elle pas appuyer les Etats qui, pour d’autres motifs qu’elle, ont intérêt à la paix ?

Nous savons très bien nous, communistes français, que les buts de l’impérialisme français n’ont pas en vue les intérêts des masses laborieuses, mais seulement la conservation de son pouvoir. Mais nous savons très bien aussi que les masses laborieuses de France et du monde entier considèrent la paix comme un de leurs biens les plus chers, et c’est pour cela que, dès les premiers jours, notre Bureau politique a pris parti publiquement pour le pacte d’assistance mutuelle franco-soviétique.

Certains renégats critiquent le pacte d’assistance mutuelle, cette entente pour un but bien précis entre le gouvernement prolétarien et un gouvernement impérialiste. Comme si l’intérêt des masses laborieuses était que l’U.R.S.S. se place dans un « splendide isolement » ! A maintes reprises, Lénine et Staline nous ont cependant expliqué pourquoi le pays des Soviets a vaincu dans les années 1918-1919-1920 :

1. A cause du dévouement absolu des ouvriers et des paysans à leur régime soviétique, à cause du dévouement absolu et de l’héroïsme de l’Armée rouge des ouvriers et des paysans.

2. A cause de l’aide du prolétariat international.

3. Parce que les impérialistes étaient divisés entre eux.

Jamais un ouvrier ne comprendrait que l’U.R.S.S. ait une politique qui soude en un seul bloc contre elle tous ses ennemis. Les prolétaires comprennent très bien, comme Lénine l’a souligné, l’obligation pour l’Etat prolétarien d’utiliser les contredirions entre les bourgeoisies des différents pays. Et c’est pourquoi l’Union soviétique a eu parfaitement raison de signer le pacte d’assistance mutuelle avec l’impérialisme français.

Mais, voici que les mêmes renégats déclarent : « Seule l’action du prolétariat est la véritable garantie de paix. » C’est juste et c’est évident.

Malheureusement, nous ne sommes pas encore assez forts dans les pays capitalistes pour garantir la paix. Qui pourrait assurer qu’en dépit de la lutte magnifique et héroïque de notre Parti frère, le prolétariat allemand peut retenir le bras de Hitler ? Personne, évidemment. Aussi, les travailleurs ne peuvent-ils qu’approuver l’Union soviétique de jeter son poids énorme dans la balance pour garantir la paix par son pacte avec la France et la Tchécoslovaquie, pacte ouvert à tous, ne menaçant donc personne.

Aussi limitée que soit la durée de tels pactes, aussi précaire que puisse être leur application de la part des Etats bourgeois en cas de guerre antisoviétique, ils sont cependant des moyens importants pour mettre obstacle, dans une certaine mesure, à une nouvelle guerre impérialiste mondiale. Et ils servent ainsi les intérêts du prolétariat international et des travailleurs de tous les pays.

Les attaques contre le pacte.

Cette politique conséquente de paix de l’U.R.S.S. ne satisfait évidemment pas tout le monde. Plus particulièrement en France, des groupes capitalistes importants. n’ont pas perdu l’espoir de reprendre la tentative de colonisation manquée de 1918-20, en renversant le pouvoir soviétique par la force militaire. Leurs agents fascistes, ceux qui font l’étalage le plus tapageur d’un patriotisme frelaté, hurlent à la mort contre le pays des Soviets et, en même temps, ils s’efforcent de multiplier les conversations avec Hitler dont ils espèrent l’aide matérielle et pécuniaire en France. Remarquons d’abord que cette campagne inspirée par Hitler indique combien le pacte d’assistance − pacte de paix et non d’alliance militaire − gêne la politique de guerre des nazis. Aussi, ont-ils déjà violemment attaqué le pacte.

Voici le triste renégat Doriot qui déclare dans une interview à un journal bourgeois, le Petit Journal :

Il est tout de même inadmissible que la politique d’un important parti français soit entièrement dominée par les besoins diplomatiques : d’un pays étranger quel qu’il soit. Je redoute cette alliance russe parce· que je crois que la Russie a intérêt ou qu’elle pense avoir intérêt à la guerre, et nous, nous voulons la paix. Eh bien, si nous la voulons, il, faut la rechercher à travers le moyen le plus logique, le rapprochement franco-allemand. Voilà la politique raisonnable et conforme aux intérêts des masses.

Ainsi, Doriot réclame le rapprochement avec les épouvantables bourreaux du prolétariat allemand, contre l’Union soviétique.

La conséquence d’une pareille politique serait la consolidation de la dictature nazie et la constitution d’un bloc puissant contre l’U.R.S.S. ; elle en serait la guerre immédiate. Les fascistes français Jean Goy et Robert Monnier qui, dînèrent avec Hitler et réclamèrent aussitôt le rapprochement franco-allemand, n’avaient tout de même pas osé aller si loin que Doriot. Et voilà l’homme qui a le toupet de vouloir participer à l’organisation d’un « nouveau Zimmerwald », comme il le dit, avec quelques renégats de sa trempe et des militants socialistes trompés. On voit bien où il veut en venir, il veut’ en ’venir à l’organisation du bloc antisoviétique.

Il était vraiment difficile que Doriot roulât plus vite sur la planche savonnée de la trahison.

La déclaration de Staline.

Qu’y a-t-il donc dans le communiqué radiodiffusé de Moscou à la suite des pourparlers avec Laval ? Tout d’abord :

« Les représentants de l’Union soviétique et de la France ont pu : s’assurer que leurs efforts constants dans toutes les entreprises diplomatiques envisagées tendaient clairement au même but essentiel : le maintien de la paix dans l’organisation de la sécurité collective. »

Il n’y a là que la constatation d’un fait que j’ai déjà expliqué longuement, la volonté de paix de l’Union soviétique, le désir de maintenir la paix de la part de la France impérialiste parce que, pour le moment, celle-ci n’a pas intérêt à la guerre.
Le communiqué continue :

« Ils [les représentants de l’Union soviétique et de la France] ont été pleinement d’accord pour reconnaître, dans l’état actuel de la situation internationale, les obligations qui s’imposent aux Etats sincèrement attachés à la sauvegarde de la paix ... Le devoir tout d’abord leur incombe, dans l’intérêt même du maintien de la paix, de ne laisser affaiblir en rien les moyens de leur défense nationale. A cet égard, M. Staline comprend et approuve pleinement la politique de défense nationale faite par la France pour maintenir sa force armée au niveau de sa sécurité. » (Le Temps, 17 mai 1935.)

La défense révolutionnaire.

En ce qui concerne l’U.R.S.S., aucun travailleur ne peut douter· que le prolétariat soviétique n’ait pour devoir essentiel d’organiser sa sécurité. La défense de la .révolution est le premier devoir élémentaire du prolétariat au pouvoir. Ercoli rappelait ce que Lénine écrivait à ce sujet bien avant la guerre impérialiste. N’est-ce pas Jaurès lui-même, réformiste, mais dévoué à la classe ouvrière et ennemi sincère de la guerre, qui écrivait :

« Le peuple qui le premier entrera dans le socialisme verra d’emblée se ruer contre lui les pouvoirs réactionnaires affolés. Il serait perdu s’il n’était pas prêt lui-même à saisir le fer, à répondre aux obus par les obus, pour donner le temps à la classe ouvrière des autres pays de s’organiser et de se soulever à son tour. » (Petite République, 21 juillet 1897 [1].)

La nécessité d’une Armée rouge des ouvriers et des paysans, armée puissamment outillée pour la guerre moderne, est évidente pour chaque travailleur honnête. La bourgeoisie, particulièrement la bourgeoisie française, perd son temps en multipliant les sarcasmes contre le fait que les communistes de tous les pays et les communistes français admirent le développement de l’ Armée rouge.

Voyons maintenant la partie du communiqué qui concerne la France :

En vertu du pacte d’assistance mutuelle défensive, l’Union soviétique apporte sa grande puissance économique et militaire à la sécurité du peuple français contre une agression hitlérienne. Elle a donc raison, l’Union soviétique, de demander la réciprocité du gouvernement français ; sans cela, le pacte qu’elle a conclu ne serait qu’un marché de dupes pour les travailleurs de l’Union soviétique et du monde entier.

L’immense majorité des travailleurs de France a très bien compris cela. Certes, il est indéniable que pendant un court laps de temps un certain trouble a régné dans le Parti français. Mais quelques jours après le communiqué lu par Laval à Moscou, une assemblée d’information groupant 5.000 membres actifs du Parti et sympathisants des cinq régions parisiennes a approuvé à l’unanimité, moins une voix et sept abstentions, la ligne de notre C.C. qui soutenait vigoureusement le pacte et la déclaration du camarade Staline.

Bien plus, dix jours après eurent lieu dans le département de la Seine les élections au Conseil général. Leurs résultats furent une approbation de la politique de paix de l’U.R.S.S. et de celle du Parti communiste français.

C’est précisément à cause de l’ampleur du courant antifasciste en France qu’il existe dans le pays une grande inquiétude en face des armements nazis. La sécurité du pays contre les bandits hitlériens est une préoccupation dominante des travailleurs et surtout des classes moyennes, particulièrement de la très nombreuse petite bourgeoisie urbaine, des paysans et des intellectuels. Et cela d’autant plus que ces couches oublient ou ignorent l’existence d’un prolétariat révolutionnaire en Allemagne, d’un Parti communiste qui vit et qui lutte héroïquement malgré une épouvantable terreur.

Or, ces fractions très importantes de la population voient que le grand pays des Soviets, celui dont on a accusé les dirigeants d’être des destructeurs sanguinaires, intervient pour garantir la paix avec toute sa puissance économique et militaire. L’Union soviétique et son Parti dirigeant, celui des bolchéviks, leur apparaissent alors sous un jour différent.

Et de ce fait bénéficient, naturellement aussi, les communistes français, considérés également, encore souvent, comme des destructeurs barbares. D’où accueil plus favorable à nos campagnes, à nos mots d’ordre.

Il est évident que la grande bourgeoisie et les fascistes français vont essayer et essayent d’utiliser cette situation pour tenter d’accentuer leur propagande nationaliste et chauvine. Ce sera donc à nous de redoubler d’efforts pour développer en toute occasion à la fois la solidarité effective avec le prolétariat allemand et la lutte contre les bourreaux hitlériens alliés et conseillers des fascistes français.

Par exemple, dans les manifestations contre le pavillon à croix gammée des navires allemands, nous ne devons jamais oublier de manifester non seulement contre le pavillon fasciste, mais également pour Thaelmann, afin de montrer aux marins, allemands que ce n’est pas eux qu’on siffle, mais les bourreaux. du prolétariat d’Allemagne. (Applaudissements.)

La ligne politique de paix de l’Union soviétique, tracée et appliquée par notre grand camarade Staline, apparaît ainsi non seulement comme juste, mais comme aidant puissamment au· rassemblement des masses laborieuses françaises contre le fascisme. Elle rend un nouveau et inappréciable service aux prolétariat international.

 IV. − L’attitude du Parti communiste français

La bourgeoisie réactionnaire, certains chefs social-démocrates et les renégats prétendent que depuis le pacte d’assistance mutuelle, il y a contradiction entre la politique de l’Union .soviétique, donc entre la politique du Parti communiste de l’U.R.S.S., et celle du Parti communiste français qui vote contre les crédits de guerre, contre la prolongation du service militaire, qui lutte contre la militarisation de la jeunesse et de toute la population civile sous le prétexte de manœuvres contre une .attaque aux gaz.

Quelle est donc la position du Parti communiste français ? Nous l’avons clairement indiquée dans l’appel que notre C.C. a signé an mois d’avril de cette année, avec neuf autres Partis, sections de l’I.C., appel dont j’extrais la phrase suivante :

« Nous soutiendrons en cas de guerre contre-révolutionnaire contre la patrie du socialisme l’Armée rouge de l’Union soviétique par tous les moyens… Nous lutterons pour la défaite de toute puissance qui mènera la guerre contre l’Union soviétique. »

Telle est la ligne que nous aurons dans tous les cas et c’est pourquoi nous avons soutenu et soutenons le pacte d’assistance mutuelle signé pour la défense de la paix.

Aucune confiance dans la bourgeoisie pour appliquer le pacte.

Mais justement parce que nous sommes et avons été des ardents défenseurs du pacte, nous n’avons aucune confiance dans la bourgeoisie française pour l’appliquer et encore moins dans l’équipe gouvernementale français actuelle. N’est-ce pas Laval lui-même qui a lu, à la radio de Moscou, le communiqué dans lequel je relève :

« Les représentants soviétiques et français ont, d’autre part, confirmé leur résolution de ne rien négliger dans la poursuite de leur collaboration pour accroître avec l’aide de tous les gouvernements solidaires une politique de paix, d’amélioration des conditions politiques, qui peut seule établir entre les peuples la confiance indispensable au développement des intérêts matériels et moraux de la collectivité européenne… »

Or, le gouvernement Laval n’améliore pas les conditions politiques pour rétablir la confiance. Bien au contraire. Il ne mène pas une politique conséquente de paix. Les accords qu’il a conclus à Rome ont donné à l’Italie fasciste les mains libres en Abyssinie. Les assurances données par la France sont telles que l’Italie vient de retirer deux divisions de la frontière française des Alpes. Or, la paix est indivisible. Qui ne comprend pas, par exemple, que de la guerre en Abyssinie peut surgir une nouvelle guerre mondiale ? La bourgeoisie française ne pratique donc pas internationalement une politique de paix.

Et les communistes n’entendent pas renoncer à l’indépendance absolue de la classe ouvrière que nous ne mènerons jamais à l’union sacrée.

D’ailleurs, comment le pacte a-t-il été signé ?

Le gouvernement français a voulu satisfaire deux des aspirations les plus profondes des travailleurs de France : l’amour de la paix et l’amour de l’Union soviétique. Les travailleurs de France suivent en effet, passionnément, tout ce qui se passe en Union soviétique. Ils attachent une valeur inestimable à tout ce qui vient du pays des Soviets. Ils vibrent d’enthousiasme devant les succès de l’édification socialiste. Ils manifestent en toute occasion leur solidarité.

Par exemple, après la catastrophe du Maxime-Gorki, dans de nombreuses usines de la région parisienne les ouvriers ont spontanément collecté des fonds pour construire un nouvel avion du même type et les ont remis à l’Humanité quarante-huit heures après l’accident pour les envoyer au gouvernement des Soviets. (Applaudissement.)

De grands savants français admirent eux aussi l’Union soviétique. Ils voient qu’au pays du socialisme les savants, les marins et les sauveteurs du Tchéliouskine, les explorateurs de la stratosphère sont des héros nationaux. Tandis qu’en France, les honneurs et les pensions sont réservées aux colonels fascistes et les premiers radiologues de Paris donnent leurs consultations dans des baraques en bois des hôpitaux de Paris.

André Marly en déduit qu’un mouvement de solidarité d’une telle ampleur, qui englobe toutes les couches de la population, a exercé une pression sur les milieux gouvernementaux en faveur de la collaboration avec l’U.R.S.S. pour la paix.

Mais quelles garanties avons-nous que le pacte sera appliqué et que le gouvernement ne cédera pas aux assauts des éléments les plus chauvins et les plus réactionnaires, partisans de l’union avec les hitlériens ?

Nous n’avons pas de telles garanties.

Nombreux sont d’ailleurs les officiers qui mènent ouvertement dans l’armée française la propagande fasciste. Les correspondants soldats de l’Humanité signalent tel colonel qui fait ouvertement appel à l’adhésion aux Croix de feu ; tels officiers qui, dans des allocutions aux soldats, insultent l’Armée rouge et l’Union soviétique et font appel à la lutte anticommuniste. C’est l’ancien ministre de l’Air, Pierre Cot, qui, dans un article tout récent de l’Œuvre du 23 juillet), révèle la crainte des grands chefs de l’armée de voir en cas de troubles des officiers entraîner leurs unités au fascisme ce qui, dit-il, « provoquerait et excuserait le passage au peuple d’autres soldats... La désagrégation morale de l’armée s’ensuivrait... Dans ce cas, toute mobilisation deviendrait impossible ».

Quelles garanties avons-nous que cette armée ne sera pas demain jetée contre les ouvriers et les paysans en lutte, comme cela fut fait en Belgique, à Genève et dans les Asturies ? Les récents événements de Brest et de Toulon indiquent le contraire. Quelles garanties avons-nous qu’elle cessera d’opprimer et de martyriser les peuples esclaves des colonies ?

Aucune. C’est pour cela que nous votons coutre les crédits monstrueux pour la guerre, alors que jamais la misère n’a été aussi grande en France depuis trente-cinq ans.

A coup de décrets-lois, le gouvernement extorque 11 milliards de francs. aux travailleurs de l’Etat et des grands services publics, aux anciens combattants, pour jeter tout entière la somme ainsi rassemblée dans les budgets, de guerre.

Et, cependant, il pourrait aisément trouver les crédits nécessaires par le prélèvement progressif sur les fortunes au-dessus d’un demi-million, comme le réclame notre Parti. Il serait même ainsi dans les traditions de la grande Révolution française, quand Thuriot déclarait à la Convention en 1793 :

« Établir un emprunt forcé sur les riches, c’est remporter une grande victoire. Obligeons-les à consacrer leurs trésors à la défense de la République. »

André Marty en déduit que les communistes français sont persuadés que la bourgeoisie est incapable d’assurer la sécurité du pays. Celle-ci ne saurait l’être que par l’armement général du peuple, que par la fusion de l’armée dans le peuple.

C’est pour cela que notre Parti se fixe comme une des tâches les plus immédiates et les plus essentielles la conquête de l’armé au peuple, aussi bien pour empêcher son utilisation contre lm que pour assurer l’application du pacte de paix franco-soviétique.

Et sur cette question de la conquête de l’armée au peuple, je terminerai mon exposé.

La conquête de l’armée au peuple.

Devant la menace fasciste en France, menace qui grandit rapidement, la question : « A qui est l’armée ? » fait, à l’heure actuelle, l’objet de grandes controverses. Les fascistes, Action française et Croix de feu surtout, redoublent d’activité pour gagner officiers et soldats. Il y a donc là une des questions les plus urgentes du moment pour la lutte contre le fascisme et le danger de guerre.

Et André Marty explique entre autres choses :

Le 7 juillet, en accord avec les organisateurs du rassemblement populaire du 14 juillet, le Comité central du Parti communiste français a proposé par son délégué au rassemblement antifasciste des régions parisiennes de constituer des comités de soldats pour la défense de la Constitution et de la République, afin de mettre en échec les menées au sein de l’armée des organisations et des officiers fascistes.

Et au rassemblement antifasciste de Paris, le 14 juillet dernier, au nom de tous les groupes organisateurs, le député radical Rucart adressa un salut spécial à l’armée en l’appelant à ne pas devenir l’instrument d’une minorité de factieux et à être le défenseur de la liberté.

André Marty rappelle alors que l’attitude des communistes à l’égard de l’armée capitaliste est connue. Les communistes, comme nous l’a enseigné Lénine, et comme cela a été, en particulier, repris par la thèse du VIe congrès de l’I.C. sont contre l’insoumission, contre la désertion. Ils répondent à la mobilisation même pour une guerre réactionnaire. Ils partent à l’armée, s’y efforcent de bien apprendre le maniement des armes, y luttent contre la propagande chauvine.

Dans la lutte pour la conquête de l’armée au peuple, il est une tâche qui lui est directement liée : celle de la conquête de la jeunesse que les éléments fascistes et réactionnaires s’efforcent de gagner dès l’école en menant une violente lutte contre les instituteurs et les professeurs antifascistes. Or, en France, la grande majorité de ceux-ci est antifasciste et syndiquée. Il y a là un point d’appui excellent pour toute notre action de conquête de la jeunesse, donc de l’armée au peuple, que nous devons savoir utiliser.

La conquête de l’armée au peuple est la garantie suprême pour que l’armée française ne soit pas employée contre le peuple, elle est la garantie suprême ; pour que ne recommence pas 1918, lorsque l’armée française pénétrant en Allemagne, au moment où éclatait la révolution prolétarienne, dissolvait les conseils des soldats, comme ce fut le cas à Mayence par exemple, pour que ne recommence pas 1919, l’attaque contre les Soviets de Hongrie et de Russie.

 V. − Notre tache

Telle est donc notre position devant les dangers de guerre actuels et plus particulièrement devant ceux qui menacent l’Union soviétique.

Certes, nous savons bien que seul le renversement définitif de la domination capitaliste supprimera les guerres. Mais si nous savons mobiliser les masses, nous pourrons retarder et empêcher une guerre impérialiste et, en premier lieu, l’attaque militaire contre l’Union soviétique.

Empêcher cette attaque, la briser, si elle se déclenche, en assurant la victoire de l’Armée rouge, ce n’est pas pour les travailleurs du monde entier, pour ceux de France particulièrement, participer à une action anticapitaliste ordinaire. La défense de l’Union soviétique, c’est la défense de l’avenir du prolétariat, de sa vie même. Et c’est pourquoi nous mettons tout en œuvre pour assurer victorieusement cette défense.

Le passé nous donne les plus grandes espérances pour l’avenir. Dans les années 1918-1920 les travailleurs de l’Union soviétique, l’Armée rouge des ouvriers et des paysans, ont repoussé l’agression de quatorze nations impérialistes. L’héroïsme de l’Armée rouge, des partisans, des gardes ronges, fut admirable.

Mais tous apprenaient dans la lutte la technique militaire qu’ils ignoraient. Les armes de l’Armée rouge ouvrière et paysanne étaient souvent archaïques, ses moyens de transport primitifs, son ravitaillement intermittent. Les entreprises de l’arrière étaient à peu près entièrement désorganisées par la guerre impérialiste et par la guerre civile. Les moyens industriels étaient d’ailleurs extrêmement réduits. Quant aux soldats, commandants et aux commissaires politiques, tels les soldats de l’An II de la grande Révolution française :

Ils allaient, ils chantaient,
L’âme sans épouvante, et les pieds sans souliers.

Et c’est dans ces conditions que notre glorieuse Armée rouge a vaincu des ennemis dix fois plus nombreux, mille fois mieux armés, les premières armées du monde ! Pourquoi ? Parce que le formidable prestige de la Révolution d’Octobre ébranlait le capitalisme dans tous les pays du monde et, par conséquent, ses armées composées d’ouvriers et de paysans !

Et cela, alors qu’il n’existait pratiquement pas de Partis communistes dans les pays capitalistes ! La révolution prolétarienne agissait d’ailleurs par son prestige plutôt que par ses réalisations concrètes qui ne pouvaient pas. encore se manifester.

Aujourd’hui, l’Union soviétique est d’une puissance formidable. Aujourd’hui, l’essor du bien-être des masses laborieuses libérées y est inouï, incontestable et incontesté.

Aujourd’hui, existent dans 65 pays du monde nos Partis communistes dont beaucoup sont déjà trempés dans de grandes luttes héroïques. Aujourd’hui, existe autour du Parti français un mouvement de masse dont on n’avait pas vu d’aussi puissants depuis la grande Révolution française. C’est pour cela que chaque Parti, et le Parti communiste français plus particulièrement, a devant lui des obligations encore plus lourdes qu’à la fin de la première période de guerres et de révolutions.

Nous savons que l’Armée rouge accomplira avec science et dévouement absolu son devoir de défense du pays où s’édifie le socialisme. Ce qui importe donc c’est que nous, dans les pays capitalistes, nous soyons capables d’accomplir aussi notre lourde, notre très lourde tâche.

Armés par les décisions du VIIe congrès mondial, éclairés et guidés par notre grand camarade Staline, nous redoublerons d’efforts pour corriger nos faiblesses au rythme de choc qu’impose à grave situation actuelle, afin d’être prêts à conquérir de nouvelles positions qui assureront de nouvelles victoires au socialisme !

(Les délégués, debout, applaudissent frénétiquement)


[1Œuvres de Jean Jaurès. Pour la paix. I. Les alliances européennes (1887-1902). p.178. Rieder 1931

mercredi 14 août 1935


L’Internationale Communiste : le septième congrès − 1935