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André Marty : Georges Dimitrov, le grand lutteur prolétarien antifasciste – 1949

Extraits du discours prononcé par André Marty le 5 Juillet 1949, à la Mutualité, en hommage à Georges Dimitrov dont il fut, de 1935 à 1943, le proche collaborateur au Secrétariat de l’Internationale Communiste.

Georges Dimitrov est mort samedi 2 juillet à Moscou.

Il était Président du Conseil des Ministres de la République Populaire de Bulgarie et Secrétaire Général du Parti Communiste Bulgare.

Il est, pour les travailleurs du monde entier, le grand lutteur antifasciste, l’ancien Secrétaire Général de l’Internationale Communiste, de 1935 à sa dissolution, en 1943.

Georges Dimitrov était un grand révolutionnaire de la lignée de Lénine et de Staline dont il fut un des disciples les plus fidèles. Aussi, jamais il ne sépara l’action − en payant de sa personne − de l’étude et de la préparation théorique.

Sa première grève date de 1905 quand il était apprenti typographe : il avait 13 ans !

Le nom de Georges Dimitrov évoque donc plus de 50 ans d’une vie ardente de luttes, de souffrances, de succès et de revers, luttes menées en des conditions presque aussi difficiles que celles des révolutionnaires de l’ancienne Russie.

Georges Dimitrov n’a cependant jamais fléchi. Jusqu’à son dernier souffle, il a lutté sans une seule faiblesse.

Il n’a pas seulement tenu sous les coups de l’ennemi de classe et de sa répression. Georges Dimitrov n’a pas plus cédé dans le glissement à la corruption politique, l’opportunisme, qui menace les travailleurs, les révolutionnaires encore plus dangereusement que les fers et les cachots, Georges Dimitrov n’a jamais glissé dans la collaboration de classe qui renferme toujours en elle la trahison des intérêts du prolétariat.

Le meilleur hommage que nous puissions rendre à notre grand Georges Dimitrov, c’est de faire connaître quelques enseignements de son œuvre d’homme d’action et de théoricien, avec la méthode que lui-même nous a enseignée au VIIe et dernier congrès de l’Internationale Communiste :

« Nous, communistes, ne sommes pas des hommes détachés de la vie ; mais nous puisons dans l’œuvre de nos grands morts, de nos héros, des leçons d’action et de tactique pour nos luttes d’aujourd’hui. »

 I. − LE LUTTEUR CONTRE LE FASCISME

Dimitrov s’est révélé au monde enlier comme grand lutteur prolétarien au procès de Leipzig.

L ’homme de Leipzig

De quoi s’agissait-il ?

Le 31 janvier1933, Hitler prenait le pouvoir en Allemagne. Mais il n’avait pas pu écraser la classe ouvrière révolutionnaire et le Parti Communiste Allemand.

Le 27 février, le Reichstag (Chambre des Députés à Berlin) était incendié.

C’était le prétexte « légal » à massacrer, à exterminer les travailleurs révolutionnaires, à détruire leurs organisations.

Georges Dimitrov, arrêté le 9 mars, est accusé d’avoir mis le feu au Reichstag pour le compte du Parti Communiste Allemand et de l’Internationale Communiste !

Son procès s’ouvrit à Leipzig le 23 septembre 1933, devant le tribunal d’Etat fasciste. Il allait durer trois mois.

Et le monde entier vit alors une lutte épique.

Dimitrov était seul, en plein camp ennemi, devant le tribunal fasciste, entouré de S.S., « assisté » d’un avocat fasciste. Et cependant il tint tête vigoureusement. Constamment menacé, arraché au tribunal pour ses réponses, mis au cachot et aux fers, il ne céda pas.

Dès les premières audiences, le procès apportait au monde trois révélations.

1. - Il révélait le courage calme d’un communiste, Par son argumentation, Dimitrov démolissait jour par jour la machination policière et mit en fuite Goering !

Dès lors, puisque ce communiste isolé tenait tête au fascisme en jouant sa vie à chaque instant, pourquoi les travailleurs de chaque pays encore plus ou moins démocratique n’auraient-ils pas pu lui faire face ?

Conclusion : le fascisme n’est donc pas invincible ; mais à condition de se battre contre lui.

2. - Leipzig a montré quelle doit être l’attitude d’un communiste devant les juges de classe.

Dimitrov s’est défendu, sans compromission et sans forfanterie, sans se placer une seule fois sur le terrain personnel. Il a détendu le Communisme, l’internationale Communiste.

Et il a ainsi gagné sa cause devant le tribunal des millions d’honnêtes gens du monde entier !

3. - Plus encore. Dimitrov a utilisé Je tribunal fasciste comme tribune pour s’adresser aux ouvriers et aux peuples du monde entier.

Par son argumentation, il a fixé avec un éclat exceptionnel les premières conditions pour regrouper les forces populaires contre le fascisme et lui faire échec. Les enseignements qu’il lança devant le tribunal fasciste allaient passionner des millions de travailleurs et d’honnêtes gens.

Contre la montée fasciste

En février 1934, sous la pression des ouvriers et des démocrates de tous les pays, les fascistes allemands sont obligés de relâcher Dimitrov. Exilé de son pays où il est condamné à mort, l’ancien secrétaire général de la C.G.T. Bulgare a reçu la nationalité soviétique.

Il est malade : il a 52 ans et le séjour dans les geôles hitlériennes l’a durement atteint. Il est hospitalisé dans la région de Moscou.

Mais une passion ardente l’anime : celle de la lutte, de la lutte contre le fascisme, ennemi du genre humain, et contre le régime capitaliste qui l’engendre.

Or, à Leipzig, son attitude héroïque lui a gagné le cœur de millions de travailleurs, de millions de démocrates. Son prestige, mérité, est immense.

Dimitrov va l’utiliser à montrer ce qu’il faut faire pour briser la marée montante du fascisme en Europe, pour sauver l’humanité de ce fléau.

Dimitrov a, précisément, été libéré peu après les journées de février 1934 à Paris et à Vienne. Il va suivre la situation jour par jour, heure par heure, là où on lutte, en France, en Autriche, en Espagne...

De son lit d’hôpital même, il va écrire, conseiller. De chaque expérience, il va dégager de nouveaux enseignements.

Déjà, en mars 1934, il déclare au correspondant de « l’Humanité » :

« La conduite courageuse des prolétaires de Paris, les 9 et 12 février, et l’héroïsme des ouvriers autrichiens qui, le 12 février, se sont révoltés les armes à la main contre le fascisme, ont confirmé la justesse de mon attitude face au tribunal fasciste et de la tactique de l’attaque que, dans le monde entier, les bolchéviks appliquent dans la lutte contre le fascisme. »

Le 2 août 1935, devant le VIIe et dernier congrès de l’Internationale Communiste, Dimitrov va expliquer avec une clarté admirable les grandes leçons de la lutte antifasciste.

Qu’est-ce que le fascisme ?

Il répond d’abord à une question que beaucoup se posaient à cette époque : d’où vient le fascisme ?

« Les milieux impérialistes tentent de faire retomber TOUT le poids de la crise sur les épaules des travailleurs. C’EST POUR CELA QU’ILS ONT BESOIN DU FASCISME.

« Ils s’efforcent de résoudre le problème des marchés par l’asservissement des peuples faibles, par le renforcement du joug colonial et un nouveau partage du monde au moyen de la guerre. C’EST POUR CELA QU’ILS ONT BESOIN DU FASCISME.

« Ils s’efforcent de DEVANCER l’ascension des forces de la révolution au moyen de l’écrasement du mouvement révolutionnaire des ouvriers et des paysans et d’une agression militaire contre l’Union Soviétique, rempart du prolétariat mondial. C’EST POUR CELA QU’ILS ONT BESOIN DU FASCISME. » [1]

Il rappelait la définition scientifique du fascisme, établie en décembre 1932, par la XIIIe assemblée plénière du Comité Exécutif de l’Internationale Communiste : le fascisme est

« LA DICTATURE TERRORISTE OUVERTE DES ÉLÉMENTS LES PLUS RÉACTIONNAIRES, LES PLUS CHAUVINS, LES PLUS IMPÉRIALISTES DU CAPITAL FINANCIER ».

Dès ce moment, Dimitrov démasquait la vraie figure du fascisme hitlérien, telle que nous l’avons connue pendant les années terribles de l’occupation :

« Le fascisme hitlérien, ce n’est pas seulement un nationalisme bourgeois, c’est un chauvinisme bestial. C’est le banditisme politique érigé en système de gouvernement. »

MAIS COMMENT LE FASCISME A-T-IL PU ARRIVER AU POUVOIR ?

Beaucoup ne voient dans le fascisme que la violence, et l’assassinat. C’est vrai, mais ce n’est pas le plus dangereux.

La violence fasciste, démontra Dimitrov, ne peut venir qu’après avoir dupé des parties importantes du peuple et même de la classe ouvrière.

« Le fascisme réussit à attirer les masses parce qu’il en appelle, de façon démagogique, à leurs BESOINS ET ASPIRATIONS PARTICULIÈREMENT BRÛLANTS...

« Le fascisme vise à l’exploitation la plus effrénée des masses, mais il aborde celles-ci avec une habile démagogie anticapitaliste, en exploitant la haine profonde des travailleurs pour la bourgeoisie rapace, les banques, les trusts et les magnats financiers, et en formulant les mots d’ordre les plus tentants pour les masses politiquement frustes au moment actuel : En Allemagne : « Le bien commun est au-dessus du "bien privé" » ; en Italie : « notre Etat n’est pas un Etat "capitaliste", mais corporatif... »

« Le fascisme livre le peuple à la merci des éléments vénaux les plus corrompus, mais se présente devant lui en revendiquant un "pouvoir honnête et incorruptible". En spéculant sur la profonde déception des masses à l’égard des gouvernements de démocratie bourgeoise, le fascisme s’indigne hypocritement contre la corruption. »

Par exemple, le 6 février 1934, les fascistes français avaient réussi à entraîner 100.000 hommes, pour la plupart anciens combattants, place de la Concorde, à l’assaut de la Chambre des Députés, au cri de : « A bas les voleurs ! ». C’était vrai : il y avait des voleurs au gouvernement. Mais les plus gros voleurs, les rois du grand capital, étaient ceux-là même qui payaient aussi les chefs fascistes. Les organisateurs mêmes du 6 février étaient parmi les plus corrompus des élus de l’Hôtel de Ville de Paris.

C’est exactement ce que fait aujourd’hui le R.P.F., qui trompe les braves gens en criant aux scandales gouvernementaux et parlementaires, mais comprend lui-même dans son groupe au Conseil Municipal de Paris un souteneur condamné pour coups et blessures, un Rateau, trafiquant d’armes, un Pierre Benoist qui hébergeait l’ancien secrétaire général de la L.V.F. condamné à mort !

Autres caractéristiques :

« Le fascisme arrive au pouvoir comme le PARTI DE CHOC contre le mouvement révolutionnaire du prolétariat, contre les masses populaires en fermentation, mais il présente son avènement au pouvoir comme un mouvement "révolutionnaire" contre la bourgeoisie au nom de "toute la nation", et pour le "salut de la nation" ».

C’est exactement comme la prétendue « Révolution Nationale » de Pétain. Et comme aujourd’hui le prétendu « Rassemblement du Peuple Français » !

La trahison des responsables social-démocrates

La première condition d’arrivée au pouvoir du fascisme, est donc de tromper le peuple et même des ouvriers par sa démagogie. Mais ce n’est pas tout. Dimitrov expliquait :

« Le fascisme a pu accéder au pouvoir AVANT TOUT parce que la classe ouvrière, par suite de la politique de collaboration de classe avec la bourgeoisie que pratiquaient les chefs de la social-démocratie, S’EST TROUVÉE SCINDÉE, DÉSARMÉE AU POINT DE VUE POLITIQUE ET D’ORGANISATION face à l’agression de la bourgeoisie ».

La classe ouvrière allemande et autrichienne était divisée parce que les chefs de la social-démocratie préconisaient et pratiquaient une politique de collaboration de classe avec la bourgeoisie. Ce qui désoriente et divise la classe ouvrière.

Dimitrov montrait par des faits, par des arguments irréfutables cette responsabilité de la social-démocratie.

« Prenons, par exemple, la social-démocratie AUTRICHIENNE. La révolution de 1918 l’avait portée à une hauteur considérable. Elle détenait le pouvoir. Elle occupait de fortes positions dans l’armée, dans l’appareil d’Etat. En s’appuyant sur ses positions, elle pouvait tuer dans l’œuf le fascisme naissant. Mais elle livrait sans résister une position de la classe ouvrière après l’autre. Elle a permis à la bourgeoisie de fortifier son pouvoir, d’annuler la Constitution, d’éliminer de l’appareil d’Etat, de l’armée et de la police, les fonctionnaires social-démocrates, de retirer l’arsenal aux ouvriers. Elle a permis aux bandits fascistes d’assassiner impunément les ouvriers social-démocrates... En même temps, les chefs de la social-démocratie bourraient le crâne aux ouvriers... en les assurant que le Parti répondrait par un appel à la grève générale et à la lutte armée si les classes dirigeantes usaient de violence à l’égard de la classe ouvrière. »

L’exemple de la classe ouvrière française

A ces expériences de trahison de la social-démocratie qui mena le fascisme au pouvoir, Dimitrov va opposer l’expérience contraire, celle de Paris en 1934.

Notre Parti Communiste y avait l’influence dominante sur le prolétariat. Au lendemain de l’émeute du 6 février, c’est lui qui lance le mot d’ordre : « Plus un pas en arrière », il appelle les travailleurs de Paris à manifester le 9, place de la République « contre le fascisme et contre le gouvernement qui le protège. »

C’est une dure bataille de rues.

Le Parti Socialiste avait lancé le mot d’ordre à tous ses militants : « Restez dans les permanences ! », exactement comme il l’a fait Le 18 juin dernier...

Mais le 9 au soir, quand la bataille s’étendait autour de la place de la République, les ouvriers socialistes, les républicains, commencèrent à venir se battre aux côtés des communistes. Dans la lutte commune, le front unique naissait.

Le 12 février, la grève générale de 24 heures organisée par la C.G.T.U. et la C.G.T. paralysait toute la France.

Les militants qui s’opposaient depuis 14 ans se retrouvaient unis. Et ces actions unies allaient continuer dans toute la France.

DANS L’ACTION COMMUNE CONTRE LE FASCISME ET POUR LE PAIN, LE FRONT UNIQUE VA SE RÉALISER DE BAS EN HAUT. ET LE FASCISME RECULERA.

Voilà pourquoi Dimitrov déclarait :

« Le mérite du Parti Communiste Français, c’est d’avoir compris ce qu’il y a à faire AUJOURD’HUI, de ne pas avoir écouté les sectaires qui tiraillaient le Parti et gênaient la réalisation du front unique de lutte contre le fascisme ...

C’est le mérite du Parti Communiste et du prolétariat français d’avoir, par la pratique de leur lutte dans le front unique prolétarien contre le fascisme, aidé à préparer les décisions de notre congrès dont l’importance est si énorme pour les ouvriers de tous les pays » [2].

De ce double exemple − celui des pays d’Europe centrale dans lesquels la social-démocratie, en désorientant et en paralysant la classe ouvrière, a porté le fascisme au pouvoir, et celui des pays comme la France et l’Espagne, où l’action décidée et unie de la classe ouvrière l’a mis en échec −, Dimitrov va tirer la conclusion.

Comment faire échec au fascisme

« PEUT-ON, ET PAR QUEL MOYEN, PRÉVENIR LA VICTOIRE DU FASCISME ? Et nous répondons à ces millions d’ouvriers : Oui, camarades, il est possible de barrer la route au fascisme. C’est parfaitement possible. Cela dépend de nous-mêmes, des ouvriers, des paysans, de tous les travailleurs !

« La possibilité de prévenir la victoire du fascisme dépend, AVANT TOUT, de l’activité combative de la classe ouvrière elle-même, de la réunion de ses forces en une armée combative unique, luttant contre l’offensive du capital et du fascisme...

« DEUXIÈMEMENT, cela dépend de l’existence d’un fort parti révolutionnaire, dirigeant de façon juste la lutte des travailleurs contre le fascisme...

« TROISIÈMEMENT, cela dépend de la juste politique de la classe ouvrière à l’égard de la paysannerie et des masses petites-bourgeoises de la ville...

« QUATRIÈMEMENT, cela dépend de la vigilance et de l’opportunité de l’action du prolétariat révolutionnaire. Ne pas permettre au fascisme de nous prendre au dépourvu, ne pas lui livrer l’initiative, lui porter des coups décisifs alors qu’il n’a pas encore su rassembler ses forces, ne pas lui permettre de se consolider, lui riposter à chaque pas, là où il se manifeste, ne pas lui permettre de conquérir des positions nouvelles, comme tente de le faire avec succès le prolétariat français.
« Voilà les principales conditions pour prévenir le progrès du fascisme et son accession au pouvoir. »

Comment va s’organiser l’action ?

Dimitrov répond :

« L’action commune concertée des ouvriers A TELLE ou TELLE OCCASION, pour des motifs concrets, pour des revendications isolées ou sur la base d’une plateforme commune ; l’action concertée dans DIVERSES ENTREPRISES ou PAR BRANCHE DE PRODUCTION ; l’action concertée à l’échelle LOCALE, RÉGIONALE, NATIONALE ou INTERNATIONALE ; l’action concertée en vue d’organiser la LUTTE ÉCONOMIQUE des ouvriers, de réaliser des actions POLITIQUES de masse, d’organiser L’AUTO-DÉFENSE commune contre les attaques fascistes ; l’action concertée en vue de porter SECOURS AUX DÉTENUS ET A LEURS FAMILLES : de lutter contre la RÉACTION SOCIALE ; l’action concertée pour la défense des INTÉRÊTS DE LA JEUNESSE ET DES FEMMES ; dans le domaine de la COOPÉRATION, de la CULTURE, des SPORTS, etc.

« Il serait insuffisant de se contenter simplement de conclure un pacte d’action commune et de créer des commissions de contact composées des partis et organisations participant au front unique, c’est-à-dire semblables à ce que nous avons, par exemple, en France. Ce n’est que le premier pas. Le pacte est un moyen auxiliaire pour réaliser des actions communes, mais, par lui-même, il n’est pas encore le front unique...

« Les communistes et tous les ouvriers révolutionnaires doivent travailler à la création d’ORGANISMES DE CLASSE HORS PARTI, DE FRONT UNIQUE dans les ENTREPRISES, parmi les CHÔMEURS, dans les QUARTIERS OUVRIERS, parmi les PETITES GENS DES VILLES et dans les VILLAGES, organismes élus... Seuls des organismes de cette sorte pourront englober aussi dans le mouvement du front unique l’énorme masse inorganisée des travailleurs, pourront contribuer au développement de l’initiative des masses dans la lutte contre l’offensive du capital, contre le fascisme et la réaction et, sur cette base, à la création d’un large ACTIF OUVRIER nécessaire POUR LE FRONT UNIQUE, à la formation de centaines et de milliers de bolchéviks sans parti dans les pays capitalistes. »

L’unité se forge dans l’action !

Dimitrov montre la voie pour unir à la lutte du prolétariat la paysannerie travailleuse et les classes moyennes des villes.

« Le principal, le plus décisif pour établir le front populaire antifasciste, C’EST L’ACTION RÉSOLUE DE PROLÉTARIAT RÉVOLUTIONNAIRE pour la défense des revendications de ces couches, et en particulier de la paysannerie laborieuse... »

En 1934-1935, la classe ouvrière française avait fait passer dans la vie ces conseils : le 14 Juillet 1935, un demi-million de manifestants à Paris venaient donner raison à Dimitrov. Le Front Populaire naissait. Cette alliance, forgée dans la lutte de la classe ouvrière avec la paysannerie laborieuse et les classes moyennes des villes, allait amener le succès du Front Populaire aux élections de mai 1936.

Et le 8 Juin 1936, les métallurgistes parisiens entraînaient toute la classe ouvrière dans l’action. L’occupation des usines enlevait en 15 jours les contrats collectifs, les délégués d’ateliers, la semaine de 40 heures, les plus belles revendications qu’ait obtenues la classe ouvrière française depuis la Commune.

Les démagogues fascistes, les de Gaulle de l’époque, avaient les jambes coupées, il leur devenait impossible de tromper la classe ouvrière, de lui promettre la lune pour lui apporter les camps de concentration.

Les travailleurs constataient :

« NOUS AVONS ARRACHÉ DES CONDITIONS DE VIE NORMALES PAR NOTRE PROPRE ACTION. »

La démagogie fasciste était brisée. C’était l’aboutissement de deux années de lutte, le résultat des enseignements de l’Internationale Communiste, de l’action de Dimitrov, grâce à l’appui du Parti Communiste (bolchévik) de l’U.R.S.S. et du camarade Staline personnellement.

Il était donc vrai que :

1° Pour barrer la route au fascisme, il faut se battre. Et se battre toutes forces unies.

2° C’est à la classe ouvrière que revient le rôle essentiel, car c’est elle la première menacée.

3° Mais elle doit entraîner avec elle en les défendant les autres couches de la population : paysannerie laborieuse et classes moyennes des villes.

4° Pour saper le terrain au fascisme, il faut donc défendre par l’action les conditions de vie quotidienne des travailleurs ; ils constatent ainsi qu’ils peuvent améliorer eux-mêmes avec succès leurs conditions d’existence et rejettent donc la démagogie fasciste.

C’est encore vrai aujourd’hui.

Pas de vertige du succès !

Mais Dimitrov, toujours attentif, nous mettait en garde dès 1935 contre le vertige du succès.

« La victoire est grande, en effet, mais elle ne décide pas encore de l’issue de la lutte antifasciste. La majorité écrasante du peuple français est incontestablement contre le fascisme. Mais la bourgeoisie sait, à l’aide de sa force armée, violenter la volonté des peuples...

« Il n’y a aucune raison, ni pour la classe ouvrière, ni pour tous les antifascistes de France, de se tranquilliser sur les résultats atteints. »

Dimitrov avait rappelé que le fascisme exprime la faiblesse de la grande bourgeoisie capitaliste, elle-même prise de peur devant la classe ouvrière.

Il avait, dès 1935, magnifiquement montré comment l’empêcher de prendre le dessus :

« Quelles tâches se posent devant la classe ouvrière de France ?

1° - Obtenir l’établissement du front unique non seulement dans le domaine politique, mais aussi dans le domaine économique, pour organiser la lutte contre l’offensive du capital...

2° - Obtenir la réalisation de l’unité syndicale en France : syndicats uniques sur la base de la lutte de classe.

3° - Entraîner dans le mouvement antifasciste les larges masses paysannes, les masses de la petite bourgeoisie, en réservant à leurs revendications quotidiennes une place spéciale dans le programme du front populaire antifasciste.

4° - Consolider au point de vue organisation et élargir encore le mouvement anti-fasciste déjà déployé, par la création en masse d’organismes élus sans parti du front populaire anti-fasciste, étendant leur influence à des masses plus larges que les partis et organisations des travailleurs existant actuellement en France.

5° - Exercer une pression, pour obtenir la dissolution et le désarmement des organisations fascistes, en tant qu’organisations de conspirateurs contre la République et d’agents de Hitler en France ».

Qui pourrait nier aujourd’hui que la livraison de la France aux nazis en 1940 aurait pu être empêchée, si l’on avait auparavant, comme le conseillait Dimitrov, dissous, désarmé et emprisonné les agents de Hitler en France ?

Qui ne reconnaît que pour mener à bien cette tâche il aurait fallu s’appuyer sur « LA CRÉATION EN MASSE D’ORGANISMES ÉLUS DU FRONT POPULAIRE ANTI-FASCISTE, ÉTENDANT LEUR INFLUENCE A DES MASSES PLUS LARGES QUE LES PARTIS ET ORGANISATIONS DE TRAVAILLEURS EXISTANTS » ?

Maurice Thorez, secrétaire général de notre Parti, l’a proclamé le 30 Octobre 1947, lorsqu’il déclarait au nom du Comité Central :

« Le défaut capital du Front Populaire, dont nous avions eu l’heureuse initiative, et qui a eu des côtés très positifs ; c’est qu’il était devenu une SIMPLE ENTENTE DE SOMMET. Nous avions préconisé l’élection démocratique de comités dans les usines et les localités... Des comités de Front Populaire ont bien été élus en de nombreuses usines et localités. Mais nous ne sommes pas parvenus à vaincre l’opposition irréductible des socialistes et de nos autres partenaires à ces comités élus et à la convocation d’un congrès souverain. Les socialistes, les radicaux, ont vidé peu à peu le Front Populaire de son contenu de lutte pour le pain, la liberté et la paix.

« En raison de la formule exclusive d’entente par le sommet, nous avions admis dans le Front Populaire la présence d’individus qui ne songeaient qu’à trahir le mouvement à la première occasion, tels Daladier et Paul Faure. Voilà pourquoi le Front Populaire a été impuissant contre la "non-intervention", et contre la "pause" dont Léon Blum et le Parti Socialiste prirent l’initiative. Voilà pourquoi le Front Populaire a été impuissant contre la trahison de Munich, perpétrée par Daladier, avec l’approbation des dirigeants socialistes. Voilà pourquoi le Front Populaire s’est peu à peu désagrégé pour s’effondrer complètement à l’approche de la guerre » [3].

Contre les atteintes aux droits des travailleurs

Dimitrov nous mettait également en garde contre...

... « la SOUS-ESTIMATION de l’importance que revêtent, pour l’instauration de la dictature fasciste, LES MESURES RÉACTIONNAIRES de la bourgeoisie, QUI SE RENFORCENT AUJOURD’HUI DANS LES PAYS DE DÉMOCRATIE BOURGEOISE, et qui écrasent les libertés démocratiques des travailleurs, falsifient et rognent Les droits du Parlement, accentuent la répression contre le mouvement révolutionnaire ».

C’est pourquoi notre Parti appelle à résister avec vigueur au gouvernement actuel. Car chacun sait qu’il ne se passe pas de semaine sans que le gouvernement Queuille-Moch ne décrète de nouvelles mesures contre les travailleurs et leurs élus, tandis que les assassins fascistes R.P.F. ne sont même pas poursuivis et que les pires traîtres et policiers de Vichy sont libérés.

Les chefs socialistes, dont Dimitrov prouvait la lourde responsabilité dans la venue du fascisme au pouvoir, continuent donc. Ils étaient hier « gérants loyaux du régime capitaliste », déclarait Blum, c’est-à-dire les principaux soutiens sociaux de la bourgeoisie. Ils sont aujourd’hui les principaux valets de l’impérialisme anglais et américain.

 II. − LA GUERRE

Le travail acharné de Dimitrov avait donc aidé puissamment aux grandes actions de 1934, en France, et en Espagne ; on sait comment dans les Asturies, en Octobre 1934, la lutte armée de tous les travailleurs unis porta un premier coup à la montée du fascisme en Espagne.

De ces actions devaient sortir les victoires du Front Populaire de 1936 en France et en Espagne.

Alors, les impérialistes fascistes allemands et leurs satellites se rabattirent sur la violence ouverte de l’extérieur, sur la guerre.

Georges Dimitrov avait fixé comme tâche aux communistes, en 1935 [4] : « Sauver le monde de la barbarie fasciste et des horreurs d’une guerre impérialiste »

Lorsque Hitler fut certain que les gouvernants français de 1936, Blum, Daladier et Chautemps, le laisseraient faire, ce fut la ruée sur l’Espagne, le glissement dans la guerre mondiale.

L’insurrection fasciste espagnole, fomentée par Hitler et Mussolini, aurait été écrasée en quelques jours si les avions et les tanks n’avaient pas afflué de Rome et de Berlin du côté de Franco.

Pour faire reculer les agresseurs fascistes Georges Dimitrov banda toute les forces humaines en lui et chez ses collaborateurs de l’Internationale Communiste. Il proclamait :

« Le peuple espagnol, au prix de son sang, défend non seulement sa liberté et son indépendance, mais encore les libertés démocratiques des autres peuples, ainsi que la cause de la Paix » [5].

Il démontre que la guerre d’Espagne prépare l’agression contre tous les autres peuples, la guerre mondiale :

« On ne peut pas considérer que la guerre entreprise par le fascisme contre le peuple espagnol, est un acte fortuit, isolé.

« Non, cette guerre est un maillon dans la chaîne de l’offensive fasciste sur l’arène internationale.

« Et que l’on ne se berce pas de l’illusion que la guerre déclenchée par le fascisme contre le peuple espagnol sera la dernière.

« Le fascisme prépare ses coups contre les démocraties de France, de Belgique, de Tchécoslovaquie, contre les démocraties d’Angleterre, de Suisse, des pays scandinaves et d’autres pays.

« Partout les réactionnaires fascistes travaillent fébrilement, au dedans et au dehors, à préparer, organiser et exécuter au moment propice des rébellions et des subversions fascistes.

« Pour préparer une nouvelle guerre impérialiste, pour s’emparer de territoires étrangers et subjuguer des peuples étrangers, pour assurer la domination sans frein des éléments les plus réactionnaires et spoliateurs du capital financier et pour organiser une "croisade" contre l’Union Soviétique, le fascisme, tout comme on a besoin d’air pour respirer, a besoin d’écraser le mouvement ouvrier, de détruire la démocratie européenne... » [6]

Et toujours, chez Dimitrov, c’est l’appel à l’action effective.

« La sympathie platonique passive pour le peuple espagnol est loin d’être une véritable assistance >, proclame-t-il. [7]

TOUJOURS LA QUALITÉ BOLCHÉVIQUE : CONFORMER LES ACTES AUX PAROLES ! SANS ACTES, RIEN NE CHANGE !

Envers l’Espagne, cela signifiait : il ne suffit pas de quêter, d’envoyer des vivres, du lait. Il faut faire cesser l’intervention militaire italo-allemande en Espagne.

Comme il faut aujourd’hui arrêter l’aide économique et financière apportée à l’Espagne franquiste par les impérialistes américains et anglais et malheureusement par certains industriels français et par notre gouvernement.

Quels appels passionnés sortent de la plume de Dimitrov, de son cerveau ! Il prouve, il démontre. C’est l’intérêt de tous.

Les appels, les démarches se multiplient auprès de l’Internationale Socialiste.

Le 31 mai 1937, la flotte allemande bombarde Almeria.

Il y a là un acte de guerre ouvert, indéniable. L’Allemagne et l’Italie fascistes le confirment en quittant la Société des Nations.

Le Parti ouvrier socialiste espagnol, le Parti Communiste espagnol et l’U.G.T. (C.G.T. espagnole) font appel ensemble aux deux internationales, Internationale Communiste et Internationale Socialiste pour agir immédiatement.

Le même jour, Dimitrov répond présent.

« La situation est telle, écrit-il, le 4 juin, qu’elle exige de chaque organisation ouvrière, de chaque dirigeant du mouvement ouvrier une attitude absolument claire dans la réalisation de l’unité d’action du prolétariat international pour la défense du peuple espagnol.

« ON NE PEUT PAS NAGER ENTRE DEUX EAUX » [8] Autrement dit, il n’y a pas de milieu, pas de troisième force : « IL FAUT ETRE LE MARTEAU OU L’ENCLUME », disait-il à Leipzig !

Dimitrov écrit, parle, comme toujours avec sa raison. Il accumule les arguments. Mais il parle aussi avec son cœur.

Inutilement ; les gens de l’Internationale Socialiste restent sourds. Leurs maîtres, les hommes des trusts, ceux des deux cents familles, estiment « mieux vaut Hitler que le Front Populaire ». Les intérêts de la classe dominante passent avant tout.

Le peuple espagnol est sacrifié. Après lui, ce sera la Tchécoslovaquie, puis la France.
Mais Georges Dimitrov, à la tête du Comité exécutif de l’Internationale, dès les premiers jours de l’agression fasciste, impulse les communistes de tous les pays pour faire passer dans la vie le mot d’ordre de Staline :

« La libération de l’Espagne de l’oppression des réactionnaires fascistes n’est pas l’affaire privée des Espagnols, mais la cause commune de toute l’humanité d’avant-garde et de progrès. »

35.000 antifascistes accourent en Espagne de 32 pays, entrainés par des communistes ardents.

Non pour remplacer dans la lutte le peuple espagnol : Ce grand peuple a du courage à revendre au monde entier ! Mais pour lui montrer qu’il n’est pas seul : la solidarité internationale des travailleurs se prouve dans les actes.

Cette guerre fut dure. Dans cette terrible bataille de 32 mois, Dimitrov suivait avec sollicitude jour par jour les combattants, veillant sur eux, essayant de sauver ceux qui, blessés, voyaient se fermer devant eux toutes les portes du monde entier, y compris celles de France. Son grand cœur ne vibrait pas seulement dans les grandes causes politiques, mais dans la vie même des hommes des Brigades Internationales qui souffraient et tombaient en Espagne sur le front de la Liberté. Et dans la vie et les souffrances des travailleurs et du peuple d’Espagne.

D’un côté, les messieurs de la IIe Internationale, du fond de leurs cabinets ministériels, livraient froidement les peuples d’Europe les uns après les autres pour satisfaire les monstres fascistes, protecteurs du capitalisme contre le prolétariat. Les trusts commandaient ! Le ministre socialiste belge Spaak fut le premier à reconnaître Franco contre la République Espagnole, dont un socialiste présidait alors le gouvernement.

De l’autre côté, Georges Dimitrov et ses collaborateurs vivaient, luttaient et souffraient dans cette lutte gigantesque contre le fascisme.

Les communistes à la tête de la lutte pour l’Indépendance Nationale

Le peuple espagnol fut livré en 1939 aux agresseurs fascistes hitlériens, étranglé par un deuxième coup d’Etat côté républicain monté à Londres et à Paris.

Et la tempête souffla !

La ruée hitlérienne déferla sur la Tchécoslovaquie, sur la Pologne, sur les Balkans, puis sur la France, puis sur l’Union Soviétique.

Hitler trépignait. Il se disait déjà maître du monde. Il fut arrêté à Leningrad et à Moscou, et brisé à Stalingrad.

Il fut brisé par la lutte grandiose de l’héroïque Union Soviétique, patrie des travailleurs.

Il fut brisé par l’action de tous les peuples unis et serrés autour d’elle.

Mais ce n’est pas un hasard si, partout les communistes furent au premier rang de la lutte pour la libération nationale.

C’était l’enseignement de l’Internationale Communiste, et la leçon personnelle donnée par Dimitrov.

Car c’est Dimitrov qui avait montré, face au banditisme fasciste, que les communistes sont les meilleurs combattants de l’Indépendance Nationale. Position de circonstance ? Non. Enfants du prolétariat, seule classe révolutionnaire, qui porte en elle l’avenir de leur pays, ils sont naturellement les héritiers des meilleures traditions révolutionnaires et nationales de leur peuple.

Dimitrov l’avait proclamé fièrement en 1933 en plein tribunal d’Etat fasciste de Leipzig :

« Il est vrai que le fascisme bulgare est sauvage et barbare. Mais la classe ouvrière bulgare, les paysans et les intellectuels ne sont nullement des sauvages et des barbares... Un peuple qui a vécu 500 ans sous un joug étranger sans perdre sa langue et son caractère national, une classe ouvrière et une paysannerie qui ont lutté et qui luttent contre le fascisme bulgare pour le communisme, un tel peuple n’est ni sauvage ni barbare. Les sauvages et les barbares en Bulgarie sont uniquement les fascistes, mais je vous demande, QUEL EST LE PAYS OU LES FASCISTES NE SONT PAS BARBARES ET SAUVAGES ?...

« Le peuple bulgare a lutté opiniâtrement et de toutes ses forces contre le joug étranger. Voilà pourquoi je proteste contre les attaques dont le peuple bulgare a fait l’objet. Je n’ai aucune raison d’avoir honte d’être bulgare. Je suis fier d’être le fils de la classe ouvrière bulgare... »

Cette grande leçon, il l’avait reprise en 1935 à ta tribune du VIIe Congrès de l’Internationale Communiste :

« Nous, communistes, nous sommes les IRRÉCONCILIABLES ADVERSAIRES DE PRINCIPE du nationalisme bourgeois sous toutes ses formes. Mais nous NE SOMMES PAS LES PARTISANS DU NIHILISME NATIONAL, et ne devons jamais nous affirmer comme tels. Le problème de l’éducation des ouvriers et de tous les travailleurs dans l’esprit de l’internationalisme prolétarien, est une des tâches fondamentales de tout Parti Communiste. Mais quiconque pense que cela lui permet de cracher, et même l’oblige à cracher sur tous les sentiments nationaux des larges masses laborieuses, est loin du bolchévisme authentique, il n’a rien compris à la doctrine de Lénine et de Staline dans la question nationale...

« Camarades, l’internationalisme prolétarien doit, pour ainsi dire, "s’acclimater" dans chaque pays pour prendre profondément racine en terre natale. Les FORMES NATIONALES de la lutte prolétarienne de classe et du mouvement ouvrier des différents pays, ne contredisent pas l’internationalisme prolétarien, au contraire, c’est justement dans ces formes que l’on peut défendre aussi avec succès les INTÉRÊTS INTERNATIONAUX du prolétariat... »

Et voilà comment bien avant la guerre l’éducation de leur Internationale a fait des communistes les meilleurs et les plus héroïques patriotes.

C’est grâce à cette école que dans tous les pays, les ouvriers révolutionnaires ont été à la tête de la lutte pour la libération nationale.

Le sentiment national vrai se conjugue ainsi avec l’internationalisme prolétarien.

Le résultat ? La Bulgarie, le pays de Dimitrov, nous te montre.

Hitler se proclamait le maitre du monde. Ses colonnes blindées, ses chars, déferlaient sur l’Europe. Ses avions sillonnaient le ciel. Ses soudards fascistes foulaient le sol bulgare.

L’occupant hitlérien semblait irrésistible. Et pourtant, quel exemple donna la Bulgarie. Ce pays, petit par sa surface, avec 6 millions d’habitants, ne put jamais être entraîné dans la guerre contre l’Union Soviétique !

Les fascistes allemands durent reculer. C’était l’œuvre du Parti Communiste Bulgare, l’action et le prestige de Dimitrov. L’homme de Leipzig était là !

N’y a-t-il pas dans l’exemple de la Bulgarie une leçon frappante pour nous aujourd’hui ?

On nous dit qu’il n’y a rien à faire devant la puissance des Etats-Unis d’Amérique. On admet qu’ils veulent nous jeter dans la guerre contre l’Union Soviétique, mais, dit-on, ils sont trop forts et on doit s’incliner.

La Bulgarie sept fois plus petite que la France a fait la preuve qu’un peuple résolu peut résister avec succès aux prétentions d’un occupant impérialiste, même aidé par des Ramadier et des Moch.

Jamais un peuple qui veut défendre son indépendance ne se laissera jeter dans la guerre contre l’Union Soviétique. (ovation.)

 III. - LA DÉMOCRATIE POPULAIRE

Nous ne pouvons reproduire, dans ce compte rendu abrégé, les troisième et quatrième parties du discours d’André Marty.

André Marty y évoqua le rôle de Georges Dimitrov comme guide de la nouvelle République Populaire Bulgare. Il rappela la définition formulée par Georges Dimitrov du rôle et des tâches de la Démocratie Populaire [9] COMME POUVOIR DES TRAVAILLEURS ASSUMANT, SOUS LA DIRECTION DE LA CLASSE OUVRIÈRE, UN PASSAGE DU CAPITALISME AU SOCIALISME PAR L’ÉLIMINATION DES EXPLOITEURS AU COURS D’UNE LUTTE DE CLASSE AIGUË ET EXERÇANT AINSI, DANS DES CONDITIONS HISTORIQUES DÉTERMINÉES, LES FONCTIONS DE LA DICTATURE DU PROLÉTARIAT.

André Marty évoqua aussi les enseignements de Georges Dimitrov pour faire du Parti Communiste le parti qui :

« ... par un travail de masse quotidien et par une juste politique, mérite, conquiert la confiance des masses ouvrières. »

Il rappela ensuite comment Georges Dimitrov indiquait encore, le 18 décembre dernier, les caractéristiques essentielles de la situation internationale : crise générale approfondie de l’impérialisme, préparatifs de guerre du camp impérialiste, dirigé par l’impérialisme américain ; renforcement des forces anti-impérialistes et démocratiques, progressant dans le monde entier autour de la patrie du socialisme, l’Union Soviétique.

« L’Etat démocratique populaire fait partie du camp démocratique anti-impérialiste »,
proclamait Dimitrov.

« Ce n’est qu’en faisant partie du camp démocratique uni, qui a à sa tête le puissant Etat soviétique, que chaque pays de démocratie populaire peut garantir son indépendance, sa souveraineté et sa sécurité contre l’agression des forces impérialistes...

« La démocratie populaire est pour l’internationalisme. Le nationalisme est incompatible avec la démocratie populaire. Dans l’internationalisme dans la collaboration internationale, sous la conduite du grand Staline, notre Parti voit la garantie de l’existence indépendante, de la prospérité et de l’essor de notre pays vers le socialisme. [10]

Georges Dimitrov soulignait la solidarité inconditionnelle des Démocraties Populaires avec l’Union Soviétique. D’abord, disait-il, parce que :

« L’affranchissement de notre pays des chaînes de l‘Impérialisme et la création de l’Etat démocratique populaire sont devenus possibles grâce à l’aide et à la mission libératrice de l’Union Soviétique dans la lutte contre l’Allemagne fasciste et ses alliées. »

Ensuite, parce que l’appui de l’Union Soviétique, l’aide du grand Parti Communiste bolchévik et avant tout du camarade Staline ont permis à la Bulgarie de s’engager dans la voie qui mène au socialisme. »

Enfin, précisait Dimitrov, parce que :

« le développement de notre Démocratie Populaire suppose la conservation et le renforcement des relations étroites de collaboration sincère d’assistance mutuelle et d’amitié entre notre pays et le grand Etat soviétique. »

Georges Dimitrov soulignait d’ailleurs :

« qu’il est nécessaire d’étudier dans tous ses aspects et d’utiliser le plus largement possible la grande expérience de l’édification socialiste en Union Soviétique. Et cette expérience, adaptée à nos conditions, est le meilleur exemple, l’unique exemple d’édification du socialisme dans notre pays comme dans les autres pays de démocratie populaire. »

Pour toutes ces raisons, Georges Dimitrov n’a jamais fléchi dans la position fondamentale qu’il affirmait en 1937 :

« La pierre de touche de la sincérité et de la probité de tout militant ouvrier, de tout parti, et organisation de travailleurs, de tout démocrate est son attitude vis à vis du grand pays du socialisme. »

Comme il le déclarait il y a six mois au Ve Congrès du Parti Communiste Bulgare :

« Nous considérons que ne peut être un vrai marxiste celui qui n’est pas un vrai léniniste, et que ne peut être un vrai léniniste celui qui n’est pas stalinien. »

Cette foi dans le grand pays du socialisme, cette solidarité prolétarienne avec l’œuvre gigantesque des Bolchéviks, Georges Dimitrov l’avait proclamée en plein tribunal fasciste de Leipzig, le 6 novembre 1933 lorsqu’il lançait Gœring déchaîné :

« Cette conception bolchevik du monde régit l’Union Soviétique. LE PLUS GRAND ET LE PLUS BEAU PAYS DU MONDE. »

Et André Marty conclut, dans l’émotion générale :

CHER ET GRAND CAMARADE GEORGES DIMITROV, tu nous as quittés pour toujours !

Les travailleurs de France qui ont vibrés à l’énoncé de ton nom durant tant d’années te saluent une fois encore et te remercient de tout ce que tu as fait, de tout ce que tu as souffert, pour nous tous !

Tu nous as quittés...

Mais aussi, quel exemple tu nous donnes !

Tu commenças la lutte à treize ans comme apprenti typographe.

Tu as connu le chômage et la faim, la prison et l’exil, tu fus condamné à mort.

Tes trois frères sont morts, l’un durant la guerre impérialiste 1914-1918, l’autre en Sibérie tsariste, le troisième, assassiné par la police fasciste bulgare.

Pendant la dernière guerre, ton enfant est mort.

Mais tu as tenu, envers et contre tous, durant plus d’un demi-siècle.

Homme d’action et théoricien !

D’une fermeté inflexible et capable de la plus grande patience pour convaincre.

Calme et simple !

dans les moments les plus durs comme dans les heures de succès !

Et toi, le jeune apprenti traqué dans une Bulgarie opprimée et misérable, tu y es revenu président du Conseil !

Président du Conseil, non pas d’une République frelatée aux mains de politiciens vendus aux impérialistes étrangers, mais président du Conseil d’une République Populaire dans laquelle le peuple travailleur est au pouvoir.

Le rêve de ta vie se réalise ! La Bulgarie est en marche vers le socialisme.

CHER CAMARADE GEORGES DIMITROV,

Au moment où tu nous quittes, nous qui avons eu le grand honneur de travailler avec toi et sous ta direction personnelle,

Nous te promettons de ne pas ménager nos efforts pour faire passer dans la vie, dans notre pays, ce que tu nous disais au VIIe et dernier Congrès de l’Internationale Communiste :

« C’EST A NOUS ET NON AUX PARASITES. SOCIAUX ET AUX OISIFS QU’APPARTIENT LE MONDE !

« LES GOUVERNANTS ACTUELS DU MONDE CAPITALISTE SONT DES HOMMES QUI PASSENT.

« LE VÉRITABLE MAÎTRE DU MONDE, LE MAÎTRE DE DEMAIN, C’EST LE PROLÉTARIAT ! »


[1Sauf mention particulière, toutes les citations sont extraites du rapport de Georges Dimitrov au VIIe Congrès de l’Internationale Communiste, 2 août 1935

[2Discours de clôture du VIIe Congrès de l’I.C., 20 août 1935.

[3Maurice THOREZ : « Défendre la République, Sauvegarder notre Indépendance Nationale ». 30 octobre 1947, pages 27-28.

[4Au Congrès de l’Internationale Communiste.

[5G. Dimitrov : « Au seuil de 1937 ».

[6Ibidem

[7Ibidem

[8En defensa del Pueblo Espanol. Ed. Europa-America, Barcelona 1938.

[9Au Congrès du Parti Communiste Bulgare, le 8 décembre 1948. Voir extraits dans le n° 2 des « Cahiers du Communisme », février 1949.
Voir aussi le Bulletin d’information des Partis Communistes : « Pour une paix durable, pour une démocratie populaire », du Ier janvier 1949.

[10Georges Dimitrov au Ve Congrès du Parti Communiste Bulgare.