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A Robert Fuss, notre frère de combat – 1973

Publié dans La Parole au Peuple n°4 – mars 1973

Au nom de tous les camarades, ouvriers, étudiants, lycéens et intellectuels révolutionnaires, au nom de tous les amis que tu avais dans le peuple nous t’apportons notre dernier salut.

Robert, tu aimais à dire que toi, ce qui t’intéressais, ce n’était ni les bavardages stériles d’intellectuels de salon, ni les grands discours des professeurs de révolution, mais bien les problèmes concrets de la vie du peuple, comment lutter.

Mais ce qui est exemplaire chez toi, c’est que tu ne te bornais pas à le dire. Tu mettais toujours, et c’était ton plus grand souci, tes actes en conformité avec tes paroles. Toi, Robert, tu étais de ceux qui font ce qu’ils disent.

Etudiant à l’Université en 1ère candi, tu avais fait un choix décisif : tu n’y allais pas pour devenir un de ces messieurs qui peuplent des bureaux des directions des sociétés capitalistes et les instituts de recherche à leur service. Tu n ’allais pas là pour devenir un garde chiourme de plus de la classe ouvrière. Tu avais choisi ton camp.

Militant communiste, marxiste-léniniste, tu étais pour la révolution. Déjà, à l’époque, tu étais aux premiers rangs des actions des masses étudiantes en solidarité avec le Vietnam.

Déjà à l’époque, tu avais pris pour tâche, et tu l’accomplissais avec enthousiasme et responsabilité, d’organiser en comité d’action les ouvrières surexploitées de la Cité Universitaire.

Déjà à l’époque, tu étais visé par la bourgeoisie : ils avaient osé t’accuser toi et d’autres camarades d’avoir incendié l’Innovation.

C’est alors aussi, au cours de ton activité de militant, que tu fais la connaissance d’Hélène, avec qui pendant sept ans, tu as partagé les joies et les peines, les difficultés de la vie, d’un couple de révolutionnaires.

Avec le grand bouleversement de 1968, avec la découverte en profondeur du maoïsme, théorie révolutionnaire de notre époque, tu allais approfondir ta réflexion et développer ton action.

Tu avais compris qu’un intellectuel, s’il veut être un authentique révolutionnaire, doit se lier étroitement aux masses ouvrières, apprendre auprès d’elles avant de vouloir les éduquer.

Tu avais compris que le marxisme est avant tout une science de l’action, de la pratique. Tu avais assimilé cette petite phrase bien simple, mais qui, pour toi avait un sens très profond : « Le peuple est le véritable héros ».

Tu avais compris, et tu le montrais, qu’il fallait « oser lutter ». Tu savais que face à la bourgeoisie armée jusqu’aux dents, face à ses flics et ses gendarmes, il faudrait se battre ... et tu n’avais pas peur de te battre.

On te voit aux premiers rangs pour contester la vieille baraque bourgeoise baptisée Université Libre de Bruxelles, aux premiers rangs pour résister aux matraques des flics casqués, appelés par le colonel en cravate Simonet.

Mais aussi le premier aux portes des usines Citroën occupées par la gendarmerie, le premier aux cotés des mineurs du Limbourg en lutte contre la collusion réactionnaire de notre époque : celle des patrons, des syndicats et de l’état.

Nos ennemis ne s’y trompent pas : en 1970, ils t’enferment un mois à la prison de Forest sur ordre de Simonet, ils t’excluent de l’Université, ils veulent t’empêcher d’obtenir ton diplôme. Mais, là aussi, tu relèves la tête, tu ripostes coup pour coup, tu te bats avec tes camarades, et tu gagnes contre Simonet et sa clique.

Tu avais commencé à discuter avec les prisonniers de droit commun, la plupart jetés là par injustice. A peine sorti de prison, tu es, lors d’une grève sauvage, poursuivi par la milice fasciste des patrons, matraqué et sérieusement blessé.

Mais ceux qui espéraient ainsi t’abattre allaient retrouver en toi un ennemi encore plus acharné. Tu approfondissais ton engagement révolutionnaire : on ne sait pas mobiliser les masses de l’extérieur, il faut être comme un poisson dans l’eau, respirer du même souffle qu’elles.

En 1971 tu t’engages comme ouvrier à la chaîne à Volkswagen. Tu deviens un esclave moderne, diraient tes confrères, sociologues bourgeois. En fait, rapidement, tu deviens un cadre révolutionnaire prolétarien. Tu organises les jeunes à la chaîne, tu contactes ceux des autres ateliers, tu crées avec eux un comité de lutte qui allait, un an durant, faire trembler les patrons et les syndicats de cette usine pilote de l’agglomération bruxelloise.

Six mois après ton entrée dans l’usine éclate une grève sauvage.

Toi, Bob, comme t’appelaient tes camarades de travail, tu y joues un rôle important. Tu organises, tu écoutes partout la voix des ouvriers et avec tes compagnons, tu élabores la tactique à suivre. Les patrons et les syndicats ont d’ailleurs compris à qui ils avaient à faire puisqu’ils te licencient.

Bientôt, qu’à cela ne tienne, tu relèves la tête, tu n’étais pas de ceux à se laisser faire : tu entres aux forges de Clabecq comme tourneur à cylindres.

C’est en 1971 aussi qu’avec Hélène, tu quittes les beaux quartiers pour t’installer dans un petit trois pièces au cœur des quartiers ouvriers de Saint-Gilles.

Et rapidement, Robert et Hélène allaient devenir les amis des gens du quartier, des gosses pour lesquels ils avaient organisé des jeux du parc, des travailleurs immigrés, Espagnols, Marocains, Italiens avec qui ils luttaient contre le racisme.

Et tu n’étais pas non plus de ces révolutionnaires toujours tristes. Tu savais, avec Hélène, t’amuser avec le « peuple », aller boire le pot au café du coin, aller danser à une fête espagnole le samedi soir. Oui, nous savons que tu n’aimais pas te trouver parmi les sommités, parmi les personnalités, que tu préférais être parmi les ouvriers, parmi les petits comme on les appelle. Mais nous savons aussi que ta démarche n’était pas un romantisme dépassé, un ouvriérisme sectaire.

Tu as su maintenir les liens d’affection profonde qui t’unissaient à tes parents, à ton frère, à ta sœur qui ont eu le mérite, s’ils ne l’approuvaient pas, de respecter la voie que tu avais choisie.

Tu as su tisser des liens politiques dans tous les milieux : aux côtés des assistants sociaux, parents et victimes du bagne de Brasschaat, aux côtés d’anciens détenus de ce que Vranckx appelle « les plus belles prisons d’Europe », aux côtés d’avocats, de démocrates, d’étudiants en droit des boutiques sociales, aux côtés de médecins qui se placent au service du peuple.

Tu étais Robert, ce que V.D.B., autre colonel en cravate, appelle un « agitateur professionnel ».

Mais dans le peuple, la voix est bien différente : un de tes camarades des Forges disait encore hier : « ça, c’était un type qui avait un idéal, il était pour les ouvriers. »

Pour nous, tes camarades, tu étais un dirigeant communiste tourné toujours vers la pratique, vers les liens avec les masses, tu ne voulais pas de ces groupuscules, coupés du peuple, donneurs de leçons de révolution.

Mais tu voulais, à travers la pratique, édifier une organisation révolutionnaire maoïste au service du peuple. Tu le voulais. Et alors que chaque jour, tu te levais à 5h. du matin pour faire ta mallette et partir à l’usine, tu multipliais les contacts et les discussions pour mener à bien cette tâche sans sectarisme, sans dogmatisme. Et ces derniers jours, tu avais particulièrement insisté pour consolider les rangs des maoïstes idéologiquement et politiquement.

Tu es tombé au combat, au retour d’une réunion avec un groupe de jeunes ouvriers, parmi lesquels, comme tu le disais toi-même, tu sentais le mieux le sens de notre lutte.

Robert,

Si aujourd’hui, nous avons un immense chagrin, nous prenons l’engagement solennel de surmonter notre peine, de la transformer en une nouvelle force combative, de prendre exemple sur toutes te qualités : l’amour du peuple, le courage, la détermination, le sens des responsabilités qui faisaient de toi, intellectuel issu de la bourgeoisie, un communiste, un des meilleurs.

Nous prenons l’engagement solennel de nous plonger dans les luttes des masses avec plus de détermination, de combattre pour ce qui était le sens de ta vie : la victoire de la classe ouvrière, la libération du peuple, la révolution socialiste.

Salut à toi, notre frère de combat !